Mon compte
    Le Roi Arthur : les raisons derrière le bide de la franchise de Guy Ritchie
    20 juil. 2021 à 17:30
    Corentin Palanchini
    Corentin Palanchini
    -Chef de rubrique Infotainment
    Passionné par le cinéma hollywoodien des années 10 à 70, il suit avec intérêt l’évolution actuelle de l’industrie du 7e Art, et regarde tout ce qui lui passe devant les yeux : comédie française, polar des années 90, Palme d’or oubliée ou films du moment. Et avec le temps qu’il lui reste, des séries.

    La franchise centrée autour de la Table ronde initiée par Guy Ritchie a connu une vie très courte, annulée après l'échec retentissant du premier long métrage de la saga : "Le roi Arthur : la légende d'Excalibur". Mais que s'est-il passé ?

    Warner Bros.

    L'aventure Le roi Arthur commence lorsque Warner Bros décide de raconter à nouveau la légende de la Table ronde. Cela fait des années que le projet est en cours, envisagé avec Kit Harington en roi Arthur sous la direction de David Dobkin (Serial Noceurs), puis dans une autre version avec Colin Farrell (et Gary Oldman en Merlin). Aucune d'elles n'a vu le jour, jusqu'à ce que le projet soit relancé.

    Nous sommes en mars 2010 lorsque le réalisateur Guy Ritchie se dit intéressé par porter l'histoire du roi Arthur à l'écran. A l'époque, Ritchie est chez lui à la Warner, venant d'y mettre en scène avec succès deux aventures de Sherlock Holmes avec Robert Downey Jr et Jude Law.

    Ritchie basera son film sur un scénario rédigé par John Hodge (Trainspotting) et inspiré par les écrits de Thomas Mallory intitulé Le Morte d'Arthur, publié en 1485 et qui avait servi de base à l’Excalibur de John Boorman.

    Warner Bros.
    Excalibur tirée du rocher (version Guy Ritchie)

    En lançant ce projet, la Warner tire symboliquement une balle dans la tête du remake du Excalibur de John Boorman, qu'elle développait en parallèle, en vue d'en confier la réalisation à Bryan Singer. Par ailleurs, Guy Ritchie n'a pas le temps de commencer le travail sur Arthur, puisqu'il a déjà signé pour mettre en scène avant (et toujours pour Warner) The Man from U.N.C.L.E. avec Henry Cavill et Armie Hammer.

    Un scénario "Frankenstein"

    En 2014, Ritchie est officiellement sous contrat pour réaliser ce qui s'appelle alors Knights of the Round Table: King Arthur. Warner abandonne le scénario initial de John Hodge, et le projet sera désormais écrit par Joby Harold, qui prévoit un arc narratif... sur six films.

    Cela ne surprend personne en 2014, année où l'univers Marvel arrive à raccrocher aux Avengers Les Gardiens de la galaxie, alors des héros méconnus, en les faisant cartonner au box-office, tout en annonçant neuf longs métrages pour les années à venir, tous liés les uns aux autres.

    Warner Bros.

    Warner est à l'époque en train de construire son univers connecté DC Comics avec Batman V Superman, annonceur d'un Justice League très attendu. Il est donc logique de tenter également l'aventure avec plusieurs films adaptés de la légende arthurienne.

    Sauf que les scénarios de John Hodge (adaptée de Thomas Mallory) et de Dobkin (celle avec Kit Harrington) sont utilisées comme base pour la version de Ritchie et Harold, le studio incitant les auteurs à mélanger les versions, ce qui causera des problèmes avec la Writer's Guild, autorité tranchant les questions de copyright entre les différents scénaristes d'un projet.

    Ajoutez que l'associé de Ritchie, Lionel Wigram, arrive en renfort à l'écriture, et il en résulte pour King Arthur un scénario cousu à partir des différentes versions d'une même histoire que l'on tente d'unir de force.

    Les premiers doutes

    The Man From U.N.C.L.E. sort sur les écrans et ne rapporte pas autant que prévu. Warner constate donc que ce que touche Ritchie ne se transforme pas systématiquement en or. Le long métrage d'espionnage engrange 107 millions de dollars dans le monde pour un budget estimé (sans le marketing et la publicité) à 75 millions de dollars.

