Notez des films
Mon AlloCiné
    The Plot against America : 5 uchronies pour prolonger l'expérience
    Par Olivier Pallaruelo (@Olivepal) — 21 mars 2020 à 10:00
    FBwhatsapp facebook Tweet

    Alors que démarre sur OCS la série "The Plot Against America", nouvelle création du showrunneur David Simon qui déroule son intrigue dans une Amérique alternative glaçante, voici quelques recommandations sur la thématique de l'uchronie.

    Amazon Prime Video

    The Plot Against America, diffusée sur OCS, est la nouvelle pépite du tandem David Simon, le créateur et showrunneur de l'exceptionnelle série The Wire, aux côtés de Ed Burns. Adaptation en six épisodes du roman glaçant de Philip Roth, The Plot Against America (Le complot contre l’Amérique, Gallimard) sorti en 2004 aux Etats-Unis et en 2006 sur le territoire français, la série déroule son intrigue dans un cadre uchronique.

    L’histoire repose sur l’idée de la défaite de Franklin D. Roosevelt durant les élections présidentielles de 1941. C’est alors le sympathisant au régime Nazi Charles Lindbergh qui occupe le bureau ovale de la Maison Blanche. L’occasion pour Philip Roth de mêler réalité et fiction dans ce qui raconte la montée de l’antisémitisme à travers le regard d’un enfant. La campagne contre l’intervention des Etats-Unis durant la seconde guerre mondiale de Lindbergh fut notamment marquée par ses discours antisémites et ses sympathies envers les dirigeants nazis (Goering lui décernera même la médaille de l'Ordre de l'aigle allemand en octobre 1938), même si, après Pearl Harbor en 1941, Lindbergh changera d'avis.

    Ci-dessous, la bande-annonce de la série diffusée sur OCS, et portée notamment par Winona Ryder, Morgan SpectorJohn Turturro et Anthony Boyle...

    The Plot Against America - saison 1 Bande-annonce VOST

    Dans le sillage du cadre uchronique de The Plot Against America, il existe d'autres oeuvres de fictions qui se sont emparé de ce thème. En voici quelques unes.

    The Man in the High Castle

    Visible sur Amazon Prime

    Et si Hitler avait gagné la guerre ? Une question glaçante, dont la Science-fiction s'est largement emparé. Les auteurs se sont intéressés d'abord timidement à ce sujet très sensible en imaginant des uchronies réalistes qui se déroulent dans des sociétés totalitaires cauchemardesques.

    Ecrit en 1962 et couronné l'année suivante par le prestigieux Prix Hugo du Meilleur roman, Le Maître du haut château est l'une de oeuvres de Philipp K. Dick les plus célèbres -et lues- dans le monde. Cultissime roman uchronique, il traîne aussi une réputation d'être plus ou moins inadaptable (tout comme Ubik, sur lequel Michel Gondry s'est cassé les dents), tant introspections et sous-intrigues se multiplient. L'auteur pratique même la mise en abîme en créant une uchronie dans l'uchronie. Pas vraiment le genre de choses dont le Hollywood Mainstream raffole, à moins de pratiquer un large caviardage...

    Il faut dire aussi que l'adaptation de ce roman a connu un accouchement difficile. On en parlait depuis 2010. A cette date, la société de production de Ridley Scott, Scott Free, voulait s'en charger, avec la bénédiction de la BBC, qui s'est finalement rétractée. Puis ce fut au tour de la chaîne SyFy de se désister du projet. C'est finalement sous la houlette d'Amazon Studios que le coup d'essai fut lancé en 2015, avec cette série écrite par Frank Spotnitz.

    Déroulant son intrigue sur quatre saisons, The Man in The High Castle plante son intrigue en 1962. Hitler est âgé de 73 ans, et malade. Goebbels et Himmler luttent pour lui succéder à la tête du grand Reich. Sur le territoire américain, une lutte à mort clandestine s'est engagée pour tenter de résister, impitoyablement réprimée par les occupants nazis et japonais. Entre ces deux puissances conquérantes, les relations diplomatiques courtoises ne sont que pure façade : l'Allemagne Nazie méprise en réalité leurs alliés japonais, au point de se préparer à les frapper prochainement...

    Puissamment portée par un Rufus Sewell absolument glaçant en tout puissant chef nazi, mais aussi par l'excellente comédienne Alexa Davalos, un Joel de la Fuente terrifiant de brutalité et de sadisme en chef de la police nipponne, ainsi que le jeu feutré de Cary-Hiroyuki Tagawa, la série, captivante, ne perd que rarement le fil de son récit. Très (très) recommandée.

    Jin-Roh, la brigade des loups

    Remarquable adaption d'un manga de Mamoru Oshii (le papa de Ghost in the Shell), qui a scénarisé lui-même cette adaptation, Jin-Roh est le dernier film d'animation japonais fait entièrement à la main. Germanisé après avoir perdu la guerre face à l'Allemagne nazie, le Japon est violemment secoué par des vagues de révoltes largement orchestrée par un groupe répondant au nom de "Secte", formé d’opposants au pouvoir en place. Pour remédier à ce problème, l’État créé la POSEM et ses divisions Panzer dont l’unique but est d’éliminer tout opposant. Le caporal Kasuki Fuse, fraîchement promu de l’académie de la POSEM, en fait partie. Lors d’une révolte, il n’arrive pas à tirer sur une jeune rebelle. Alors que son incapacité d’agir le hante, il rencontre la soeur aînée de la victime avec laquelle il noue une relation.

