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    Deauville 2014 - Jour 4 : John McTiernan is back !
    Par Maximilien Pierrette — 9 sept. 2014 à 12:40

    Yippe Kay Yay ! Le Festival de Deauville a rendu hommage à John McTiernan en ce lundi 8 septembre, tandis que les spectateurs ont pu suivre Kristen Stewart à Guantanamo avec "Camp X-Ray".

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    Pas de repos pour les deauvillais ! Alors qu'une nouvelle semaine commence, c'est aux côtés de Kristen Stewart et à Guantanamo qu'ils ont passé ce lundi, tandis qu'un hommage était rendu à un roi de l'action, et que nous parlions de cinéma américain avec Claude Lelouch.

    Le film du jour
    Droits réservés

    Camp X-Ray de Peter Sattler - Avec Kristen Stewart, Peyman Moaadi… - Avant-première

    Pour ceux qui doutent encore de son talent et du fait que Kristen Stewart se soit bel et bien extirpée de Twilight une bonne fois pour toutes, Camp X-Ray constitue une preuve pour le moins béton. Dans ce premier film signé Peter Sattler, la comédienne incarne en effet une jeune militaire envoyée garder les prisonniers détenus de Guantanamo (car pas protégés par la Convention de Genève), le temps d'un passage à l'âge adulte à la dure.

    Un peu inégal dans sa première partie, Camp X-Ray rappelle par moments le Jarhead de Sam Mendes dans sa façon de dépeindre le quotidien peu excitant de ces soldats, mais ne prend jamais des atours de tacle politique en 24 images par seconde. Non, le metteur en scène dresse avant tout le portrait d'une femme dans un milieu d'hommes, puis tisse une relation intéressante entre elle et l'un des détenus en établissant quelques parallèles. Il évite ainsi le manichéisme et la diabolisation dans lesquelles il est trop facile de tomber pour mieux se focaliser sur l'humanité.

    Plus complexe et intéressant qu'il n'y paraît, Camp X-Ray permet donc à Kristen Stewart de consolider un peu plus sa deuxième partie de carrière, mais aussi de nous faire retrouver Lane Garrison, le Tweener de Prison Break qu'il place dans un autre centre pénitencier. Mais de l'autre côté des barreaux ce coup-ci.

    Étaient également présentés :
    Droits réservés

    Uncertain Terms (Compétition) - Film le plus court de la compétition (1h15), Uncertain Terms est aussi celui qui a le moins convaincu pour le moment. Issu de l'histoire de la mère du réalisateur Nathan Silver ce drame sur un homme plongé dans un foyer pour adolescentes enceintes a rappelé States of Grace ou Les Proies de Don Siegel chez quelques-uns des spectateurs, sans susciter de réel enthousiasme pour autant.

    War Story (Compétition) - Cette année, le Festival fonctionne par thématiques, et c'est la guerre qui était au coeur de ce lundi, puisque le public a aussi pu découvrir War Story. Le deuxième long métrage de Mark Jackson suit en effet les traces d'une photographe réfugiée en Sicile après un passage douloureux en Libye et se prend d'affection pour une immigrée tunisienne en qui elle croit reconnaître le sujet de l'un de ses clichés. Un drame difficile d'accès qui joue beaucoup sur les silences, mais que Catherine Keener et Hafsia Herzi portent sur leurs épaules.

    La star du jour
    Olivier Borde / Bestimage

    En 2003 sortait Basic, dernier film en date de John McTiernan. Et depuis, plus rien. La faute à une implication dans une affaire d'écoutes téléphoniques illégales, qui lui a valu de ne plus être assuré auprès des producteurs pendant les sept-huit dernières années, et d'en passer une année à l'ombre.

    Libéré au mois de février, c'est sur les planches de Deauville que le réalisateur de Piège de cristal a signé son grand retour, le temps d'une très longue masterclass (près de deux heures) dimanche et d'un hommage qui lui a été rendu ce lundi 9 septembre. Distinction qu'il voit souvent liée au "fait que quelqu'un sait que vous allez mourir, donc j'espère que ça n'est pas ça pour moi", comme il nous l'a expliqué.