    Le studio perd donc de l'argent, au moment où Guy Ritchie est en tournage de King Arthur, du moins le premier des six films. Pendant ce temps, le tournage semble bien se dérouler. Charlie Hunnam est la star du film, avec Jude Law (Vortigern), Annabelle Wallis (Maggie) et Astrid Bergès-Frisbey (The Mage).

    Warner Bros.
    L'oncle d'Arthur, Vortigern, joué par Jude Law

    Cependant, de l'aveu même de Hunnam, le film s'est fabriqué en direct sur le plateau :

    Nous nous sommes lancés avec une structure [d'histoire] et il est rapidement devenu évident, dès les premiers jours de tournage, que ce n'était qu'une structure et que nous allions devoir travailler en temps réel, que tout allait évoluer très vite.

    Le tournage est donc exécuté dans ces conditions un peu rocambolesques, mais est bouclée sans trop de retard... sauf que la première projection test est "catastrophique". Il se passe quelque chose d'inattendu : l'équipe se rend compte qu'un des acteurs principaux est "miscast", c'est-à-dire ne convient pas pour le rôle qui lui a été confié.

    Des réécritures commencent à s'organiser, et avec elles les inévitables reshoots (tournage de scènes post-tournage principal afin d'améliorer la cohérence du film ou de corriger des erreurs). Il se murmure alors que les compétences du producteur et ami de Ritchie, Lionel Wigram, sont remises en cause.

    Warner Bros.
    Charlie Hunnam (Arthur) et Aidan Gillen (Bill)

    A la même époque, Warner a des soucis avec un autre film à univers connecté : Suicide Squad, adapté de DC Comics, qui nécessite lui aussi beaucoup de reshoots et de post-production qui n'était pas prévus. La firme est donc sous pression, avec deux blockbusters qui semblent mal partis.

    Un film qui ne veut plus sortir

    En février 2016, le tabloïd The Sun (via Femalefirst) rapporte que Guy Ritchie serait "déçu" par la prestation d'Annabelle Wallis, au point de couper la majorité de ses scènes. En conséquence, une intrigue assez importante liée à son personnage est laissée de côté par Ritchie, à regrets. Les reshoots se poursuivent et le film, calé au 22 juillet 2016 est repoussé au 17 février 2017.

    En janvier 2017, à un mois de la sortie, Guy Ritchie fait le point, annonçant que les derniers effets visuels sont en cours de traitement. Il propose un premier montage de 3h, puis une version de 2h20, puis un autre d'1h50. Si la durée évolue énormément, c'est que le réalisateur tente de compenser par la quasi-disparition du personnage de Wallis et de trouver le bon rythme pour les scènes d'action.

    Warner Bros.
    Extrait du combat final

    Hunnam raconte par exemple au moment de la promotion du film que l'une des séquences d'ouverture (le flashback du combat contre les vikings) a été considérablement réduite :

    [Guy Ritchie] a fait un effort considérable pour réduire les 30 ou 40 premières minutes à une séquence de 10 minutes. Le montage original faisait 3h30 et il fallait tout réduire. Il a donc créé cette scène [qui n'était pas dans le script] pour couper une vingtaine de scènes (...).

    Le film bouge encore deux fois après cela, décalé à mars puis mai 2017. Ces reports ne sont pas pour rassurer le public comme la presse. Pendant ce temps, la post-production s'éternise, et Warner continue de signer les chèques en espérant rentrer dans ses frais avec le film terminé.

    Sauf que King Arthur, qui est entretemps devenu King Arthur: Legend of The Sword, a coûté 175 millions de dollars en tournage seulement et n'en rapporte que 148,6. L'échec est retentissant, les critiques d'où qu'elles viennent sont cinglantes et l'univers connecté espéré ne verra jamais le jour.

    Epilogue

    Guy Ritchie rebondira rapidement en acceptant de tourner le remake live-action d'Aladdin pour Disney. A l'heure de ces lignes, il n'a jamais retravaillé avec le studio Warner. Il retournera avec Charlie Hunnam pour The Gentlemen (2020).

