Véritable monument du cinéma des années 90, "Heat" de Michael Mann est un petit bijou. Que peut-on vraiment reprocher à ce genre de projet ? À la limite, son rythme qui est un peu lent, surtout au vu de sa durée. Mais en dehors de ça, c'est un quasi-sans-faute. Prenant place au sein d'un Los Angeles particulièrement crédible, et mis en lumière le plus possible par le réalisateur, l'ambiance se veut sombre et très froide. Dans la droite lignée des films de mafieux, le casting réunit des habitués. En face-à-face, vont donc se confronter Al Pacino et Robert De Niro. Et justement, ce genre de productions s'avère être particulièrement faites pour eux. Avec une grande liberté donnée à leur jeu et une possibilité de faire de longues séquences, les acteurs se donnent un malin plaisir à développer des performances de très haut niveau. À mon sens, la scène la plus parlante pour cela étant celle de la discussion dans le café. Ce n'est qu'un simple champ contre champ, mais le jeu absolument parfait de chacun offre l'un des échanges les plus cultes du cinéma de cette époque. Cette confrontation, même si elle semble évidente (flic contre gangster), s'avère également être l'une des grosses forces du film. Pourtant éloignés par leur camp, les deux protagonistes sont liés par leur engagement et la place que prend celui-ci. Globalement, c'est un peu tout le thème du film, à savoir la conciliation complexe entre un quotidien dangereux et la vie de famille. C'est réellement ce qui porte l'ensemble, et j'ai trouvé que le développement de cela était assez intéressant. D'un côté, j'aime beaucoup la relation entre Neil et Eady, notamment par l'interprétation d'Amy Brenneman. Elle réussit à dégager un ton de normalité parfait, au milieu de ce chaos de gangsters et d'armes. Et de l'autre côté, les échanges entre Vincent et sa femme vont tous s'avérer efficaces. Leur relation sera loin d'être rose et ne laissera d'ailleurs que peu d'espoir, ce qui rend également la conclusion très amère, mais diablement efficace. Et pour le coup, même les seconds rôles bénéficient de cette approche, notamment en ce qui concerne Val Kilmer. Sa relation à l'écran avec Charlène sera assez intéressante, car construite dans une approche d'amour et de désamour. L'écriture réussit vraiment à sublimer cette volonté, et je trouve le rendu vraiment intéressant. En bref, il est peu de dire que le film est donc rempli d'acteurs variés et de thématiques très larges. Et tout cela, c'est sans compter le cœur du projet ! Animé par plusieurs grosses séquences d'actions vraiment impressionnantes, que ce soit le braquage ou la fusillade, la tension ne faiblit jamais réellement. Un véritable jeu de piste se créait, rendant le tout assez ludique. Et donc, malgré ce rythme volontairement lent, il est quand même difficile de s'ennuyer. On est toujours surpris par un rebondissement, une séquence forte ou une idée qui vient dynamiser l'ensemble. Le long-métrage est donc loin d'être linéaire, il n'est clairement pas un film de gangster classique. Michael Mann a assuré un tout qui paraît très propre, mais qui, par plein de détails, relève du grand film. Si ce n'est pas un projet que je souhaite revoir de sitôt, au vu de sa densité notamment, je serai un fou de ne pas le recommander à tout le monde ! Pour conclure, un classique.