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    Rashômon sur Ciné+Classic : pourquoi le film d'Akira Kurosawa est-il un grand classique ?
    18 mars 2018 à 22:00
    Vincent Formica
    Vincent Formica
    -Journaliste cinéma
    Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent Formica découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

    Rashômon de Kurosawa est diffusé ce soir sur Ciné+Classic. L'occasion de revenir sur les raisons qui font de ce film un grand classique de l'Histoire du Cinéma.

    Rashômon - Sortie le 18 avril 1952
    Réalisé par Akira Kurosawa avec Toshirô MifuneMasayuki MoriMachiko Kyô

    DE QUOI ÇA PARLE ?

    Kyoto, au Xe siècle. Sous le portique d'un vieux temple en ruines, Rashômon, trois hommes s'abritent de la pluie. Les guerres et les famines font rage. Pourtant un jeune moine et un vieux bûcheron sont plus terrifiés encore par le procès auquel ils viennent d'assister. Ils sont si troublés qu'ils vont obliger le troisième voyageur à écouter le récit de ce procès : celui d'un célèbre bandit accusé d'avoir violé une jeune femme et tué son mari, un samouraï.

    UN FILM AVANT-GARDISTE

    Rashômon a été récompensé de l'Oscar du meilleur film étranger (1953) et du Lion d'Or au Festival de Venise (1951). Le film d'Akira Kurosawa, d'une exceptionnelle modernité, a grandement contribué à populariser le cinéma japonais à travers le monde, notamment le genre Jidai Geki. Le Jidai Geki est le nom donné aux films consacrés à l'Histoire médiévale du Pays du Soleil Levant. Rashômon se situant au Xème siècle, durant l'ère Heian, il se différencie des autres productions de ce type, se déroulant surtout à l'ère Edo, entre le 17ème et 19ème siècle.

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    Toshiro Mifune et Machiko Kyo

    Le légendaire réalisateur, dont le récit s'intéresse à la question de la Vérité, articule son film autour d'une même scène de crime, vue par plusieurs protagonistes différents ; ces derniers livrant leurs propres versions de ce tragique événement. Si le film a autant marqué son époque, devenant au fil du temps un grand classique, c'est notamment en raison de la modernité avec laquelle Kurosawa utilise la narration.

    UNE NARRATION POST-MODERNE

    Raconter une histoire de cette manière, à travers plusieurs flashbacks livrant chacun une vérité différente, est résolument avant-gardiste à l'époque de la sortie du film, au début des années 50. Cette structure a été ensuite été copiée de nombreuses fois, ouvrant la voie à une nouvelle forme de narration au cinéma. Le spectateur, habitué à croire à l'époque que tout ce que filme la caméra est forcément réel dans l'histoire, est ici amené à s'interroger sur sa propre vision des choses, sur sa manière d'appréhender ce qu'est la "réalité".

    Techniquement, Kurosawa prend des risques et tente d'apporter un nouveau souffle à la mise en scène, devenant par exemple un des pionniers de la caméra à l'épaule. Cette dernière, suivant régulièrement les personnages à travers la forêt, immerge complètement le spectateur dans cette tragique histoire de viol et de meurtre.

    UN CINÉASTE MINUTIEUX

    Le japonais était très méticuleux sur le tournage, tenant à ce que sa vision soit parfaitement retranscrite, allant jusqu'à travailler des heures pour que l'ombre d'une feuille soit sur la bonne partie du visage de l'acteur. Lors des scènes dans la forêt, les arbres cachaient tellement la lumière du soleil qu'il était très compliqué d'obtenir des images bien éclairées. Kurosawa et son directeur de la photographie, Kazuo Miyagawa, ont eu l'idée de réfléchir les rayons du soleil à travers des miroirs au lieu de déflecteurs en aluminium.

    Placés à des endroits stratégiques entre les feuilles des arbres, les miroirs reflétaient parfaitement la lumière du soleil, créant l'atmosphère naturelle souhaitée par Kurosawa. Plus tard, Miyagawa racontera que ces effets de lumière ont été de loin les plus élaborés qu'il ait dû réaliser.

