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    Golshifteh Farahani dans Go Home : "J’ai un grand enfant à l’intérieur de moi qui a envie de jouer, rigoler et faire des bêtises."
    Par Vincent Formica — 7 déc. 2016 à 05:30

    À l'occasion de la sortie au cinéma de Go Home, dans lequel elle tient le rôle principal, la comédienne franco-iranienne Golshifteh Farahani s'est confiée au micro d'AlloCiné.

    AlloCiné : Qu’est-ce qui vous a attiré dans le personnage de Nada ?

    Golshifteh Farahani : Le travail de Jihane Chouaib, ce qu’elle a fait avant, m’a beaucoup encouragé pour jouer dans Go Home. J’avais vraiment envie de comprendre le personnage de Nada. J’ai pris sa main et nous sommes partis en voyage ensemble. J’ai appris des choses sur le Liban en même temps qu’elle et j’ai en quelque sorte recherché ma maison intérieur comme Nada évolue dans la sienne dans le film. Je cherchais les fantômes à l’intérieur de cette maison, dans mon for intérieur.

    Comment s'est déroulé le tournage au Liban ?

    Je connaissais un peu le Liban mais j’ai vraiment appris à le connaître en faisant ce film. Par exemple, je ne savais pas qu’à l’école, les élèves n’avaient pas de leçons d’Histoire. Ce pays n’a pas d’Histoire, ou alors quelle version de l’Histoire a-t-on choisi de donner pour le système scolaire ? C’est un pays très complexe déchiré par des années de guerre civile.

    J’essaie vraiment de me connecter aux sentiments du personnage, je ne suis pas obligée de trop me forcer, je puise dans ma réserve d’émotions.

    De quelle manière appréhendez-vous les scènes émotionnelles ?

    Je ne sais ce qui est le plus difficile, les scènes normales ou celles chargées d’émotions. Des fois, c’est plus facile de jouer des scènes émotionnelles. J’essaie vraiment de me connecter aux sentiments du personnage, je ne suis pas obligée de trop me forcer, je puise dans ma réserve d’émotions. Elle est tellement pleine qu’il me suffit juste d’ouvrir une petite porte et des litres d’émotions se déversent. J’ai accès à une banque émotionnelle très forte.

    Paraiso Production Diffusion
    Golshifteh Farahani

    Trois langues cohabitent dans le film, comment arrivez-vous à jongler entre arabe, français et anglais ?

    Je crois que c’est lié à mon karma de vie. J’arrive bien à jouer dans des langues que je ne parle pas forcément. Par exemple je viens de tourner un film en Hindi [The Song of Scorpions]. Je travaille beaucoup sur les intonations, la musique de la langue… Je n’essaie pas forcément de comprendre à tout prix, j’essaie de ressentir, de m’imprégner du rythme et des intonations. Quand j’ai tourné Go Home, je ne parlais encore très bien le français, c’était plus difficile pour moi. J’ai donc beaucoup travaillé, j’écoutais tout le temps les dialogues, j’étais un peu obsédée. Après j’ai fait une pièce de théâtre, Anna Karenine, et à partir de ce moment-là, tout est devenu beaucoup plus simple.

    J’ai un esprit très enfantin. Je regarde les dessins animés presque tous les soirs. J’ai un grand enfant à l’intérieur de moi qui a envie de jouer, rigoler, faire des bêtises, manger du chocolat, de faire n’importe quoi.

    La réalisatrice Jihane Chouaib a déclaré que vous aviez beaucoup de fantaisie et un esprit très enfantin, vous approuvez ? On peut d’ailleurs voir cela dans la relation entre Nada et son frère Sam (Maximilien Seweryn).

    Bien sûr, j’ai un esprit très enfantin. Par exemple, je regarde les dessins animés presque tous les soirs. J’ai un grand enfant à l’intérieur de moi qui a envie de jouer, de rigoler, de faire des bêtises, manger du chocolat, de faire n’importe quoi. Les cinéastes ne voient pas vraiment ça en moi, ils ont surtout besoin du drame, de la tragédie, en moi. Jihane Chouaib, quant à elle, a décelé mon côté enfant, et elle n’a pas hésité à s’en servir pour que ça sorte encore plus. Je rigole beaucoup avec Jihane, elle encourage le clown qui vit à l’intérieur de moi.