    Un pays de prisonniers

    Une fois le traditionnel montage passant sa carrière en revue terminée, le réalisateur de Last Action Hero a fait part de sa gratitude "inexprimable" envers les organisateurs du Festival, qui l'ont soutenu pendant sa période la plus difficile, puis dressé un état des lieux pour le moins alarmant : "Je ne peux que souhaiter que la culture de mon pays ressuscite. Il y a aujourd'hui une contre-révolution, presqu'une deuxième Guerre Civile, sponsorisée par ceux qui avaient perdu la première."

    Nous avons aujourd'hui un bon président à la Maison Blanche, mais celui-ci est prisonnier dans les lieux et ne peut rien faire de plus que des choses cérémoniales. Notre pays est devenu un pays de prisonniers, et je parle en connaissance de cause : nous en avons plus aujourd'hui qu'en Corée du Nord, et plus de policiers que dans l'Allemagne de 1938. On risque de passer plus de temps en prison lorsque l'on demande à avoir un procès alors qu'on est innocent, que si on est jugé pour meurtre.

    J'espère que vous avez pu voir, à travers mes films, à quel point je déteste l'élite, et que les films à venir pourront montrer aux gens comment nous pouvons changer l'avenir de mon pays, qui est pour l'instant contrôlé par un régime illégal." Une ambiance que McT a ensuite un peu dé-plombée en se montrant plus rieur et enjoué devant les photographes.

    Au micro
    Maximilien Pierrette / AlloCiné

    Si Camp X-Ray faisait l'événement côté projections, la star du jour était donc John McTiernan, monté sur scène juste avant le lancement du long métrage de Peter Sattler. Le réalisateur qui est également passé devant notre micro pour une interview, donc voici quelques extraits.

    Le soutien de la France

    "La France m'a toujours soutenu et c'est pourquoi j'aime toujours y venir (...) Vous êtes plus intéressés par les réalisateurs qu'aux États-Unis et avez de vrais journalistes de cinéma, contrairement à l'Amérique, qui n'en a plus. Maintenant ce ne sont plus que des gens dans l'attente de décrocher un meilleur poste de journaliste et qui écrivent surtout sur ce que les stars ont porté sur les tapis rouges, ce qui n'a pas de sens. Il ne font plus de travail de fond. Les Français connaissent vraiment les films et leurs questions sont plus intéressantes."

    Le comité Free John McTiernan, créé en France

    "La population américaine est énormément intimidée par le gouvernement. Il n'y a pas le moindre mouvement de libération là-bas actuellement. Les manifestations qui ont eu lieu dans le Missouri lors de ces dernières semaines [suite à la mort de l'ado Michael Brown, ndlr], et les provocations étaient énormes. Tout ceci dure depuis des années mais les gens avaient trop peur pour faire quoi que ce soit.

    Le plus incroyable, c'est qu'il ait fallu si longtemps avant que les choses n'explosent. La population est maintenant trop lâche et les autorités régissent tout. Et il y a d'énormes instituts de presse qui détruisent tout ceux qui veulent dévier de la ligne de conduite édictée par la politique et l'atmosphère de celle-ci. Ça n'est heureusement pas trop le cas en Europe."

    Trop de films d'action ressemblent à des cartoons
    Le cinéma d'action aujourd'hui

    "J'ai l'impression qu'un trop grand nombre [de films d'action, ndlr] ressemble aujourd'hui à des cartoons", nous répond John McTiernan à ce sujet. Mais ce n'est pas pour autant qu'il prône le sérieux à 200% : "Les thrillers d'action très sérieux ont toujours été difficiles à faire fonctionner. Ils ne plaisent généralement qu'aux hommes plus âgés. Les livres aussi. Les films qui plaisent à un plus grand nombre ont davantage de choses en eux, alors que ceux qui reposent sur la colère risquent de n'attirer que des hommes âgés de 50 ans. Ça arrive souvent et c'est très dur de les rendre divertissants."

    Ses projets

    "Je vais faire un film sur l'aviation. Ça s'appelle Warbirds et ce sera avec John Travolta et probablement Morgan Freeman. Et nous commençons le tournage au mois de novembre" : voilà donc qui va rassurer les fans d'un John McTiernan bientôt de retour aux affaires. Evoqué depuis le mois de février, Red Squad passera donc après, à cause notamment de "l'accord qui doit être trouvé avec la star", Nicolas Cage en l'occurrence.

