Après Tempura, portrait d'une âme solitaire, Sous le ciel de Kyoto (au titre international de She taught me Serendipity), le nouveau film de la cinéaste japonaise Akiko Ôku s'intéresse à un jeune homme, à peine sorti de l'adolescence, qui se promène systématiquement avec un parapluie ouvert, sous la pluie comme sous le soleil, comme un bouclier de protection contre le monde. Sous des allures de comédie romantique, nourrie à la fantaisie et à la fraîcheur, entre des êtres un peu en marge, se cache un film plus complexe sur les sentiments, sur le deuil et la souffrance que l'on inflige parfois égoïstement aux autres. Le long métrage prend (trop ?) son temps, avec en particulier trois monologues marquants, complètement à contre-courant d'un cinéma contemporain, bien plus axé sur des interactions accélérées entre ses personnages et des dialogues consistants. Peu à peu, Sous le ciel de Kyoto devient un récit d'apprentissage, dans un registre bien plus dramatique qu'au démarrage. Si la mise en scène n'est pas exempte de petites afféteries et l'histoire parfois agaçante par ses redites, il n'est pas interdit d'être touché par cette intrigue dense et attendrissante, conçue comme un éloge éloquent de la sérendipité, avec ou sans parapluie.
Les Saisons Hanabi 2026 s'étaient ouvertes sur une très belle note avec le nouveau film de Ryôta Nakano ("La Famille Asada"), "Mon grand frère et moi", elles se sont refermées sur une grande gifle inattendue signée Akiko Ōku, une cinéaste décidément très intéressante puisqu'elle avait réalisé il y a quelques années le déroutant "Tempura". Et ce "Sous le ciel de Kyoto" l'est tout autant, avec son affiche et sa première partie qui nous promettent une classique quoiqu'un brin décalée romance estudiantine. Mais ce classicisme va dérailler sans qu'on n'ait rien vu venir, une scène centrale, d'ailleurs assez dingue et déchirante en elle-même, va soudain révéler ses coutures et faire basculer le récit dans un versant mélodramatique assumé et dévastateur. Si beaucoup de petits détails, comme un restaurant et son restaurateur insolites, avaient pu toucher le spectateur, rien ne le préparait à ce qui allait suivre, jusqu'à la toute fin, générique inclus. Une semaine après je pense encore à cet homme mal en point au milieu de la salle, transi d'émotion sur son fauteuil quand les lumières se sont rallumées...
Ce film est donc brillant dans la construction de son scénario, dans la manière dont il dépeint et fait évoluer ses personnages, il le fait à l'aide d'une mise en scène volontiers malicieuse, mais une autre chose m'a marqué : le cinéma japonais, comme souvent ce qui est insulaire, a la particularité d'être très replié sur lui-même, de par sa production mais aussi de par ses sujets rarement ouverts sur la marche du monde. D'où ma surprise en voyant soudain débouler ici Gaza, quelques très courts instants posés à côté de la trame narrative mais qui disent certainement beaucoup de la profondeur d'Akiko Ōku.
Le plus beau film japonais que j’ai pu voir depuis ces 15 dernières années. Tout est beau, pas seulement l’action qui se situe dans cette merveilleuse cité historique qu’est Kyoto au Japon, les actrices Yumi Kawai et Aoi Itô sont sublimes : leur jeu délicat et subtil est à vous renverser les neurones, les acteurs sont eux aussi absolument excellents, drôles et émouvants, le scénario inattendu est très bien amené jusqu’à la fin délectable. Bref, ne pas voir ce film, c’est comme manquer une finale de coupe du monde dans votre sport préféré. Bravo à la réalisatrice Akiko Oku et à toute l’équipe : le film méritera et obtiendra - je l’espère, de nombreuses récompenses, à commencer par celle d’un public nombreux.
Je me suis laissé emporter par cette histoire d’amour qui sort de l’ordinaire grâce a sa réalisation tout en finesse et pudeur. Voilà c’est le dernier film de la semaine Hanabi et je suis très triste.
Joli film sur les sentiments non exprimés et les histoires d’amour pas toujours réciproques. Mais le film est un peu trop long à mon avis et souffre de longueurs mêlées à des scènes très fortes.
J'ai eu la chance de voir ce film lors du festival Annabi. Ce film est bouleversant et émouvant, va secouer et réchauffer votre cœur dans une mise en scène des plus poétique
C'est avant tout une mise en scène bien pensée, où chaque plan, chaque couleur, chaque objet devient le reflet des personnages et de leur situation, avec une touche d'humour qui s'amuse de la culture de la politesse, et qui interroge ce qui est refoulé, réprimé, ces tortures que l'on s'inflige pour ne jamais être soi-même. C'est une allégorie des rencontres du hasard, des coïncidences qui se combinent au drame, et à la fatalité, ainsi qu'à cette quête incessante de sens. Une voie vers la transformation par l'expression de ses émotions, une chose si simple, et pourtant si difficile à faire, et qui reprend ici sa signification d'origine, entre subtilité et maturité.
