Je ressors de ce film avec un avis assez mitigé. Je comprends parfaitement pourquoi tant de personnes le considèrent comme un chef-d'œuvre et je reconnais ses qualités : l'animation est belle, la relation entre le frère et la sœur est touchante, et certaines scènes dégagent une vraie tristesse mais malgré le sujet extrêmement dur et le destin tragique des personnages, je suis resté étonnamment distant pendant une grande partie du film.
L'une des raisons est que l'émotion m'a semblé très indirecte. Je ressens les émotions à travers les personnages lorsqu'ils les expriment clairement mais Seita reste souvent très fermé sur ce qu'il ressent. J'ai l'impression ici que l'on doit ressentir les émotions en interprétant celles que ressent Seita, ce qui installe (de mon point de vue) une certaine distance émotionnelle.
Mon principal problème c'est par contre le personnage de Seita lui-même. Je comprends qu'il soit jeune, traumatisé, perdu et dépassé par les événements mais à plusieurs reprises, j'ai eu le sentiment qu'il observait lui aussi la dégradation progressive de sa situation sans réellement chercher à l'empêcher. C'est pas seulement nous, spectateurs, qui voyons les signes alarmants, lui aussi les voit par exemple quand la santé de sa sœur commence à se détériorer, lorsque les difficultés deviennent évidentes, j'attendais une réaction plus forte, une remise en question et une tentative de changer radicalement leur situation. À la place, j'ai souvent eu l'impression qu'il laissait les choses empirer et c'est ce qui m'a empêché de m'identifier à lui. Face à quelque chose qui me glisse des mains, mon premier réflexe est d'essayer de le rattraper, donc même si les chances sont faibles, j'ai besoin de voir un personnage lutter contre ce qui lui arrive. Ici, j'ai eu le sentiment inverse, celui d'assister à une lente dégénérescence dont le personnage principal est conscient mais qu'il ne combat jamais vraiment, c'est frustrant voire indignant.
Le film m'a également paru manquer d'objectif ou de rêve, les enfants ne semblent jamais poursuivre une vision d'un avenir meilleur, on les voit pas imaginer ce qu'ils voudraient retrouver, construire ou atteindre. Très tôt, j'ai eu l'impression qu'ils avaient déjà abandonné tout espoir, et mais si je peux comprendre que ça puisse être une représentation réaliste de certaines situations de guerre, en tant que spectateur, ça m'a privé de quelque chose d'essentiel (pour moi en tout cas) : une raison d'espérer avec eux.
J'ai aussi trouvé étrange que la guerre elle-même reste très en arrière-plan. Bien sûr, ses conséquences sont visibles partout, mais le film choisit presque exclusivement de suivre ces deux enfants dans leur isolement. Donc même si c'est un choix artistique que je respecte, il a contribué à renforcer mon impression de regarder un quotidien qui se détériore lentement plutôt qu'un véritable récit avec une progression dramatique.
Finalement, j'ai davantage observé la tragédie que je ne l'ai vécue, j'ai ressenti de la tristesse pour les personnages, mais rarement l'émotion profonde que beaucoup décrivent dans les avis. Peut-être est-ce parce que je suis plus sensible aux histoires où les personnages continuent à se battre contre l'adversité, même lorsqu'ils semblent condamnés. Ici, j'ai surtout vu une succession d'occasions manquées et une résignation progressive qui m'ont laissé frustré plus que bouleversé.
Un film touchant, important et sincère, mais dont l'approche narrative et le comportement du personnage principal m'ont un peu empêché d'être aussi marqué que je l'espérais, j'espère que vous comprendrez.