Un western à nul autre pareil. On y trouve pourtant les décors (superbes) de l’Ouest américain. Et une trame narrative classique : l’histoire d’un homme recherché pour meurtre, en fuite, avec des chasseurs de primes à ses trousses. Mais la fuite et la poursuite prennent ici une voie singulière, entre errance et récit initiatique. L’errance : thème fétiche du Jim Jarmusch des débuts (Permanent Vacation, Stranger Than Paradise, Down By Law). On pourrait parler d’une poétique de l’errance, en noir et blanc, méditative, sensorielle, hypnotique. Et aussi d’un comique de l’errance, tout en dérision et farce absurde. Le récit initiatique commence quant à lui par un trajet vers la sinistre ville de Machine, présenté comme un voyage “vers l’enfer”, et se conclut par un voyage vers la mort, aux allures de rite, mené par un Indien qui se fait appeler Nobody et qui jouit d’un verbe savoureusement métaphorique. Drôles de voyages, ponctués d’un irrésistible quiproquo (Nobody confond le personnage de William Blake, comptable de son état, avec le poète anglais du même nom) et d’un running gag amusant (via la répétition de la question “Do you have any tobacco ?”). Cela donne un road-movie délicieusement décalé. À la fois prosaïque et poétique, bouffon et grâcieux. Tout au long de ce film, qui peut être considéré comme son plus abouti à ce jour, Jim Jarmush réussit donc l’exploit de cultiver de manière parfaitement fluide un mystère lancinant et envoûtant, une trivialité aux accents burlesques, un drôlerie macabre et funèbre, quelques visions fugitives de la barbarie de la conquête de l’Ouest et une inspiration sublime, la dernière partie touchant au trip extatique et relevant de ces moments de cinéma qui font rêver les yeux ouverts. Au-delà de ce petit miracle de scénario et de réalisation, le film doit beaucoup au travail du chef op’ Robby Müller (noir et blanc très contrasté, compositions graphiques magnifiques), à la guitare électrique géniale de Neil Young, à la présence lunaire et halluciné de Johnny Depp, à celle, formidablement bonhomme et mystique, de Gary Farmer, et à celle, furibonde, de Robert Mitchum dans son dernier rôle au cinéma.
L'arrivee d'un homme de l'est dans l'ouest sauvage. Homonyme d'un grand poete il fera des rencontres etranges et poétiques. Une excellente bande son comme toujours
Qui est le film ? Après les errances urbaines Jim Jarmusch s’attaque au mythe fondateur américain par excellence le western. Le récit est simple jusqu’à l’os. William Blake, comptable de Cleveland, part vers l’Ouest pour un emploi qui n’existe déjà plus. Une balle perdue le condamne dès les premières heures. À partir de là, le film raconte une traversée, un mouvement sans destination. Dead Man nous demande de regarder comment un mythe se forme et meurt, comment une culture persiste à marcher alors que son horizon est déjà effacé.
Par quels moyens ? Jarmusch commence par retourner la logique du western. Plus Blake avance vers l’Ouest, plus le monde se rétracte, se salit, se désagrège. Les villes industrielles sont déjà des ruines morales. Chaque kilomètre parcouru dé-civilise le territoire et le dépouille de toute promesse. L’Ouest n’est plus qu'un espace gangrené par la violence, la corruption morale et l’avidité.
William Blake n’est pas un héros, ni même un anti-héros. Il est juste un corps déjà condamné. Dès qu’il est blessé par balle, le film ne raconte plus une survie mais une agonie étendue dans le temps. Son nom n’est pas un clin d’œil littéraire décoratif. Le poète William Blake concevait le monde comme une lutte entre perception et illusion, entre esprit et matière. Le personnage jarmuschien incarne cette tension sans la comprendre. Sa légende naît de malentendus, de récits déformés, de rumeurs. Il est célèbre sans agir, craint sans intention. La violence qu’il exerce est réflexe, presque accidentelle. En somme, Blake devient une figure mythique malgré lui, révélant la vacuité du mythe de l’homme armé.
Contrairement à Blake, Personne sait où il va. Il connaît les rites, les mythes, la mort. Mais il est aussi un être brisé par la colonisation. Éduqué par des Blancs, rejeté par les siens, il est un sujet fracturé, porteur d’un savoir déplacé. Il n’est ni sage idéalisé ni simple guide. Il est un survivant ironique, parfois cruel, souvent lucide. En décidant d’accompagner Blake vers la mort, il ne le sauve pas : il le repositionne dans un cycle, loin de l’illusion occidentale de l’individu souverain.
La violence, omniprésente, est filmée comme une aberration répétitive. Cette violence sans style et sans sens ne mène à aucune rédemption, aucune justice, aucun progrès. Elle n’est que le symptôme d’un monde désaccordé. Jarmusch filme une Amérique qui tue par habitude, par inertie, sans même croire à ce qu’elle fait. Elle ne fonde rien, elle ne règle rien. Elle est un bruit parasite, la manifestation mécanique d’un monde qui ne sait plus pourquoi il agit.