    FBwhatsapp facebook Tweet
    Sur le même sujet
    Commentaires
    • Auvoren
      Les raisons ? Bin, c'était juste pas bon...
    • andiran23
      Ca m'avait pas spécialement choqué vu le ton et l'esthétique du film, puis c'était mon premier Ritchie du coup j'ai pris le style en pleine face, malgré les faiblesses d'écriture. Puis je crois que j'y étais allé sans voir de bande-annonce, c'est ptêt pour ça que j'ai pas eu de souci avec le casting, je sais pas
    • tueurnain
      Très bonne analyse...
    • tueurnain
      Donc faut aimer les cinématiques de jeu vidéos... C'est vraiment quelque chose qui m'a vraiment dérangé à plusieurs reprises dans le film.Pout un film sur le roi Arthur c'est pas forcément ce que j'en espèrait...Et pis bon, le casting united color bien caricatural (sans blague, le chinois qui fait des arts martiaux au Veme siècle en angleterre?!....)Avec un montage totalement charcuté (et ça se sentait), c'était évident que le film allait se planter...
    • Blasi B
      dommage , il y avait du potentielj'adorerais voir une version longue de 3h30 par contre, y'a des passages qui me paraissait avoir été pas mal charcuté, comme son passage dans l'autre monde la...
    • Cuderoy
      Je me suis arrêté au trailer qui vendait un film survitaminé en nuance de gris qui usait du zoom comme les personnages de Colin Farell tirent sur la boisson. Merci mais la Légende d'Excalibur où Arthur met des droites de forain, c'est censé nous attirer comment ? La première erreur du film, c'est la tête d'affiche à mes yeux, jamais je ne verrais un Tatum like dans la peau d'Arthur.
    • El A
      fallait développer autour des la momie avec Fraser au lieu de tenter un reboot mi figue mi raisin..
    • Tako-Ren
      Pas étonnant que Guy Ritchie ne se chargera pas du prochain Sherlock Holmes avec Robert Downey Jr. et Jude Law.. et aussi qu'il soit prévu d'avoir un univers étendu à la MCU sur le détective anglais selon les dernières déclarations des Downey
    • negeil
      Moche pas d'accord, le combat final est magnifique j'ai cru voir une séquence de cinématique de jeu-vidéo.
    • El A
      En n'a....Tu t'es cru dans stargate ou avatar?..
    • James M.
      En n'a eu énormément problème de scénarioAurait même dit qu'il ni avait pas de scénario ?C'étais l'un des problèmes
    • andiran23
      A chaque fois c'est la même histoire :- un tournage qui commence avec un scénario pas prêt parce que le studio refuse de repousser le film et que si le tournage est repoussé ça pose des problèmes d'emploi du temps- des réécritures sur le tournage donc (généralement) moins bonnes puisque sous pression et difficile de gérer correctement la structure du récit en tournant en même temps- un montage chaotique parce que conflits internes- des gros reshoots pour tenter de changer un arc narratif entier- des artistes VFX qui n'ont pas le temps de finir les effets spéciaux- un marketing mollasson et peu présentJ'aime bien le film, mais ça pouvait que mal se passer, 80 % des flops similaires pour des blockbusters c'est comme ça que ça se passe. Bon, y'a aussi le fait que le film a pas plu donc forcément c'était foutu. C'est un peu triste, pour moi il méritait mieux, mais bon, euh, leur idée gargantuesque de MCU médiéval avec 6 films, spin-offs et tout, ça aurait jamais pu marcher. Et puis c'était déjà épuisé les légendes arthuriennes en 2017, ça fait vingt ans qu'on voit plein de versions donc le public est lassé. Déjà en 2004 la version d'Antoine Fuqua avait fait un flop.Contrairement au Dark Universe des monstres Universal, où là c'est un vrai gâchis qui aurait eu des chances d'être très intéressant
    • FerrisBueller
      Comme quoi c'est bien avant de commencer à tourner de s'assurer que le scénario est prêt.
    • CINÉPHAGE
      J'ai personnellement bien aimé cette vision du mythe du roi Arthur (ou plutôt la jeunesse du futur roi). Dommage que Guy Ritchie ait été se perdre avec Aladdin, une véritable immondice. Heureusement il est revenu en force avecThe Gentlement et Wrath of Man.
    • -Nomade-
      Ben le film est mauvais, quoi... Et plutôt moche, en plus.Voilà, s'tout.On peut chercher des raisons, mais souvent, la plus simple est aussi la meilleure...
    Voir les commentaires
    Back to Top