Drame coécrit et réalisé par Dennis Gansel, La Vague est un film marquant. L'histoire se déroule dans un lycée allemand, dans les années 2000, et nous fait suivre Rainer Wenger, un enseignant quelque peu anarchiste, proche de ses élèves, également entraîneur de l'équipe de water-polo de l'école qui, lors d'une semaine de cours spéciaux et d'ateliers ayant pour thème l'anarchie et l'autocratie, est contraint de donner son cours sur le deuxième sujet. C'est alors que, pour expliquer le principe d'une autocratie, il va conduire une expérience sur la dictature face à l'incrédulité de ses élèves quant à la possibilité d'une renaissance d'un régime autoritaire. Débute alors une leçon aussi singulière que réelle qui va dégénérer avec le temps. Ce scénario s'avère passionnant à visionner tout du long de sa durée d'environ une heure et quarante-cinq minutes. L'intrigue est librement inspirée du livre du même nom écrit par Todd Strasser, lui-même inspiré de La Troisième Vague, une étude expérimentale sur un régime autocratique menée par le professeur d'histoire Ron Jones avec ses élèves de première de l'école Cubberley, à Palo Alto, en Californie, durant la première semaine d'avril 1967. Et cette expérience sociale se déroulant sur une semaine va donner lieu à un récit aussi saisissant que glaçant sur les comportements humains, bien qu'elle soit romancée pour le grand écran. Au fil des jours, et pour nous, des minutes, on vit le quotidien de cette classe sous le joug d'un enseignant aux méthodes pédagogiques créant du remous aussi bien au sein de ses élèves qu'auprès de ses collègues et supérieurs hiérarchiques. Et cette thématique est franchement passionnante car elle fait ressortir la véritable nature des humains, comportant aussi bien des bons que des mauvais côtés. Plus le chef de rang va aller loin dans ses demandes, plus ses petits soldats vont y mettre du cœur. Certains douteront, d'autres s’éloigneront, d'autres s'accoutumeront, alors que d'autres rejoindront cette idéologie commune. Tout cela donne lieu à des scènes aux comportements explicites. On alterne ainsi entre cours collectifs et séquences nous montrant la vie en dehors de l'école, qu’elle soit familiale, amoureuse ou amicale. Le ton se veut sérieux, même si les étudiants parviennent également parfois à nous faire sourire à la faveur de leur fougue juvénile. L'ensemble est porté par des personnages appréciables. Des rôles interprétés par une distribution convaincante comprenant Jürgen Vogel en professeur ayant de nombreuses têtes plus ou moins blondes sous sa responsabilité. Si la classe comprend une bonne trentaine d'élèves, seule une dizaine sont réellement mis en avant, ce qui est beaucoup et appréciable car chacun apporte sa pierre à l'édifice par sa personnalité. On retrouve Frederick Lau, Max Riemelt, Jennifer Ulrich, Jacob Matschenz, Christina Do Rego, Elyas M'Barek, Maximilian Mauff, Ferdinand Schmidt-Modrow ou encore Tim Oliver Schulz. À noter également le rôle de Christiane Paul qui incarne la femme de Rainer. Tous ces protagonistes majeurs ou mineurs entretiennent des relations intéressantes pour tout ce qu'elles révèlent chez chaque individu. Surtout, la relation entre le professeur et ses élèves est belle par leur proximité malgré le respect de la profession. Hélas, la relation entre le professeur et sa femme est, elle, moins pertinente et réussie. Des échanges soutenus par des dialogues d'une belle justesse et authenticité. Sur la forme, la réalisation du cinéaste allemand s'avère de bonne facture. Sa mise en scène ne brille pas particulièrement en étant assez quelconque. Elle est avant tout là pour servir son propos. Elle évolue au sein d'environnements agréables entre les murs de l'école et les lieux dans lesquels aiment se retrouver tout ce beau petit monde une fois en être sortis. Ce visuel sans plus-value particulière est accompagné par une bande originale aux titres éclectiques entre musique rock et compositions plus mélodieuses collant bien avec l'action et les images. Reste une fin marquante et impactante, prenant beaucoup de liberté avec la réalité, venant ainsi mettre un terme à La Vague qui, en conclusion, est un long-métrage méritant d'être découvert pour la leçon qu'il donne.