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CrystalEagle
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3,5
Publiée le 1 août 2026
Bertrand Tavernier déterre le Sud poisseux de Jim Thompson pour le replanter en Afrique-Occidentale française, en 1938. On entre alors dans une bourgade où le racisme colonial tient lieu de météo : le mal ne s'y déclare pas, il s'y respire. Le seul flic du coin, Lucien Cordier, a renoncé à tout, à sa femme comme à sa fonction. Il s'en prend d'abord aux personnages les plus odieux (proxénètes, maris violents), ce qui rend son glissement presque acceptable. Le tri est facile, la cible odieuse, et pourtant la jubilation reste gênante. Ce coup de torchon ne lave rien, il étale. Le pire, c'est qu'on rit beaucoup, tant les seconds rôles sont des numéros. C'est précisément ce rire qui nous compromet. On suit Cordier dans cette dérive et, quand on relève la tête, on s'aperçoit qu'on a accepté bien plus qu'on ne l'aurait cru.
Ce que le film constate froidement, c'est qu'une loi qui ne s'applique plus à personne cesse d'exister. Dans cette colonie, l'arbitraire finit par remplacer toute règle, et la violence devient une conséquence presque naturelle du système. J'y vois un laboratoire à ciel ouvert où l'on observe des êtres que l'on aimerait appeler des monstres pour s'en tenir à distance, mais qui semblent finalement assez ordinaires. Cordier frappe rarement le premier ; il souffle sur les braises et laisse les autres achever le mouvement, si bien que le récit avance davantage par poussées de honte que par éclats. La caméra de Tavernier rôde, entre chez les gens sans frapper, tourne autour des groupes jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de bon côté où se placer. Aucune image de carte postale, aucune concession au pittoresque colonial, juste une lumière collante et une chaleur poisseuse. Le problème principal, c'est qu'une fois le mécanisme énoncé, le film le répète. Cordier ne se transforme plus vraiment, et le dernier tiers avance à vide. J'ai aussi été un peu déçu par cette diction moulée à la virgule, qui met une vitre entre les comédiens et nous.
Tavernier, l'humaniste patenté, l'amoureux du classicisme, le pourfendeur de la Nouvelle Vague, signe ici son film le plus cynique, et sans doute le plus libre. Philippe Noiret y est immense. Son Cordier hausse les épaules, dérive vers la destruction, et l'on se surprend à éprouver de la compassion pour un homme dont les actes deviennent de plus en plus difficiles à défendre. Isabelle Huppert joue cette jeune femme prête à suivre n'importe qui, n'importe où ; si l'actrice n'est pas encore tout à fait celle que l'on connaîtra, la flamme couve déjà. Une scène résume pour moi tout le film : celle où l'on recloue un Christ tombé de sa croix. Un dieu qu'il faut remettre d'aplomb au marteau, et des gens qui n'y croient plus pour s'en charger. Il ne reste personne, là-haut, pour envoyer qui que ce soit. Alors Cordier finit par se donner à lui-même une forme de légitimité, avec la tranquillité de celui qui croit encore obéir à un ordre.
Un film marquant auquel on repense pendant quelques jours,C’est assez rare pour être souligné. Bizarrement j’avais arrêté le visionnage au bout de 15 minutes car il ne me plaisait pas et je trouvais que les comédiens jouaient mal, notamment Noiret…c’est après la lecture des critiques spectateurs que je m’y suis remis et j’ai bien fait car en réalité je l’aime beaucoup, on dirait un conte, poétique, drôle, un peu surréaliste par moment… et Noiret est sublime de naturel, ainsi que Guy Marchand et Isabelle Huppert, que je déteste d’habitude. Quels acteurs !
Ce qui plombe le film pour moi, c'est le dialogue surabondant, qui "passe" une fois sur 10. Quelques moments musicaux pas désagréables, en particulier une évocation du style New Orleans, me tirent de de mon léger ennui. Pour ceux qui voudraient lire un commentaire sévère mais juste du film, consulter "Ciné-journal" de S. Daney.
On touche au sublime avec cette descente aux enfers sous le cagnard ! Aucune fausse note, aucun acteur qui ne soit pas génial, aucun dialogue qui ne soit pas ciselé ! Réjouissant de constater qu'en France, on a eu des acteurs de cette trempe ! Chapeau Tavernier !
pour dire le vrai,ans faux; qu'il n'est pas juste de qualifié un agent de sot mais pour la forme c'en est d'autant plus attachants;Une grande réussite,par tant crue mais caressante.
