Falcon Express : un train d’enfer au départ de Toulouse
Un raton-laveur filou, un blaireau enragé, une bande d’animaux captifs et un train incontrôlable : avec Falcon Express, le studio TAT propulse l’animation française sur les rails du cinéma d’action. Derrière cette course-poursuite à grande vitesse, deux passionnés de genre – Benoît Daffis et Jean-Christian Tassy – signent une œuvre généreuse, familiale et bourrée de clins d’œil aux années vidéoclub. Résultat : un film choral survitaminé qui assume son héritage autant qu’il affirme sa patte.
Un concept qui fonce droit au but
Le pitch tient en une phrase : des animaux coincés dans un train piraté par un méchant blaireau doivent survivre avec l’aide d’un voleur au grand cœur. Falcon, le raton-laveur qui vole les riches pour nourrir les pauvres, se retrouve face à Hans, ancien chef de gang en quête de vengeance, bien décidé à faire dérailler tout ce qui lui résiste. Autour d’eux, une ménagerie improbable : un chien flic droit dans ses bottes, une ocelot fan de techno ferroviaire, un lévrier aristocrate, un perroquet timide, un chat cynique, un couple de lapins hippies et même… un canard rugbyman. Le tout, dans un huis clos roulant, où chaque wagon réserve son lot de surprises.
Des personnages qui roulent à l’affectif
L’un des grands atouts du film, c’est la richesse de son casting animalier. Chaque personnage existe, a son propre arc narratif et son humour distinctif. Falcon, héros cabossé derrière son masque de voleur, rappelle les anti-héros des 80’s. Rex, le chien flic doublé par Hervé Jolly (la voix française de Clint Eastwood), incarne la justice rigide qui apprend à lâcher prise. Maguy l’ocelot apporte une énergie débrouillarde, tandis que Victor, Croquette ou Coco offrent un humour de contraste. Mention spéciale pour le duo Judy & Coco, tendre et touchant.
Ce traitement choral donne au film une vraie dimension émotionnelle : chaque spectateur y trouve son animal totem.
Une aventure menée tambour battant
Pas le temps de souffler : Falcon Express ne freine jamais. Le rythme est soutenu, l’action omniprésente, et les clins d’œil cinéphiles pleuvent. De Speed à Unstoppable, de Piège de cristal à Runaway Train, les réalisateurs convoquent tout un pan du cinéma d’action pour nourrir la mise en scène. Le sommet ? Un duel final entre Falcon et Hans sur fond de Neuvième Symphonie de Beethoven version guitare électrique. Rien que ça.
Côté technique, si le budget reste modeste face aux standards hollywoodiens, l’énergie visuelle est là : animation fluide, décors mouvants (le train en perpétuel mouvement est un vrai défi), et ambiance musicale soignée.
Un message social sous la fourrure
Sous ses airs de cartoon délirant, Falcon Express assume un sous-texte contemporain. Il est question d’inégalités sociales (les animaux "de luxe" en cage face aux marginaux libres), de la tyrannie des réseaux, du pouvoir des médias et de la superficialité des influenceurs. Le film tape juste sans faire la leçon, grâce à une bonne dose de second degré.
L’humour fonctionne sur deux étages : les enfants rient des situations, les adultes captent les références. Un équilibre fragile, parfois un peu bancal quand certains gags échappent aux plus jeunes ou semblent trop appuyés, mais qui a le mérite de vouloir fédérer.
Un train nommé désir… de cinéma
Oui, le scénario reste classique dans sa structure. Oui, l’animation souffre parfois de petites limites de finition. Et non, Falcon Express ne renverse pas la table. Mais il dégage une sincérité, une passion du cinéma de genre, une envie de bien faire qui emporte tout sur son passage. En choisissant de mixer action pure, humour pop et réflexion sociale dans un cadre 100 f français, le film affirme une chose : le train de l’animation hexagonale n’a pas dit son dernier mot.