    Quand à Die Hard 6, histoire de boucler la boucle en dirigeant ce qui est annoncé comme l'ultime épisode de la saga, ça n'est même pas la peine d'y penser : "Personne ne m'a demandé de le faire."

    Parole de juré
    Maximilien Pierrette / AlloCiné

    Difficile de dissocier Claude Lelouch de Deauville : souvent présent au Festival, le cinéaste a en effet iconisé la ville normande grâce à Un homme et une femme. Cette année, c'est en tant que membre du jury qu'il participe à cette édition, et c'est à son tour de répondre à nos questions.

    Deauville et vous

    "Il y a une place Claude Lelouch. Je ne pensais pas assister à ça de mon vivant mais je n'y vais pas car j'ai un peu honte. Mais j'aime cette région et je suis un fou de lumière, qui est pour moi une chose fondamentale. Et la côte normande est l'un des endroits où elle est absolument sublime, parce que ça change tout le temps. C'est vraiment un pays fait pour moi.

    Moi j'aime tout : j'aime le chaud, j'aime le froid ; j'aime les gens intelligents, j'adore les cons. J'aime tout. C'est mon gros défaut et ma grosse qualité : ma curiosité fait que je ne me suis pas lassé du spectacle de ces sept milliards de gens qui s'agitent dans tous les sens. Et c'est là que je trouve mon inspiration."

    Le film que vous aviez récompensé en tant que président

    Maria, pleine de grâce de Joshua Marston

    "Parce qu'il était plein de grâce. J'adore récompenser un film que je n'aurais pas été capable de faire. C'est comme un magicien : si vous connaissez les trucs, les tours ne vous épatent pas. Moi je connais les tours de la plupart des films, je vois les combines et ça ne m'épate pas. Mais, à un moment donné, on ne les voit pas sur des films. On sait qu'il y a des trucages pour tout, mais quand ne les voit pas, je craque. Et dans ma vie j'ai vu une centaine de films dont je n'ai pas vu les trucs, qui sont dans ma mémoire avec lesquels je vis."

    Le cinéma américain n'existe que si vous avez du succès
    L'état du cinéma américain

    "Le cinéma américain n'existe que si vous avez du succès. La seule chose qui a du succès en Amérique, plus qu'ailleurs, c'est le succès. Si vos films ne le rencontrent pas à un moment donné, on vous abandonne et c'est un orphelinat quand on regarde tous les jeunes metteurs en scène américains qui n'ont pas eu de succès et qu'on a abandonnés.

    En France, le succès a aussi beaucoup de succès. Mais si vous rencontrez le succès, vous pouvez vous taper trois-quatre échecs, et on ne désespère pas qu'à un moment donné vous alliez mieux. En Amérique, la condamnation est immédiate et c'est pour ça que je suis très heureux de vivre en France où les hauts et les bas sont plus acceptés qu'aux États-Unis, où on est constamment condamnés à être dans le Top 10."

    Le cinéma américain et vous

    "J'ai refusé toutes les propositions qu'on m'a faites, et dieu sait si j'en ai eu, surtout après mes deux Oscars [pour Un homme et une femme et Toute une vie, ndlr]. J'ai tout refusé car j'ai compris dès le départ que nous ne faisions pas le même cinéma : ils font un cinéma de producteur et moi de metteur en scène. Chez moi le metteur en scène est le patron, chez eux c'est le producteur. Je pense donc que je n'aurais jamais eu la possibilité de me soumettre.

    Dans un film, je mets l'écriture cinématographique en tête de tout. On voit d'ailleurs dans les séries télé qu'on peut changer le metteur en scène, sans remarquer la différence. Une fois qu'on a trouvé le ton, on ne fait que des copies : c'est la même lumière, les mêmes cadrages… Les stars sont les acteurs et les auteurs, mais les metteurs en scène n'existent plus. À part Woody Allen, Scorsese ou Coppola, qui arrivent encore à imposer leurs points de vue, les metteurs en scène sont morts aux États-Unis aujourd'hui.

