On connaissait les films turco-allemands de Fatih Akin. Avec "l'étrangère", nous faisons la connaissance d'un film turco-allemand réalisé par une ... comédienne autrichienne de 39 ans, Feo Aladag, dont c'est le premier long métrage. Coup d'essai, coup de maître. Tout d'abord l'histoire, qu'elle a écrite elle-même : une jeune femme turque, établie à Istambul et que son mari bat régulièrement, fuit avec son jeune fils pour retrouver sa famille en Allemagne. Heureuse de la revoir, cette famille, sauf quand elle apprend qu'elle a quitté son mari. La honte, surtout pour le père et le plus âgé des frères, la mère et la sœur jouant dans le registre de la femme dominée et le frère le plus jeune ne s'améliorant pas en vieillissant. Feo Aladag, qui a beaucoup travaillé pour Amnesty International, connait manifestement son sujet : les contradictions de la communauté turque plongée au cœur d'une autre culture, celle de l'Allemagne d'aujourd'hui. Attention : on ne peut pas, on ne doit pas accuser cette réalisatrice de racisme anti-turc. Ce qu'elle dénonce, c'est une culture qui, à cause de la religion, préfère qu'une femme soit battue par son mari plutôt qu'en révolte contre lui, préfère la soumission de la femme plutôt que son épanouissement. En plus de ce récit parfaitement raconté, Feo Aladag a la chance d'avoir comme comédienne principale la très belle Sibel Kikilli, révélée dans "Head-On", et d'avoir misé sur Judith Kaufmann comme chef-op : ce film, vu en copie numérique, est esthétiquement magnifique et on ne peut que s'extasier devant la beauté des lumières. Quant à la musique de Stéphane Moucha et Max Richter, elle n'est jamais envahissante mais toujours convaincante. Un beau, un très bon film !