A l'origine, c’est la productrice de David Roux, Candice Zaccagnino, qui lui a fait découvrir le roman d’Hélène Lenoir, Son nom d'avant. Tous les deux venaient de finir le premier film du réalisateur, L’Ordre des médecins. Ce dernier explique : "C’est une plongée dans la psyché d’une femme empêchée, dans une famille de la bourgeoisie industrielle catholique de province. C’était d’emblée un défi d’adaptation très excitant. Et j’ai tout de suite vu dans son personnage principal une potentielle héroïne de cinéma, comme pouvaient en proposer les films américains des années 50, qui ont forgé ma cinéphilie."
"Au-delà de ça, ce qui m’a séduit c’était l’impression que le projet serait très différent du film que je venais de faire, qui était très personnel et très intime. J’allais pouvoir me confronter à des choses que je connaissais moins : un personnage principal féminin, l’univers de la grande bourgeoisie dont je ne suis pas familier…"
La Femme de n’est pas un film sur la grande bourgeoisie mais un film "chez" les grands bourgeois. David Roux précise que la reconstitution de ce monde était une part importante du projet, mais sans en être le véritable sujet principal : "C’est juste un socle qui se doit d’être crédible pour que la fiction puisse se déployer. C’est un monde qui, depuis la mort de Claude Chabrol, n’est plus tellement représenté au cinéma."
"Je trouvais intéressant d’essayer d’aller voir ce à quoi pouvait ressembler ce monde aujourd’hui. Je ne viens pas de ce milieu mais j’ai des amis, tout comme Gaëlle Macé, qui ont grandi dans de grandes familles dont on s’est inspirées. Je me suis nourri d’ouvrages de sociologie qui montrent à quel point la bourgeoisie est en fait très plastique et ne cesse de s’ajuster pour garder sa position prédominante dans la société."
David Roux appréciait l’idée que Marianne ne soit pas d’emblée un personnage sympathique. Le cinéaste souhaitait aussi qu’elle se dessine petit à petit, qu’elle reste assez énigmatique : "Le spectateur la rencontre alors que sa parole n’est déjà plus entendue. Quoi qu’elle dise, elle n’est pas écoutée : quand son mari parle d’emménager dans la demeure familiale, elle a beau protester, peu importe, le plan suivant ils y sont installés."
"Comme un piège qui se refermerait sur elle. On peut se demander pourquoi elle reste, mais partir, en fait, est toujours extrêmement difficile et douloureux. Encore faut-il s’en sentir capable. Et Marianne, au début du film, est comme anesthésiée, paralysée : par le confort peut-être ou par l’habitude, par l’effacement qui est le sien depuis trop longtemps, par l’absence totale d’horizons ou d’ailleurs possibles", confie David Roux.
David Roux a commencé à réfléchir au casting de La Femme de peu de temps après avoir vu La Douleur d’Emmanuel Finkiel où Mélanie Thierry joue Marguerite Duras : "Je l’ai trouvée très impressionnante, dans un registre vraiment proche de celui que j’imaginais pour Marianne : un personnage qui fait face à son impuissance mais qui cherche quand même obstinément à changer le cours implacable des choses. Je me suis alors dit que Mélanie serait parfaite pour le rôle."
"D’autant plus que contrairement à Marianne qui, à force de ne plus être écoutée finit par se murer dans le silence, Mélanie est très directe et très franche : il y avait entre sa nature et le personnage une tension, presque une contradiction, dont Mélanie s’est beaucoup servie. Mélanie sait être très généreuse et très énergique, là je lui demandais d’en faire le moins possible. Ce qu’elle parvient à faire avec cette grande économie de moyens est, je trouve, vraiment très fort."
David Roux et son équipe ont trouvé la maison de La Femme de près d’Angers, assez tard dans le processus de production. Son architecture à l’anglaise leur a immédiatement rappelé la maison de Rebecca d’Alfred Hitchcock, à la fois belle et menaçante. Le metteur en scène se remémore : "Nous cherchions une maison qui incarne une richesse qui n’a cessé de croître de générations en générations, une richesse sûre d’elle, discrètement arrogante."
David Roux a pensé à Eric Caravaca pour le rôle du mari lorsque Mélanie et lui ont été en même temps dans le jury de la Caméra d’Or au Festival de Cannes en 2021 : "En voyant les photos d’eux, côte à côte, je me suis dit que c’était vraiment notre couple. Je suis très admiratif du travail d’Eric depuis longtemps et il a une sorte de bonhommie qui permettait, dans cette histoire, de racheter un peu son personnage. Globalement, je voulais éviter que les hommes du film ne tombent dans la caricature", précise le réalisateur.
Pour Johann Sameck, le photographe que Marianne a connu dans son passé, David Roux voulait absolument retravailler avec Jérémie Renier après L’Ordre des médecins. Pour ce personnage, le cinéaste et sa co-scénariste Gaëlle Macé se sont beaucoup inspiré du photographe Bernard Plossu, connu pour ses photos simples et teintées de mélancolie : "J’aime beaucoup comme il se tient dans une position d’observateur légèrement en retrait."
"Dans ses entretiens il prône une certaine lenteur, il a une façon d’habiter le monde très modeste : l’exacte inverse de l’agressivité et de la prédation très capitaliste qui prédomine chez les Casella."