On pourra aussi noter la galerie de personnages secondaires, incarnant tous un angle de vue pertinent, un aspect de chacun qui se fait écho, et une musique entre ciel et terre.
D'un autre côté, l'on peut souligner la lenteur et la longueur du film qui s'étire sur un même sujet, avec également des performances d'acteur très techniques, très appuyées, devenant agaçantes malgré l'intention évidente des scènes. Il y a une forme d'exigence pour permettre de véritablement saisir les variations relationnelles du pays, et de cette philosophie qui se diffuse à chaque, et en tout temps.
Vu en avant première lors de la saison Hanabi 2026
Il est rare de voir des japonais exprimer autant de sentiment, je ne compte pas le nombre de fois où j'ai pleuré, souris et ris avec eux. La déclaration d'amour m'a brisé le coeur... Quel beau final pour ce festival des Saisons Hanabi ! Merci
Vu Sous le ciel de Kyoto lors des Saisons Hanabi. Un film simple mais très sincère, qui mélange l’humour et l’émotion avec beaucoup de justesse. Je ne me suis pas ennuyé une seconde et certaines scènes restent longtemps en tête. Une belle découverte.
J'ai été séduit par la tendresse de ce film, sorte de rom com pendant la première partie qui évolue spoiler: en drame sentimental poignant . J'ai admiré la délicatesse que les japonais ont de l'études des coeurs. Du grand cinéma. Bravo à la réalisatrice. tempura était déjà une franche réussite.
Film vu en festival, malgré quelques longueurs, le film se tien bien dans son ensemble. Il faut juste dépasser le fait que la réalisation soit très « japonaise » et qu’on est pas encore très habitué en occident.
Un film d'une intelligence émotionnelle rare où les acteurs nous portent à travers les sentiments et les ressentis comme nul par ailleurs. Chaque scène nous parle de la vie, celle qui vit dans nos têtes, nos coeurs, nos corps, celle qui ouvre et ferme des relations, celle qui naît et qui meurt. Un film qui offre à l'écran la capacité technique et cinématographique de nous ouvrir au 5 sens, l'art du paysage à travers les détails de la rue, des ambiances personnelles, des espaces qui se croisent, l'art de sublimer le quotidien de nos vies. Les acteurs nous entraîne dans les sens et on suit avec une grand part de notre ressenti, de nos joies internes et de nos blessures chaque émotions présentes. Une mention excellence pour la bande son d'une impressionnante sensibilité dans les bruits autant que dans les silences, et la prouesse de nous emporter dans les volumes. Peut être que le secret de ce film est là dans sa capacité à faire découvrir et à vivre toutes les émotions. Un chef d'oeuvre de la vie quotidienne.
À Kyoto, Toru partage son temps entre l'université et un emploi dans des bains publics. Réservé, presque effacé, il semble avancer avec prudence dans un quotidien rythmé par des habitudes rassurantes. Il garde constamment un parapluie à portée de main, comme si cet objet ordinaire lui permettait de maintenir une distance avec un monde devenu difficile à appréhender. Sa rencontre avec Hana, jeune femme spontanée, sensible et imprévisible, vient pourtant fissurer cette routine minutieusement construite.
Une complicité naît progressivement entre eux. Le film prend alors le temps d'observer leurs échanges, leurs silences, leurs hésitations et ces instants où les émotions s'expriment davantage par un regard ou une attitude que par de longues déclarations. Cette approche confère à leur relation une grande crédibilité, loin des codes habituels de la romance démonstrative.
Autour de ce duo gravitent plusieurs personnages qui donnent une profondeur supplémentaire au récit. Chacun porte ses propres blessures, ses attentes ou ses désillusions, faisant apparaître différentes façons de composer avec les pertes, les regrets ou les sentiments restés inexprimés. Le film s'intéresse moins aux événements spectaculaires qu'aux répercussions intérieures qu'ils provoquent. Les émotions évoluent lentement, parfois de manière imperceptible, jusqu'à transformer les comportements.
Le quotidien japonais occupe une place essentielle dans cette expérience. Les bains publics, les konbini, les petits restaurants, les rues calmes, les parcs ou encore les déplacements en ville dessinent un décor profondément vivant. Kyoto n'est jamais réduite à une simple carte postale. La ville accompagne les personnages dans leurs déplacements, leurs réflexions et leurs rencontres, offrant un cadre où l'ordinaire devient le support des bouleversements les plus intimes.
Le travail sur les ambiances participe largement à cette immersion. Les sons de la ville, les conversations, les bruits du quotidien ou les moments de silence créent une proximité constante avec les personnages. Cette sobriété sonore renforce le sentiment de réalisme et laisse les émotions émerger naturellement, sans chercher à les amplifier artificiellement.
À travers cette chronique sensible, Sous le ciel de Kyoto interroge la manière dont chacun construit ses mécanismes de protection face aux épreuves de l'existence. Le récit accorde une place importante au hasard des rencontres, à ces instants imprévus capables de modifier durablement un parcours de vie. Sans céder au mélodrame, il propose une réflexion sur les liens humains, les occasions manquées, les compromis nécessaires et la difficulté de dire ce que l'on ressent avant qu'il ne soit trop tard.