Un film noir et cynique qui nous emmène dans une spirale macabre en pleine colonisation et tout ça servit par une musique qui donne une atmosphère lancinate au film. Un superbe casting et sans doute le meilleur film de Bertrand Tavernier.
Cynique, caustique, croustillant, ce récit d'une vendetta personnelle permettant de nettoyer une bourgade de personnages détestables s'appuie sur d'impayables dialogues, sur une atmosphère délétère entre situations rocambolesques et humour noir ainsi que sur de fringants comédiens dont un surprenant Eddy Mitchell ou un éloquent Philippe Noiret oscillant entre états d'âme sensibles et âpreté désabusée. Irrévérencieuse, l'intrigue soulève des problématiques pertinentes en dénonçant une pluralité d'abus tant moraux que sociaux et en illustrant la vanité de l'existence sur un ton faussement léger, ancré dans la menace sourde de conflits inéluctables. Grinçant!
« Coupe de Torchon, adapté du roman « 1280 habitants », est un roman policier de Jim Thompson, paru en 1964, est un film qui m'a profondément marqué par son approche audacieuse et sa critique sociale acerbe. En transposant l'action du Texas colonial à l'Afrique de l'Ouest, Bertrand Tavernier réussit à conserver l'essence du livre tout en ajoutant une dimension unique à l'histoire. Le film mêle habilement humour noir et satire, offrant une réflexion sur le pouvoir, la corruption, et les dérives du colonialisme. Philippe Noiret livre une performance magistrale dans le rôle du policier Cordier, un personnage complexe qui évolue de victime passive à justicier implacable, brouillant les frontières entre justice et folie. La présence d'Isabelle Huppert, ainsi que celle de Stéphane Audran, renforce encore la qualité du casting. La réalisation soignée de Tavernier, avec des images évocatrices et une ambiance oppressante, fait de Coup de Torchon un des grands films des années 80. WHITE FINGERS : LA PISTE SYSKIYOU (TOME 1) et LE CIMETIERE DES SQUAWS (TOME 2) (Amazon Kindle).
Dans un village de l'Afrique coloniale française d'avant-guerre (la seconde), Philippe Noiret incarne en principe la loi et l'ordre. Mais débonnaire et paresseux autant que désabusé, il a depuis longtemps renoncé à ses prérogatives de policier. Même, sa veulerie et sa passivité valent à Lucien Cordier d'être méprisé et humilié. Il est le souffre-douleur de quelques-uns, collègue, maquereaux en col blanc, et jusqu'à son épouse. En attendant le grand "coup de torchon"... Bertrand Tavernier réalise une comédie grinçante, cruelle et féroce, dans laquelle Philippe Noiret trouve un rôle en or. Son personnage, l'évolution de son personnage sont le coeur du sujet dans le décor singulier d'un bled africain. Ou comment le docile et inoffensif policier semble soudainement s'investir, jusqu'à la déraison et la schizophrénie, d'une mission comme divine enspoiler: châtiant les indésirables . Entourés de seconds rôles colorés et mémorables -indissociables de leurs interprètes, les Marielle, Audran, Huppert et les autres- le personnage de Noiret, comme toutes les figures du film, a aussi l'utilité et la vocation de refléter l'esprit colonial.
Vu à sa sortie et de temps en temps vu à la téloche. Je me rappelle m’être fait la réflexion suivante après être sorti de salle : « Est-ce vraiment Bertrand Tavernier qui a pondu ce film ?» J’y voyais plutôt l’esprit d’un Bertrand Blier - spécialiste du politiquement incorrect depuis 1974 - qui avait réalisé la même année un gratiné « Beau-Père ».
Cette comédie macabre est une véritable réussite. Quelle irrévérence ! Quel culot ! Et ce grâce à des dialogues d’une férocité crasse servis par des acteurs tous remarquables à commencer par Philippe Noiret dans le rôle de Lucien Cordier.
En le revoyant, je maintiens que je ne l’ai jamais cru benêt. Un faux imbécile, un homme qui se fait âne pour avoir l’avoine. Il a attendu le moment propice pour enfin agir. ll lui fallait un bon coup de pied aux fesses de Guy Marchand, infect à souhait, pour mettre fin à ses humiliations consenties. Pour en revenir au personnage de Guy Marchand, Chavasson pour le nommer, tient un discours sidérant de bêtises (doux euphémisme pour rassurer le soi-disant modulateur d’AlloCiné) sur les Noirs qui ne seraient pas des gens.
