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    Scott Pilgrim a 10 ans : le film d'Edgar Wright était-il en avance sur son temps ?
    Par Maximilien Pierrette (@maxp26) — 1 déc. 2020 à 18:00
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    Sorti le 1er décembre 2010 en France, "Scott Pilgrim" fête cette année ses 10 ans. Echec en salles, le film d'Edgar Wright est devenu culte avec le temps, à tel point que l'on peut se demander s'il n'était pas en avance sur son temps.

    Sur le papier, Scott Pilgrim avait tout pour être l'un de succès de l'année 2010 : après les triomphes de Shaun of the Dead et Hot Fuzz, premiers volets ce que l'on appellera ensuite la "trilogie Cornetto" (en référence à cette marque de glace qui s'immisce dans chaque épisode), le réalisateur anglais Edgar Wright adapte les comic books du Canadien Bryan Lee O'Malley dans lequel un jeune homme doit vaincre les ex maléfiques de sa nouvelle petite amie, bien décidés à l'éliminer. Les bandes-annonces sont plus qu'encourageantes et laissent augurer un croisement démentiel entre comédie romantique, jeu vidéo, manga et super-héros, les premières critiques sont bonnes… mais le public n'est pas au rendez-vous. Sorti le 13 août dans les salles américaines, le long métrage ne rapporte que 47,7 millions de dollars de recettes dans le monde, pour un budget de 60.

    Scott Pilgrim
    Scott Pilgrim
    Sortie le 1 décembre 2010 | 1h 52min
    De Edgar Wright
    Avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Jason Schwartzman, Kieran Culkin, Aubrey Plaza
    Presse
    3,4
    Spectateurs
    3,8

    Si la soupe à la grimace est de mise dans les bureaux d'Universal, son distributeur, le porte-parole du studio prédit néanmoins que Scott Pilgrim "saura être identifié comme un morceau important de cinéma". Ce ne sera pas dans les salles françaises, où il sort en catimini le 1er décembre de la même année, mais au cours de la décennie qui suit et pendant laquelle il conquiert un public de plus en plus important pour finalement atteindre ce statut de film culte que beaucoup lui prédisaient en découvrant les bandes-annonces. Alors qu'il fête ses 10 ans et figure en bonne place dans la liste des pépites auxquelles la vidéo a offert une seconde vie, tout porte à croire que le long métrage est sorti trop tôt tant il paraît, avec le recul, en avance sur son temps.

    SAME PLAYER SHOOTS AGAIN

    L'argument n'est en soi pas nouveau. Dès 2010, beaucoup l'ont utilisé pour tenter d'expliquer cet échec étonnant. Mais force est de constater que ces personnes avaient vu juste. Car même si les voies du box-office restent globalement impénétrables, Scott Pilgrim paraît aujourd'hui plus en phase avec les années qui ont suivi celle de sa sortie. Et ce sur plusieurs aspects, à commencer par son côté super-héros. Il y a dix ans, ces derniers n'étaient pas en reste mais Marvel n'était pas encore le roi d'Hollywood et venait de dégainer le seul Iron Man 2, tandis que Kick-Ass et le Super de James Gunn jouaient avec les codes du genre. Malgré le succès des Spider-Man de Sam Raimi et des Batman de Christopher Nolan, les adaptations de comic books ne garantissaient pas encore que le public se rue dans les salles par millions, et le long métrage d'Edgar Wright l'a constaté à ses dépens, le fait de s'inspirer d'une œuvre indé ayant aussi pu avoir une incidence à une époque où la pre-awareness (volonté des studios de s'emparer d'une marque déjà connue et identifiable pour la majorité des spectateurs) prenait de l'importance chez les producteurs.

