Avec Autofiction, Pedro Almodóvar explore pour la première fois de manière aussi frontale la question de l’artiste qui se nourrit de sa propre vie pour créer. Le réalisateur a imaginé un récit construit comme un jeu de miroirs entre deux cinéastes, séparés par le temps mais liés par les mêmes obsessions. Le scénario alterne ainsi deux temporalités, 2004 et 2026, jusqu’à les faire se rejoindre dans les dernières minutes du film. Cette structure volontairement labyrinthique permet au cinéaste d’interroger les frontières entre fiction, mémoire et confession intime. Le personnage de Raúl Rossetti apparaît d’ailleurs comme une variation indirecte du propre rapport d’Almodóvar à la création et à l’inspiration.
Le tournage de Autofiction s'est déroulé en 2025 à Madrid en Espagne, et à Lanzarote, dans l'archipel des Canaries. C'est sur cette île que Pedro Almodovar avait tourné une partie du film Étreintes brisées, en 2009.
Pour traduire visuellement l’isolement intérieur de Raúl, la production a imaginé une immense villa brutaliste devenue l’un des décors centraux du film. Cet espace froid et géométrique contraste volontairement avec les rues de Madrid filmées durant les fêtes de fin d’année 2004, baignées d’une agitation presque irréelle. Le décorateur Antxón Gómez, fidèle collaborateur de Pedro Almodóvar, a travaillé sur une opposition permanente entre chaleur émotionnelle et austérité architecturale. Les couleurs vives typiques du cinéma du réalisateur laissent ici davantage place à des tonalités plus crépusculaires. Cette évolution visuelle accompagne directement la crise existentielle traversée par les personnages.
Autofiction est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026. La relation entre Pedro Almodóvar et le Festival de Cannes dure depuis près de trente ans. Le cinéaste y a véritablement marqué les esprits en 1999 avec Tout sur ma mère, qui lui vaut le prix de la mise en scène. Il revient ensuite régulièrement sur la Croisette avec La Mauvaise Éducation en ouverture en 2004, Volver en 2006 — récompensé par le prix du scénario et un prix d’interprétation féminine collectif — puis Étreintes brisées en 2009, La piel que habito en 2011, Julieta en 2016 et Douleur et Gloire en 2019. Plus récemment, il avait également présenté le court métrage Strange Way of Life en 2023.
Même si Autofiction reste un drame psychologique, Pedro Almodóvar y glisse plusieurs séquences inspirées de la comédie musicale, notamment dans un club de strip-tease où Elsa rencontre un danseur déterminant dans sa vie. Le réalisateur utilise aussi la musique de Chavela Vargas comme élément narratif central : une chanson devient le déclencheur émotionnel qui pousse l’un des personnages à quitter son mari. La partition originale d’Alberto Iglesias accompagne cette dimension mélodramatique avec une approche volontairement intime et mélancolique. La musique agit ainsi comme un prolongement direct des traumatismes et des souvenirs des protagonistes. Ce mélange de réalisme cru et d’élans musicaux rappelle certains des grands classiques du réalisateur espagnol.