Un belle surprise pour ce film puissant, très fort, sur un sujet pourtant austère, celui de la mort , de la transmission , de l’oubli puis de la disparition dans les mémoires des êtres chers. Sujet assez classique mais vu sous le prisme très original d’une famille d’artiste , intellectuelle, bourgeoisie moderne, mais qui va vite devenir représentatif de l’ archétype de la famille , avec un grand F. Le montage est exceptionnel et Assayas nous éblouit par ses raccourcis, et ses ellipses, une technicité qui permet de sauter des étapes dans la chronologie, pour se consacrer à l’essentiel, sans jamais tomber dans le pathos .
Tout commence bien par une réunion de famille dans une très belle maison de campagne pour l’anniversaire des 75 ans de la grand-mère , magnifique prestation de Edith Scob , excellente , qui tient un de ses plus beaux rôles, plein de profondeur, de sérieux mais aussi de cynisme.
Tous les acteurs sont excellents magnifiquement dirigés par Assayas.
C’est une superbe demeure, culte, temple sacré, qui abrite les souvenirs d’un grand peintre français, célèbre mondialement, grand-oncle des tous ses enfants, pleine de tableaux et d’objets de valeur. Ce milieu des artistes de haut niveau est très bien décrit, y compris une scène désopilante au musée d’Orsay, avec des experts qui évalueront les œuvres. On comprend très vite que la succession qui doit être diviser entre les 3 enfants, sera le sujet au centre de la discorde . Malgré la hauteur et la valeur des biens à partager ; dont 2 tableaux de Corot, de très grande valeur, épicentre de l’argument. Crise familiale, désaccord, tout cela est extrêmement bien vu, comme cela arrive dans chaque famille.
Mais c’est aussi beaucoup plus profond, car il y est question de l’oubli, de la disparition des êtres et de leur trace, du temps qui efface la mémoire, de la famille qui se désagrège ; très beaux dialogues sur cet effacement, thème central. La scène finale est d’une beauté inouïe, pleine de fulgurance, la jeune Alice de Lencquesaing toujours aussi envoutante, charmeuse et délicate qui se souvient de sa grand-mère, en marchant dans la campagne avec tristesse et mélancolie , peut-être dernier témoin d’une individue maintenant disparue et vouée à s’effacer dans les mémoires comme chaque individu sur terre . Je n’ai pas encore vu tout Assayas mais c’est pour moi sa plus belle œuvre à ce jour .