    Le cinéma d'auteur travers une crise terrible. Le vrai cinéma d'auteur subit aujourd'hui la loi des producteurs de télé, donc le phénomène américain est en train de s'amplifier jusqu'en Europe."

    Mars Distribution
    Un réalisateur que vous adorez

    "Je suis fidèle à Woody Allen. Son parcours est formidable, il ne fait aucune concession et fait joujou avec le cinéma. Et ça c'est bien. Ça n'est pas prétentieux. Ça ne l'est jamais. Il nous explique que la vie est une blague qu'il faut prendre très au sérieux, et ça me plaît car c'est aussi mon concept, dans un autre domaine. Je pense que c'est le metteur en scène le plus intéressant aux États-Unis actuellement."

    Un film que vous êtes le seul à ne pas aimer

    "La Nuit du chasseur. Je me suis toujours fait ch... devant ce film-là. Mais j'en suis désolé car je sais que c'est un chef-d'œuvre absolument reconnu, mais je n'ai jamais marché. C'est marrant. Mais il y a plein de chefs-d'œuvre sur lesquels je suis d'accord."

    Ça tweete sur les planches

    Et sinon…
    • John McTiernan aimerait voir La Tour Montparnasse Infernale, depuis que les journalistes nous précédant lui ont fait découvrir la bande-annonce de cette parodie de Piège de cristal.
    • La séquence émotion du jour, c'est à Mark Jackson qu'on la doit : en préambule de War Story, le metteur en scène a évoqué son père, qui venait de fêter son anniversaire et dont le rêve été d'étudier à la Sorbonne. Présent dans la salle, celui qui a combattu au Viêtnam à la place va bientôt voir son vœu se réaliser puisque son fils a annoncé devant toute la salle qu'il allait l'emmener visiter la célèbre fac avant de lui redire à quel point il l'aimait.

    Demain, le 40ème Festival du Cinéma Américain entrera dans sa deuxième moitié, et vous aurez rendez-vous avec un Affranchi ainsi que Norman Bates.

    La bande-annonce de "Camp X-Ray" :

    The Guard Bande-annonce (3) VO
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    Commentaires
    • Attila0451
      ça lui va mieux en un sens !
    • FandeDQ
      D'accord avec Lelouch sur les séries.
    • this is my movies
      je ne suis pas d'accord avec M. Lelouch qui dit qu'il ne reste que 3 metteurs en scène aux USA. Coppola lui même a dit qu'il n'en faisait plus alors... Spielberg et Cameron sont de vrais metteurs en scènes, qui expériementent sans cesse. Peter Jackson est aussi un grand nom tout comme Clint Eastwood, Joe Carnahan, Michael Mann est toujours en vie (et en activité) alors oui, c'est vrai, il y en a beaucoup moins qu'avant mais il en reste plus que 3. J'ajouterai Tarantino aussi. Et il a oublié McT en plus, qui ve revenir au cinéma et c'est une excellente nouvelle.
    • Quackerjack
      Il a ultra-maigri, ça m'a efffrayé !
    • Quackerjack
      Oui, tu l'es ! ^^
    • Quackerjack
      J'ai un problème avec McT. J'ai rien, mais alors RIEN contre lui, j'ai adoré pratiquement tous ses films (à part Basic que j'ai toujours pas vu et qui ne m'intéresse pas de tfaçon), mais j'ai l'impression qu'on le surestime trop en France. Après, ça doit être aussi dû à son affaire qui est une pantalonnade hallucinante...
    • jamesbond10
      Je crois encore qu'un sursaut de lucidité de la part de nos chers financiers va bientôt impliquer ce génial réal au sixième volet de Die Hard... Oui, je suis naïf.
    • Attila0451
      Quel plaisir de voir un sourire sur le visage de McT ! Surtout après toutes ces épreuves...
    • gimliamideselfes
      Die Hard c'est juste devenu du fric facile... ils se moquent de la qualité.
    • Olivier L.
      Je trouve sa honteux que McT ne soit pas le réal de Die Hard 6 ! les producteurs ont surement oubliés à qui ils doivent le succès de leur franchise...
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