    A défaut d'avoir fait trembler le box-office, Scott Pilgrim reste l'une des meilleures adaptations de comic books. Pas tant pour sa fidélité envers le matériau de base, puisque c'est aux prix de quelques sacrifices de personnages et sous-intrigues qu'il parvient à condenser les six tomes de Bryan Lee O'Malley en moins de deux heures, mais parce qu'il réussit à à s'emparer de ses codes visuels et narratifs pour créer son propre langage cinématographique matîné de petites touches vidéoludiques (à l'image et/ou au son). Dans sa manière d'orchestrer le mariage entre plusieurs médias, il rappelle ainsi le Speed Racer des Wachowski qui, plus encore qu'Edgar Wright (et avant que le studios n'y voient un nouveau filon), avaient tenté de faire vivre un manga sur grand écran avec une forme novatrice auquel le public n'avait pas adhéré en 2008 avant de lui redonner sa chance. Ou l'oscarisé Spider-Man - New Generation, qui faisait apparaître des onomatopées alors que l'animation rendait hommage à la technique d'impression des comics.

    Universal Pictures International France

    Là encore, le succès a été moins important que prévu ("seulement" 375,5 millions de billets verts engrangés dans le monde), mais le problème vient peut-être d'un manque de répères du public perdu dans cette histoire de mondes parallèles, et ne sachant plus où donner de la tête entre le Spider-Man incarné par Tom Holland en prises de vues réelles, et le Miles Morales de ce film d'animation. Toujours est-il qu'en 2018, les super-héros étaient davantage ancrés dans la culture de masse qu'en 2010, et on notera, non sans amusement, que quatre des acteurs de Scott Pilgrim se sont ensuite illustrés dans le genre : après s'être fait connaître grâce à la Torche des 4 FantastiquesChris Evans est devenu le Captain America du Marvel Cinematic Universe, tandis que Brie Larson a décroché les pouvoirs de Captain Marvel, qu'Aubrey Plaza a été l'une des têtes d'affiche de la série Legion et que Mary Elizabeth Winstead, courtisée pour divers projets au cours de la décennie passée, est devenue Huntress dans Birds of Prey. Sans oublier l'ex-Superman Brandon Routh, que l'on a depuis retrouvé dans Legends of Tomorrow.

    Outre la domination des comic books movies, à laquelle il aurait dû participer grâce au Ant-Man qu'il développait depuis 2006 mais qu'il a dû abandonner à la suite de différends créatifs avec Marvel Studios, Edgar Wright a également préfiguré la nostalgie des années 80 et 90, dont Super 8Stranger Things ou encore Ready Player One sont ensuite devenus les figures de proue, au même titre que la résurrection de sagas telles que S.O.S. Fantômes ou Gremlins. Sorti aujourd'hui (ou pendant la seconde moitié de la décennie 2010), Scott Pilgrim aurait fait le bonheur des spectateurs devenus des chasseurs de références plus ou moins cachées : à la bande-dessinée, au cinéma, aux séries (on entend le thème Seinfeld au début d'une scène) et aux jeux vidéo. De Zelda à Streets of Rage, en passant par Final Fantasy II, Pac Man ou le nom des Sex Bob-Ombs, le groupe du héros, dont le nom renvoie à des personnages de Super Mario Bros, ces derniers sont très présents dans les clins-d'œil et le film n'est pas daté pour autant, le phénomène du retro gaming ayant pris davantage d'ampleur après sa sortie, avec notamment des rééditions d'anciennes consoles.

    COMÉDIE PAS SI ROMANTIQUE

    Des références qui ne paraissent jamais forcées et sont un témoignage de plus de l'amour d'Edgar Wright pour la culture geek avec laquelle il a grandi, étant né en 1974. Mais cette forme pop et rétro est au service d'une approche un peu plus moderne de la comédie romantique. Et c'est sur cet aspect aussi, que le long métrage paraît avoir été en avance sur son temps. Trop peut-être pour le public visé par la campagne marketing, les adolescents, car il est notamment question de l'anxiété nées de relations passées, sujet qui parle davantage aux adultes. Ou aux adulescents comme Scott, incarné par Michael Cera, dont les spectateurs connaissaient le visage juvénile grâce à Arrested Development et Juno. Un personnage qui peine à grandir et qui, malgré ses exploits face aux ex de Ramona Flowers, n'est pourtant pas un héros plein de belles valeurs puisque sa façon de "stalker" sa future petite amie est pointée du doigt, tout autant que sa manière de traiter Knives Chau, qu'il n'a pas le courage de quitter alors qu'il ne l'aime manifestement pas.

