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    Ressortie Festen : c'est quoi le mouvement Dogme95 ?
    15 nov. 2018 à 12:00
    Emilie Schneider
    Emilie Schneider
    -Journaliste
    Amatrice d’œuvres étranges, bizarres, décalées et/ou extrêmes, Emilie Schneider a une devise en matière de cinéma : "si c'est coréen, c'est bien".

    À l'occasion de la ressortie de "Festen", retour sur le Dogme95, mouvement auquel le premier long-métrage de Thomas Vinterberg se rattache.

    Festen de Thomas Vinterberg - Ressortie le 14 novembre 2018

    De quoi ça parle ?

    Le patriarche Helge Klingenfelt fait préparer une grande fête pour ses 60 ans. Parmi les convives, Christian, le fils aîné, est chargé par Helge de dire quelques mots au cours du dîner sur sa soeur jumelle Linda, morte un an plus tôt. Personne ne se doute que Christian va profiter de ce petit discours pour révéler de terribles secrets...

    Le premier film estampillé Dogme95

    En 1998, le public français découvre sur les écrans Festen. Trois ans plus tôt, le 13 mars 1995 exactement, son réalisateur Thomas Vinterberg et Lars von Trier signent un manifeste qui annoncent la naissance de leur collectif, le Dogme95, qui se définit comme "un acte de sauvetage" et dont le but est de "s’opposer à 'certaines tendances' du cinéma actuel". Si certains y voient une provocation, voire un canular, le Dogme95 est pourtant un mouvement réel avec des règles bien établies. Lassés d'un certain cinéma qu'ils désignent comme bourgeois et individualiste, les deux cinéastes veulent en finir avec l'artificialité et l'illusion et mettent pour cela au point un ensemble de mesures appelé "voeu de chasteté".

    Voeu de chasteté

    Voici les règles du Dogme95 établies par Lars von Trier et Thomas Vinterberg :

    "Je jure de me soumettre à l’ensemble des règles élaborées et entérinées par DOGME95 :

    1. Le tournage doit avoir lieu en extérieurs. Les accessoires et décors ne peuvent être fournis (si un accessoire particulier est nécessaire à l’histoire, il faut choisir un extérieur où l’accessoire peut être trouvé sur place).

    2. Le son ne doit jamais être produit séparément de l’image et vice-versa. (La musique ne doit pas être utilisée à moins qu’elle ne soit produite là où la scène est en train d’être tournée).

    3. La caméra doit être tenue à l’épaule. Tout mouvement — ou immobilité — faisable à l’épaule est autorisé. (Le film ne doit pas avoir lieu là où la caméra se trouve ; c’est le tournage qui doit avoir lieu là où se déroule le film).

    4. Le film doit être en couleur. Tout éclairage spécial est interdit. (S’il n’y a pas assez de lumière pour filmer une scène, celle-ci doit être coupée ou bien il est possible de monter une seule lampe sur la caméra).

    5. Les traitements optiques (trucages) et filtres sont interdits.

    6. Le film ne doit contenir aucune action superficielle. Meurtres, armes, etc. sont interdits.

    7. Les aliénations temporelles et géographiques sont interdites. C’est-à-dire que l’action du film se déroule ici et maintenant.

    8. Les films de genre sont inacceptables.

    9. Le film doit être au format 35 mm standard.

    10. Le réalisateur ne doit pas être crédité.

    De plus, en tant que réalisateur, je jure de m’abstenir de tout goût personnel ! Je ne suis plus un artiste. Je jure de m’abstenir de créer une œuvre car je considère l’instant comme plus important que la totalité. Mon but suprême est de forcer la vérité à sortir de mes personnages et du cadre de l’action. Je jure d’y parvenir par tous les moyens au détriment de tout bon goût et de toute considération esthétique. Ainsi je prononce mon VŒU DE CHASTETÉ."

    Lars von Trier : "La violence graphique est présente parce que ce serait tricher de ne pas en mettre"

    Le Dogme appliqué

    En découle un style pris sur le vif, réaliste et brut, quasi documentaire. Il est toutefois important de souligner que ces règles ne seront jamais totalement appliquées, pas même par leurs initiateurs. Ainsi, Festen est tourné en vidéo et non en 35 mm et Thomas Vinterberg est contraint, pour les besoins d'une scène, d'ajuster la lumière sur le plateau en occultant une fenêtre.

    Un secrétariat Dogme voit même le jour, chargé de délivrer des certifications aux films qui en font la demande. Deux autres cinéastes danois, Søren Kragh-Jacobsen et Kristian Levring, se joignent au collectif. Festen est nommé dans la catégorie "Meilleur film étranger" aux Golden Globes, aux BAFTA et aux César et remporte le Prix du Jury au Festival de Cannes où est également présenté la même année Les Idiots, autre production du Dogme95 signée Lars von Trier.

    Parmi les autres films du genre, on peut citer Mifune de Søren Kragh-Jacobsen, Le roi est vivant de Kristian Levring, Open Hearts de Susanne Bier mais aussi des films non danois tels que Lovers de Jean-Marc Barr et Julien Donkey-Boy d'Harmony Korine. En mars 2005, dix ans après son lancement, Lars von Trier annonce par un communiqué de presse la fin du mouvement. S'il est difficile de déterminer aujourd'hui le nombre exact de films labellisés Dogme95 (certains longs revendiquent son influence sans y appartenir vraiment), on estime qu'ils sont une cinquantaine. Lars von Trier développera dès 2009 avec Antichrist une esthétique bien plus léchée (mais toujours provocatrice), aux antipodes du mouvement qu'il a co-créé. Thomas Vinterberg, qui a récemment signé le film catastrophe Kursk (en salles depuis le 7 novembre), a lui aussi bien tourné la page.

    La bande-annonce des Idiots de Lars von Trier :

     

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    Commentaires
    • Casimir27
      Merci pour les infos !
    • Lccf
      Article intéressant, je ne connaissais pas du tout ce mouvement, sauf de nom.Autant je comprends le souci d'authenticité ( tournage en extérieurs, caméra à l'épaule, à la rigueur l'éclairage naturel ) … autant d'autres articles me laissent perplexe ( le réalisateur ne doit pas être crédité ??? et pas de musique sauf celles qu'entendent les personnages, quelle perte !!! ), et d'autres me rebutent franchement ( la limitation à ici et maintenant, le rejet du cinéma de genre : le cinéma, c'est les frères Lumière ET Méliès, les gars ... ).
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