Le sujet n’est pas nouveau et a été déjà abordé par Raymond Depardon avec « Profils paysans » (2001, 2005 et 2008), souvent long, lent et soporifique, ainsi que par Jean-Jacques Rault dans « Vague à l’âme paysanne » (2009). Le film, en prise directe avec l’actualité, est avant tout le portrait d’un homme sympathique, Jérôme Bayle (prononcer Baïle), 45 ans, ancien rugbyman, éleveur de vaches allaitantes limousines à Montesquieu-Volvestre, entre Muret (Haute-Garonne) et Saint-Girons (Ariège), vivant dans la ferme familiale avec sa mère veuve, Lucienne, 78 ans. Au caractère très indépendant, chasseur, très occupé entre son travail à la ferme et son action de défense des petits agriculteurs [le terroir du Volvestre est à cheval sur la Haute-Garonne et l’Ariège, constitué des vallées de l’Arize (84 km), et du Volp (40 km), affluents de la rive droite de la Garonne], il demeure seul,
d’où son rapprochement avec les 2 enfants de sa locataire divorcée, originaire de Metz (Moselle).
Vu sa construction (sans mention de dates, de lieux et de commentaires), le documentaire reste brouillon car il ne s’agit pas d’un film politique, ni militant, sans mise en perspective du contexte. Quelle est la représentativité de Jérôme Bayle ? Le nombre de voix ou de sièges de sa liste « Les Ultras de l’A64 », très masculine (car ils avaient bloqué l’autoroute A64, qui relie Toulouse à Bayonne via Tarbes et Pau, à proximité de Carbonne, en janvier 2024) aux élections des membres de la chambre d’agriculture de Haute-Garonne, en février 2025 (s’opposant ainsi au syndicat majoritaire, la FNSEA, dont il rencontre le président, depuis 2023, Arnaud Rousseau, céréalier en Seine-et-Marne) n’est pas mentionné. Quels sont les résultats obtenus après ses rencontres avec les hommes et femmes politiques (
Marine Tondelier, secrétaire national des écologistes, François Ruffin, député (LFI puis Debout !), Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron, président de la République, rencontré au salon de l’agriculture, Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires
), dont certains ne sont plus en poste
comme l’éphémère Premier Ministre Gabriel Attal (janvier-septembre 2024)
, ainsi que ses passages à la télévision ou à la radio (médias de l’éphémère, passant d’un sujet à l’autre) ? Probablement faibles mais comme le dit l’éleveur, au début du film, « On est sûr de perdre si on n’essaye pas ». Il a eu son « quart d’heure de gloire warholien ». Néanmoins, s’il y avait une seule chose (outre sa bande son musicale dynamique) à retenir du film, c’est contre laquelle Jérôme Bayle se bat, le suicide des agriculteurs (300 par an) : son père s’est suicidé en 2015 ainsi que celui du réalisateur. Ce dernier en avait fait le sujet d’un documentaire, « Les fils de la terre » (2012) puis de son 1er long métrage de fiction, « Au nom de la terre » (2019).