    Entre sa fantastique séquence d'ouverture (une séquence de course-poursuite dans les égouts), sa splendide musique signée Hajime Mizoguchi, la mélancolie et la poésie qui se dégage de l'oeuvre, qui est aussi une vraie réflexion sur l'usage de la violence face à un régime toujours plus autoritaire, Jin-Roh, la brigade des loups est une oeuvre puissante, dont l'acuité et la portée sont plus que jamais d'actualité.

    Watchmen

    Visible sur OCS Go

    Publié entre septembre 1986 et octobre 1987 par DC Comics, Watchmen est considéré comme la Joconde des comic-books. Signée Alan Moore (au texte) & Dave Gibbons (au dessin), cette oeuvre fleuve reste à ce jour le seul roman graphique à avoir été cité par le Time parmi les "100 meilleurs romans en langue anglaise depuis 1923". D'une profondeur incroyable, misant sur un croisement complexe entre réalisme, symbolisme, anticipation et critique politique et sociale, ce comic situe son histoire dans un 1985 parallèle, une uchronie. Où la Guerre Froide est à son apogée, où les Etats-Unis ont remporté la Guerre du Viêtnam, faisant de ce pays le 51e Etat, et où Richard Nixon achève son cinquième mandat à la Maison-Blanche. Dans une atmosphère de fin du monde, un groupe de super-héros (sans super-pouvoirs, à l'exception de l'un d'entre-eux, le Dr. Manhattan) ressort ses costumes du placard pour enquêter sur la mort de l'un d'entre-eux. Humains, faillibles, imparfaits -à l'image du plus célèbre d'entre-eux, le psychotique Rorschach-, les Gardiens vont mettre à jour un étrange complot.

    L'oeuvre fut déjà adaptée en 2009 au cinéma sous la houlette de Zack Snyder. Si la bande dessinée originelle est ancrée dans l’Amérique de la fin de la Guerre Froide, la série créée par le showrunner Damon Lindelof prend le parti pris de s’inspirer du climat politique actuel, et notamment des années Trump. Les thématiques développées dans Watchmen sont profondément liées à l’Histoire des Etats-Unis, et même à certaines de ses pages les plus sombres. La force de la série étant justement -et entre-autre- d'être capable de tisser des liens avec le background et des thèmes du roman graphique, tout en développant sa propre mythologie. Autant dire un sacré challenge d'équilibriste, mais relevé avec brio par Damon Lindelof.

    La série plante ainsi son cadre à Tulsa, Oklahoma, de nos jours. Il y a trois ans de cela, un groupe de suprématistes blancs appelés «La septième Cavalerie» s’est attaqué à tous les policiers de la ville ainsi qu’à leurs familles. Afin de protéger leur identité depuis cette attaque poétiquement surnommée «La Nuit Blanche», les policiers portent désormais un bandana jaune afin de conserver leur anonymat. Profondément marqués par cette nuit tragique, Angela Abar (Regina King) et le chef de la police de Tulsa, Judd Crawford (Don Johnson), décident d’enquêter de concert sur ce groupuscule et ses adeptes...

    D'une audace formelle et narrative parfois sidérante, cette série n'ira malheureusement pas au-delà des neuf épisodes d'une unique saison. Raison de plus pour la déguster.

    Punishment Park

    Visible en VOD sur Univers Ciné

    Dans une zone désertique du sud de la Californie, un groupe de condamnés est amené, contre la promesse de leur libération, à traverser le désert à pied, sans eau ni nourriture, pour atteindre le drapeau américain sans être capturés par les forces spéciales armées et motorisées lancées à leur poursuite..

    Puissant film politique réalisé par Peter WatkinsPunishment Park est inspiré par l'application du McCarren Act, une loi d'exception votée en 1970 à la faveur d'une aggravation du conflit au Nord-Viêtnam, autorisant à placer en détention "toute personne susceptible de porter atteinte à la sécurité intérieure". Si le scénario de Punishment Park procède d'une uchronie et développe les conséquences possibles d'une extension de la déclaration d'état d'urgence par le Président des États-Unis pendant la guerre du Viêtnam qui a, dans la réalité, été décrétée temporairement, on mesure tout au long du film l'impact de cette décision qui implique une limitation considérable de la liberté d'expression, compte tenu de l'attachement historique des États-Unis à ce droit fondamental. De là un film absolument glaçant, qui se fit d'ailleurs étriller à sa sortie aux Etats-Unis, au point d'être retiré de l'affiche après quatre jours d'exploitation en salle. Un film qui résonne, aujourd'hui plus que jamais, comme un puissant avertissement.

    Ci-dessous, la bande-annonce du film...

     

    FBwhatsapp facebook Tweet
    Sur le même sujet
    • The Plot Against America (OCS) : l'histoire vraie qui a inspiré la série
    • The Plot Against America sur OCS : que vaut la nouvelle série du créateur de The Wire ?
    Commentaires
    • Melnibonéen
      Jin-Roh est un chef-d’œuvre. Le meilleur film jamais réalisé sur le contre-espionnage.
    • PSEUDO
      J'allais écrire presque la même chose, même analyse.
    • Housecoat
      Punishment Park est un film très intéressant mais s'embourbe dans sa mise-en-forme documentariste en laissant passer des informations essentielles pour au final partir dans quelque chose de trop surréaliste pour être crédible. Cela dit, c'est pas un visionnage perdu.
    Voir les commentaires
    Back to Top