    S'ils permettent au réalisateur de nous offrir des morceaux de bravoure épatants et variés, les combats de Scott contre les ex de Ramona sont également une manière d'évoquer la toxicité de ces hommes et cette femme qui se liguent, littéralement, pour l'empêcher d'aller de l'avant dans sa vie amoureuse, tandis que le boss final, le producteur Gideon Graves (Jason Schwartzman) auquel elle semble d'abord soumise avant de se rebeller, non sans difficulté, rappelle inévitablement le mouvement #MeToo qui a éclaté avec l'affaire Weinstein en 2017. Bien que spectaculaires et très visuels, ces affrontements se déroulent également à un niveau plus intime, puisque les personnages, Pilgrim en tête, luttent avant tout contre leurs propres insécurités et démons, et c'est pour cette raison que son dernier opposant n'est autre que le Nega Scott, double maléfique de lui-même dont il ne se débarrasse d'ailleurs pas. Il fait ami-ami avec lui, signe que sa noirceur n'a pas disparu et qu'elle est toujours dans les parages, prête à ressurgir.

    Universal Pictures International France
    Scott face à lui-même

    Le happy end n'est donc que de façade et le film reste vague sur l'avenir commun des deux personnages principaux, pour mieux laisser au public le soin de choisir, selon sa sensibilité. Et c'est notamment en cela que Scott Pilgrim fait écho à (500) jours ensemble, sorti un an plus tôt, et auquel plusieurs personnes l'ont rapproché. Comme le film de Marc Webb, celui d'Edgar Wright suit le point de vue d'un jeune homme (et par conséquent d'une génération) à qui la culture populaire a donné une vision idéalisée des romances qui se heurte à la réalité. C'est ainsi que Scott va littéralement se battre pour celle qu'il voit comme la femme parfaite et considère comme un trophée alors que le long métrage, au même titre que celui porté par Joseph Gordon-Levitt et Zooey Deschanel, questionne les codes parfois datés de la comédie romantique en même temps que ce droit et ce pouvoir que les hommes estiment avoir dans les relations amoureuses, comme le souligne notamment le site Escapist Magazine. Et ce sujet est plus que jamais d'actualité à l'aube des années 2020.

    Plus profond et adulte que ce son côté geek, largement mis en avant, pouvait laisser penser, Scott Pilgrim fait partie de ces films dont que l'on peut percevoir différemment au fil des années et des revisionnages. Selon notre expérience, un élément nous parlera plus qu'un autre, et c'est aussi ce que le long métrage a en commun avec (500) jours ensemble, en plus de savoir mêler le fond et la forme. Alors qu'il fête son dixième anniversaire, le long métrage reste d'ailleurs l'un des plus aboutis de son auteur, que l'on pourrait qualifier de visionnaire dans la mesure où il est parvenu, en adaptant une œuvre avec des références qui lui sont personnelles, à signer un opus qui paraît plus en phase avec notre époque qu'avec celle de sa sortie. Plus encore que certains sortis après lui.

    Avez-vous remarqué les détails cachés de "Scott Pilgrim" ?

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    Commentaires
    • Alex C
      Un des meilleurs films des années 2010, et effectivement en avance sur son temps.
    • Hunnam29
      Je sais qu'il est bourré d'originalité et j'ai toujours voulu l'aimer... Mais j'ai toujours trouvé le film hyper long. Assez emballé par le principe au départ, après je trouve que ça se répète vachement et au final, chose que je fais jamais, je coupe souvent avant la fin.
    • chips493
      Un film très énergique et bourré d'idées mais avec un bémol sur les combats qui deviennent un peu répétitifs à la longue.
    • Might Guy
      J'adore ce film. Qu'il soit 10 ans en avance sur les autres ou pas.
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