Si Le Mépris a pu gagner son statut de film culte, c'est essentiellement en s'appuyant sur deux arguments de taille : une Brigitte Bardot au firmament de ce qu'elle représentait, et la force du thème musical poignant de Georges Delerue - hélas ici servi de manière incongrue ad nauseum.
Les effets de Jean-Luc Godard peuvent, selon les points de vue, être considérés au mieux comme une approche admirable d'un auteur questionnant le cinéma et revoyant ses codes, au pire comme des poses pedantes pseudo-artistiques. On pourra a minima considérer que le réalisateur-scénariste aura osé expérimenter.
Au rayon des curiosités : un générique parlé, des filtres de couleurs impromptus et injustifiés en scène d'introduction, un spectacle où la musique est littéralement coupée à chaque fois qu'un personnage dans le public prend la parole (pour nous permettre de mieux entendre ?), des dialogues destructurés où chaque question posée doit attendre deux lignes sans aucun rapport avant d'obtenir une réponse, des tirades et citations littéraires jetées avec le plus grand des naturels dans une situation du quotidien, et j'en passe.
Si certaines scènes laissent dubitatif, l'ensemble donne toutefois une impression, un sentiment, une nostalgie, appuyée par de belles images notamment de Capri.
Les deux acteurs principaux ne jouent pas dans la même cour.
Brigitte Bardot (Camille), dirigée par Godard, joue le mystère, l'insondable, et certes le mépris. Au final un panel de jeu très limité, qui aura au moins pour avantage de laisser l'actrice dans une relative zone de confort.
C'est donc Michel Piccoli (Paul) qui porte la responsabilité de nous projeter dans l'histoire, et c'est une partition qu'il réussit. Il cherche la solution, tente de souffler le chaud et le froid pour comprendre Camille, mais plus il tente de la rattraper, plus elle lui échappe. Et finalement le film fonctionne en ce sens car on se questionne avec lui, on tente de comprendre les réactions cryptiques de Camille, puis on souffre de cet amour qui s'éteint pour devenir un mépris.
Voici donc au final un film qui ne manque pas d'atouts, notamment de par la mise en scène de l'incompréhension et de l'éloignement au sein du couple, ou encore de par la recherche du beau. Malheureusement dans ses experimentations, Jean-Luc Godard semble se regarder lui-même faire du cinéma, sortant le spectateur prosaïque de l'histoire (à dessein ?) et refreinant ainsi son enthousiasme.