A bien y regarder, tout est sidérant de crétineries. « Coup de torchon » n’est rien d’autre qu’un rayon X qui autopsie à l’os l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus abjecte. Et le pire dans tout ça : je lâche des éclats de rire qui s’apparentent plutôt à des spasmes de stupeur. Et ce, sans la moindre culpabilité. Mais d’un autre côté, je me sens mal à l’aise quand Lucien Cordier applique sa justice qu’il pense divine. Et le pire dans tout ça : quand il justifie ses agissements, son discours est toujours cohérent, voire d’une lucidité diabolique. Ne parle-t-il pas de tentation ? Donc, le Tentateur, le diable plutôt que le Christ qu’il se croit être.
Tous les mots prononcés et incarnés par les acteurs relèvent d’une mécanique haute précision. Il n’y a rien d’artificiel de gratuit. les dialogues ne sont pas dans la provocation car les acteurs sont tellement naturels que les mots clamés sont d’une évidence ahurissante.
A cela s’ajoute la musique de Philippe Sarde assez déstabilisante, comme à l’image de la caméra portée qui illustre l’instabilité des personnages. En effet, parfois, l’image est instable. « Coup de torchon » est une gifle qui surgit soudainement par intermittence. Le spectateur que je suis ne sait jamais à quel moment la gifle va partir.
« Coup de torchon » introduit Eddy Mitchell dans le monde du cinéma et quelle introduction ! Même si parfois son jeu prête à douter, pour un premier rôle, il s’en sort très bien dans ce récit exigeant.
« Coup de torchon » est un texte et un film d’acteurs, lesquels l’ont merveilleusement servi. Ils ont dû se faire plaisir à interpréter des personnages bêtes et méchants à l’exception de l’institutrice Anne sous les traits gracieux d’Irène Skobline ; Anne image de la bonté, vierge de tout mal, source de paix pour Lucien Cordier.
Bravo à Philippe Noiret - je crois son meilleur rôle, il est d’une duplicité machiavélique - à Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Jean-Pierre Marielle, Gérard Hernandez, Guy Marchand, François Perrot, Eddy Mitchell et Michel Beaune…
Un chef de la police mou , peu respecté se transforme peu à peu. Un film parfait, des acteurs à leur meilleur, une realisation exceptionnel, une histoire hors du commun. Un chef d'oeuvre du cinema.
Découvert tardivement, "Coup de Torchon" de Bertrand Tavernier s'est révélé être une véritable pépite. Les films se déroulant en Afrique sont rares, et celui-ci mérite d'être vu et revu. Les dialogues, finement ciselés, regorgent de répliques intelligentes et habiles. Le personnage de Lucien Cordier, magnifiquement interprété par Philippe Noiret, est une merveille de complexité : faux con, faux benêt, faux lâche, il semble inoffensif mais se révèle être un monstre froid, cynique, manipulateur et calculateur.
Le film, situé en Afrique en 1938, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale, suit Lucien Cordier, un policier dans une petite bourgade africaine. Humilié et méprisé par ses supérieurs, il est perçu comme un lâche. Cependant, son instinct meurtrier et sa volonté de puissance se réveillent soudainement. Les thèmes du film incluent la France coloniale et les relations entre Blancs et Noirs, mais il explore également la nature humaine de manière plus globale.
La distribution est exceptionnelle, avec Isabelle Huppert et Jean-Pierre Marielle livrant des performances mémorables. "Coup de Torchon" est un film noir, à la fois drôle et cruel, qui capte brillamment l'essence des tensions sociales et personnelles de l'époque. Une œuvre magistrale et inoubliable.
Avec son "coup de torchon" Tavernier nous offre un grand moment de cinéma. Les acteurs, la réalisation, le scénario, les décors (dépaysants) : tout ceci est très bon.
Comédie dramatique cynique par excellence, j'ai pris beaucoup de plaisir à visionner ce film. Tous les acteurs sont très en forme, portés par un Philippe Noiret succulent ! Quelle idée perspicace de Tavernier que d'avoir transposé l'histoire du roman américain de Jim Thompson du sud des États-Unis à l'Afrique coloniale d'avant seconde guerre mondiale (même si je n'ai pas lu le roman). Sans révéler de quelconques détails, c'est assurément son humour, son ironie, sa noirceur des âmes humaines et les comportements abjects qui vont avec, qui font de ce long-métrage une réussite et un pur plaisir (coupable ?). Sûrement un des meilleurs films de Bertrand Tavernier. Etant particulièrement attaché à lui, je remarque que c'était l'un des meilleurs cinéastes français pour parler du 7ème art à l'américaine et pour mettre en scène des productions très fortement imprégnés de cette culture (cf. ma critique de "Dans la Brume Électrique").