    Paraiso Production Diffusion
    Golshifteh Farahani et Maximilien Seweryn

    Il y a aussi la relation drôle et touchante entre Nada et Jalal, le personnage incarné François Nour, c’était un comédien non professionnel c’est bien ça ?

    Oui, c’était son premier film ; il a une âme extraordinaire ce garçon. Il doit avoir bien grandi là, c’est un homme maintenant. Il possède une grâce de gentleman, il est tellement élégant ; je peux l’imaginer en tant qu’enfant et je suis sûr qu’il était déjà comme ça. Il était aussi à la fois très drôle et très calme. On rigolait beaucoup et j’adorais jouer avec lui. Il encourageait quelque chose en moi de très particulier. Jihane me disait que je changeais quand je jouais avec lui. C’était vraiment génial de travailler avec François Nour.

    J’ai cet aspect de la fille un peu forte, je pense que c’est aussi cela que les réalisateurs recherchent en moi.

    Votre personnage est une des rares femmes du film, elle évolue dans un milieu très traditionnel, patriarcal ; pourtant, elle sait dominer les hommes par la force de son caractère, contrairement à son frère, Sam, qui fait profil bas et ne veut pas d’histoires avec les habitants.

    J’ai cet aspect de la fille un peu forte, je pense que c’est aussi cela que les réalisateurs recherchent en moi. Je peux être très femme et très forte à la fois. Par exemple je viens de terminer Refuge, d’Eran Riklis, dans lequel je suis tellement femme qu’on ne pourra pas parler de mon aspect garçon manqué.

    Vous vous êtes rasée la tête quand vous habitiez à Téhéran afin de vous glisser dans la peau d’un garçon. Pouvez-nous nous parler de cette expérience d’actrice en situation réelle ?

    J’adorais déjà jouer, je n’étais pas encore une actrice mais le jeu était dans mon ADN. Mais ce jeu-là était très dangereux, les conséquences auraient pu être terribles. J’avais envie d’être libre, de repousser les limites. J’ai toujours voulu savoir à quel point je pouvais les repousser, jusqu’à quel point je pouvais jouer avec le lion sans qu’il ne me mange. Des fois, il me mange, des fois je fuis. Encore une fois, j’adorais jouer et c’était un de mes jeux. J’en avais beaucoup d’autres.

    Marlene Dietrich m’inspire beaucoup. Marion Cotillard et Kate Winslet également. Des acteurs aussi mais les femmes sont plus intéressantes.

    Vous tournez aussi bien ce genre de petit film indépendant comme Go Home que des grosses productions hollywoodiennes comme Pirates des Caraïbes ou Exodus. Avec un peu de recul, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

    Je n’ai pas de limites et je ne veux pas être enfermée dans un cadre. Je vais vers tout ce qui représente un défi pour moi. C’est pour ça que je peux aussi bien affronter le défi d’une pièce de théâtre de Tolstoï en français qu’un blockbuster comme Pirate des Caraïbes. L’histoire doit bien sûr m’inspirer, le réalisateur aussi… C’est aussi important que l’histoire compte et qu’elle dise quelque chose du monde dans lequel on vit. De toute façon, que ce soit du foot, des dessins animés, des blockbusters, j’adore jouer ! (rires)

     

    Avez-vous des comédiennes qui vous inspirent ?

    Marlene Dietrich m’inspire beaucoup. Marion Cotillard et Kate Winslet également. Des acteurs aussi mais les femmes sont plus intéressantes. (rires)

    Un conseil pour les jeunes comédiens qui se lancent ?

    Il faut travailler vraiment dur et surtout y croire, ne pas perdre l’inspiration et toujours repousser ses limites, se fixer des défis. Le jour où on arrête de se défier soi-même, on se perd. L’impossible, ça n’existe pas.

    Paraiso Production Diffusion
    Golshifteh Farahani

    Passer derrière la caméra, une tentation ?

    Quand je vivais en Iran, oui. Maintenant je préfère réaliser le rêve des autres.

    Un coup de cœur récent au cinéma ?

    Ce n’est pas très récent mais j’ai beaucoup aimé Dheepan de Jacques Audiard. Peut-être que c’est dû à mon histoire, ce film fait résonner quelque chose en moi. J’ai aussi un très bon souvenir de L’Etreinte du serpent, un film en noir en blanc de Ciro Guerra.

    Propos recueillis par Vincent Formica à Paris le 30 septembre 2016

    Golshifteh Farahani sera également à l'affiche de Paterson le 21 décembre

     

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