« The more things change, the more they stay the same… »
En 2013, les États-Unis sont devenus une dictature puritaine qui enferme les rejetés du système dans la ville de Los Angeles, véritable pandémonium à ciel ouvert. Lorsqu’une arme secrète susceptible de changer le cours de l’histoire se retrouve entre les mains d’un groupe révolutionnaire de LA, l’armée n’a pas d’autre choix que de rappeler l’ancien héros devenu un criminel…Snake Plissken.
17 ans après le mythique Escape from New York, Carpenter livre la suite de son chef d’œuvre. À l’initiative de Kurt Russel qui souhaitait reprendre son rôle légendaire, ce film intervient dans la pente descendante de la carrière de Big John. Rejeté par l’industrie hollywoodienne, il est incapable d’atteindre à nouveau le succès public et alterne entre films tièdes de commande et échec de ses films plus personnels.
Escape from LA reprend la trame du premier opus et sa structure, un anti-héros lâché dans une ville prison, qui doit retrouver une mallette secret défense dans un temps imparti.
Première remarque, le long métrage est malade, incapable de tenir son budget ou d’atteindre ses ambitions, il se contente à certains moments d’effets spéciaux numériques première génération particulièrement indignes, mais qui vont finalement servir son propos.
Carpenter va entreprendre une méticuleuse démolition du mythe crée en 1981, en détournant le premier film. Snake est devenu ringard, sa première apparition est démystifiée par la remarque de flics, qui le décrivent comme un homme rétro, qui « fait très XXè siècle ». L’anti héros absolu des années 80 erre dans un monde qu’il ne comprend définitivement plus, dans lequel chacun semble le reconnaître, tout en étant déçu par son envergure. Dès son arrivée à Los Angeles il rencontre un surfeur interprété par Peter Fonda, ancienne icône de la contre culture des années 70, le héros de fiction et l’acteur passé de mode dans un Los Angeles détruit, on ne fait pas plus fort comme symbolisme.
Escape from LA appartient à cette catégorie de films nihilistes de Carpenter. Il reprend des éléments du premier film, tournés en ridicule, que ce soit les gadgets technologiques qui sont poussés à l’extrême ainsi que les enjeux de la mission, la photographie bleutée du premier film qui laisse la place à un orange criard. Le film déconcerte à chaque instant en retournant les codes, en désamorçant chaque situation. Big John fidèle à lui même tape à loisir sur tout le monde et sur tous les bords de cette Amérique, bonne à détruire. Les révolutionnaires de pacotille, les dérives fascistes de l'Amérique impérialiste, tout le monde en prend pour son grade et surtout l’industrie Hollywoodienne, qui prend tarif.
Car le cadre géographique du film va permettre à Carpenter de se moquer comme il faut de cette ville qu’il déteste tant. Et ce dès le panneau de la Universal, noyé sous les eaux du tsunami, puis que ce soit avec ce Disneyland détruit ou ces avenues mythiques du cinéma, fréquentées par les gangs et jonchées de détritus, où Snake va croiser un ancien agent d’acteur répugnant puis une secte de ratés de la chirurgie esthétique, véritables déchets humains de ce Hollywood décrépit.
Le long métrage est une farce cynique dans laquelle le héros s’amuse à jouer avec sa propre légende.
À la fois parodie du premier film et tableau
moqueur d’Hollywood, il déconcerta à la fois les producteurs, les fans et les spectateurs américains.
À l’image de son héros, Carpenter erre dans un cinéma américain, dans lequel le blockbuster a définitivement gagné avant d’entamer le XXIè siècle, il est temps de tirer sa révérence.