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    Toshiro Mifune (à gauche) interprète le bandit Tajomaru

    Le long-métrage comprend également plusieurs scènes à la porte de Rashômon, balayée par une pluie diluvienne. Akira Kurosawa trouvait que les gouttes de pluie n'étaient pas assez visibles à l'écran, notamment dans le décor de fond. L'équipe du film a alors eu l'idée d'inclure de l'encre noir dans la machine qui générait la pluie artificielle afin de rendre celle-ci bien plus visible. On peut notamment voir cet encre couler très distinctement sur le visage du bûcheron à la fin du film. À noter que le vent et les précipitations ont souvent été utilisés par le réalisateur pour symboliser les angoisses et souffrances des personnages.

    Après Rashômon, Akira Kurosawa enchaînera avec la mise en scène d'un autre chef-d'oeuvre marquant, Les 7 Samouraïs (1954), toujours avec Toshirô Mifune dans le rôle-titre.

     

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    Commentaires
    • Sicyons
      Merci pour ces infos.
    • Sicyons
      Merci pour ta réponse.
    • ghyom
      Je conseillerai de les faire dans cet ordre là :1-Yojimbo, 2-Sanjuro, 3-Le Château de l'araignée, 4-L'Ange Ivre, 5-Entre le ciel et l'Enfer, 6-Ran, 7-Kagemusha, 8-Dersou Ouzala, 9-Barberousse, 10-Vivre et 11-Les 7 SamouraïsCa permet à la fois d'avoir des films accessibles en premier pour s'habituer au style de Kurosawa et de garder aussi le meilleur pour la fin.Tu peux bien sûr en intercaler d'autres (Le Duel Silencieux, Chien enragé, Dodeskaden, etc.) qui sont peut être un petit peu plus mineurs (mais qui restent de toutes façons de bonne facture)
    • DanielOceanAndCo
      Sur le peu que j'ai vu (seulement 6, y compris Rashomon) et vu que je les ai tous aimé, je te dirais Les Sept Samourais (l'évidence même), Ran, Kagemusha, Le Château de l'araignée et La forteresse cachée (ce dernier surtout pour voir comment Lucas s'en est inspiré pour Un nouvel espoir) et j'ai quelques dvd en attente dont Barberousse, Entre le ciel et l'enfer et Yojimbo est connu pour avoir inspiré un film à Sergio Leone.
    • Sicyons
      Mon premier et unique Kurosawa. Ma plus grande honte de cinéphile que d'autant ignorer l'oeuvre de ce réalisateur culte. Je suis tombé sur ce film par hasard un soir à la TV. Moi qui était assez méfiant vis-à-vis du cinéaste préféré de George Lucas, j'avoue être juste resté bloqué jusqu'à la fin. Fasciné par l'audace formelle dont a fait preuve le Maître. Passionné par l'intelligence du récit. Impressionné par l'originalité et la modernité des sujets abordés et la finesse avec laquelle ils l'ont été.Les jeunes générations ont du mal à recadrer les anciennes oeuvres et à les replacer dans leur contexte, encouragées dans cette vision futile du Cinéma par un consumérisme forcené qui leur est inculqué dès le plus jeune âge. C'est pourquoi je crains que malheureusement la plupart des jeunes passeront désormais à côté de tels chef d'oeuvres et de tels génies. Au cinéma, Marvel est tellement plus accessible...J'en appelle aux connaisseurs : pour continuer ma découverte de Kurosawa, quelles oeuvres me conseilleriez-vous en priorité ?
    • Haley-Spielberg
      Pourquoi ce chef d'oeuvre n'est'il toujours pas sorti en Blu Ray chez nous surtout, alors qu'il l'est depuis des années aussi bien du côté des Anglais, des Américains et des Espagnols que même des Allemands (et, dans le cas du Blu Ray de ces derniers, avec des sous titres ... français) ?Ah oui, j'oubliais, la France et son éternel refus du progrès ... Parce que bon, un DVD de plus de 10 ans à peine remastérisé ça devrait suffire pour satisfaire les éventuels curieux de cet obscur réalisateur japonais qui n'a eu qu'une influence mineure dans l'histoire du cinéma ...Heureusement que l'import existe et qu'on n'aura du coup pas a attendre à chaque fois qu'une chaîne de télé le diffuse tous les 7 ans à point d'heure pour pouvoir le contempler dans une qualité digne de lui ... En espérant pour les autres que les éditeurs de Blu Ray Français ne mettront cette fois pas 8 ans à se réveiller pour enfin l'éditer ...
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