La jeune Charlotte, treize ans quoiqu’elle affirme en avoir quinze auprès du marin reconverti, ne sait ce qu’elle veut, entourée d’hommes qui eux le savent : le père
la réprimande parce qu’elle a déplacé les meubles du rez-de-chaussée, rendant difficile l’accès au lavabo
, le frère
a planifié ses vacances avec ses amis – pour cela, il a mis de l’argent de côté –
, ledit marin reconverti conçoit très vite le projet
d’attirer l’adolescente dans sa chambre d’hôtel
, Sam l’impresario
fait plouf dans la piscine luxueuse de la villa non moins luxueuse louée le temps d’un concert
, se délectant du fruit défendu, à savoir une pêche juteuse, métaphore peu subtile du rapport carnassier reliant les adultes aux enfants.
L’Effrontée surprend par la tonicité avec laquelle il représente l’ennui générateur d’identité, par la beauté de la photographie qui sublime la banalité voire la laideur de la maison familiale, dixit Charlotte : en confondant pudeur extrême et dévoilement brutal, silence éloquent et paroles qui échouent à dire ce que l’on veut dire – dixit, une fois encore, Charlotte
recueillie par sa nourrice, toutes deux adossées à l’arbre du jardin
–, le film sonde parfaitement cette période contradictoire qu’est l’adolescence. L’élégance de la mise en scène permet de saisir sans misérabilisme aucun la détresse du protagoniste, capte les longues marches de cette dernière et de Lulu conformément au sous-genre du mélodrame estival tel qu’Éric Rohmer ou Pascal Thomas l’ont investi.
Surtout, Claude Miller demeure fidèle à sa thématique de prédilection, fil rouge de sa filmographie : le trouble issu d’un désir non partagé construisant un réseau de séductions et de déceptions enchaînées les unes aux autres. L’amitié ambigüe de Charlotte pour Clara Bauman, jeune prodige du piano, s’accomplit par la projection de rêves interdits, d’une envie d’ailleurs
qui, invalidés à terme par une clausule tour à tour prévisible et terrible, unissent deux êtres abîmés mais renforcés par l’épreuve
. Une œuvre magistrale.