Quelle lecture en tirer ? Enfin, en regardant Blake marcher, tomber, se relever par réflexe, on comprend que le film ne parle pas seulement de la mort individuelle mais de l’épuisement d’un imaginaire collectif. Dead Man n’attaque pas frontalement l’histoire américaine. Il la laisse se dissoudre dans ses propres gestes.
s'il y a un film parfait, c'est bien celui-ci ! attention, parfait ne veut pas dire que vous allez apprécier. Mais tout est précis, à l'image près, au son près, au poil (d'ours) près. La musique de N. Young, les dialogues, le format noir et blanc, les acteurs, l'histoire, les décors naturels que peut-on reprocher à ce film ? ... même J. Depp est bon, c'est pour dire ! Jim Jarmusch a réalisé un chef-d'oeuvre, que je regarde chaque année depuis sa sortie, sans jamais me lasser.
je suis même pas sûr de comprendre quel est le genre de ce film ou s'il fait le prendre au sérieux... autant si c'était un film du début des années 20 j'aurais pue tout pardonner. Mais savoir qu'il était en réalité sorti en 1995 me gentillement rire.
Johnny Depp semble en avoir rien a faire du film. le montage et les dialogues sont paresseux. les effets spéciaux sont a faire peur. le protagoniste n'a même pas de personnalité... bref j'ai rien face a la médiocrité de ce film. mais a part de l'ennuie ou du design, il ne m'a rien vraiment procurer. passez votre chemin, il n'y a rien de bien intéressant dans ce métrage.
Un western à nul autre pareil : une balade à cheval mortuaire, onirique, poétique, sarcastique, humoristique, scandée par les accords électriques de la guitare de Neil Young et magnifiée par une photographie en noir et blanc superbe. Unique. Fantasmagorique.
Un western super original ! Dead Man est un film où il faut, je pense, être dans le bon mood pour l’apprécier pleinement car c’est un film plutôt space avec beaucoup de situations alambiquées, des scènes étranges voire même incohérentes et surtout un rythme très lent. C’est certes un pur western dans la forme mais beaucoup moins icônisé et codifié dans son traitement ; il créé un vrai contraste en opposant un réalisme très cru voire crasseux dans le monde des hommes et une sensibilité quasi spirituelle dans celui des indiens, j’ai d’ailleurs particulièrement apprécié le développement autour de ce côté du personnage de Johnny Depp, et le personnage de Nobody est vraiment mythique ! La reproduction historique est par ailleurs géniale et le casting est globalement de très bonne facture. Les seuls bémols pour moi sont une BO qui, sympathique au début, devient rapidement trop répétitive au fil du film, et, le choix de tourner le film en noir et blanc, n’est, pour moi, pas le bon choix artistique car ne collant pas tout à fait à l’ambiance que veut instaurer le film. En bref, un western qui sort de la norme, qui a beaucoup de qualités et de choses à dénoncer et auquel j’ai énormément accroché !
Johnny Depp qui se transforme de timide comptable à bandit du far West au travers d'un film au rythme lent (comme tout western qui se respecte) mais prenant. Seule la fin, un peu simpliste, est décevante.
Le premier quart d’heure, l’arrivée de William Blake dans l’Ouest, est très jouissif, le cinéaste jouant sur le décalage entre l’attitude de ce blanc-bec bien apprêté et les rudes réalités de l’Ouest Américain. Mais, rapidement la présence de la mort se fait sentir, et elle hantera le film jusqu’au bout. Dès la fuite du personnage principal, le film change de ton et se meut en une balade, une errance, que les moments de violence viennent à peine ponctuer. Le film, un « western » dont il n’épouse aucun code, prend une dimension poétique et mystique, servi par une superbe photographie en noir blanc, desservi par une musique trop envahissante d’un Neil Young que l’on a connu plus inspiré. Il est facile d’en tomber sous le charme, même si l’on frise à quelques reprises l’ennui.
belle direction de la photo, musique exceptionnelle de neil young de très bons dialogues johny depp joue très bien un film aux airs de chef d'oeuvre mais qui ne l'est pas car trop long Les acteurs sont très bien choisis. Je conseille le film
« Dead Man » est une époustouflante histoire où Jim Jarmusch avec une jouissance évidente plie et tord les codes du western classique pour engendrer une œuvre « post-western » assez fascinante. L’histoire est simple, une histoire d’itinérance qui va mener le héros malgré lui d’un A à un point B sans être vraiment le maître de son destin qui est tragique par essence. Pour appuyer sa thèse, Jim Jarmusch fait appel à la mythologie (Nobody) et la littérature anglaise (William Blake). Le découpage de « Dead Man » est exceptionnel, une scénette qui débouche sur une rencontre qui généralement se termine mal. La nature humaine est présentée comme pervertie et malfaisante pas essence (il faut voir la palette de pervers proposée par Jim Jarmusch). Les naïfs et innocents sont condamnés à s’adapter, puis à disparaître ou s’effacer (les Indiens ou notre héros). Johnny Deep est excellent dans l’un de ses plus grands rôles avant qu’il ne se perde sur les vieux gréments, puis dans les conflits familiaux. Et que dire de ce rendu noir et blanc qui sublime les paysages (la fascinante traversée de la forêt de séquoias) et la musique de l’immense Neil Young qui déchire l’écran. Malgré quelques longueurs, « Dead Man » est un très grand western métaphysique.
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Etrange film avec une histoire simple et poétique. Johnny Depp campe un William Blake qui pense avoir trouvé un travail de comptable dans l'ouest et traverse en train le pays. A son arrivée, rien ne se passera tel qu'il l'avait prévu. Contraint de fuir en étant gravement blessé, sa rencontre avec un sang mêlé va être déterminante. Le noir et blanc ainsi que la lenteur des événements donnent à ce western de Jim Jarmusch, un air de vieux film alors qu'il date de 1995.