Aquarius
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Nicolas S
Nicolas S

54 abonnés 667 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 février 2026
Il y a comme deux films dans Aquarius. C'est avant tout un magnifique portrait de Clara (incarnée par l'extraordinaire Sonia Braga), une écrivaine sexagénaire habitant le centre-ville de Recife, veuve, parfois solitaire, mais tout de même entourée d'un cercle familial et amical solide, au premier rang duquel se trouve la bonne, Ladjane. Aquarius propose en même temps une illustration du phénomène de gentrification qui est en train de transfigurer la ville de Recife, puisque Clara est ici mise sous pression par des promoteurs immobiliers pour leur céder son appartement et leur laisser le champ libre afin d'ériger une nouvelle tour en bord de plage. Ce qui lie ces deux idées, c'est Clara, bien sûr, mais aussi le cancer, maladie qui a laissé sur Clara des séquelles physiques, et qui revient, sous une forme allégorique, pour évoquer la destruction de l'immeuble dans laquelle elle habite, et avec lui, de tout ce qui constituait le passé de Recife.
Mendonca Filho parvient ainsi à un véritable coup de force, d'une extraordinaire limpidité, qui lui permet de saisir précisément et avec réalisme une destinée individuelle, et une autre collective. Cela donne lieu à une passionnante -- et habituelle chez lui -- réflexion sur la mémoire et sa préservation matérielle (disques, photos, meubles, immeubles aussi), mais encore sur ce que le système économique néo-libéral fait concrètement au Brésil, à ses habitants, à son histoire.
Aquarius est aussi admirable en ce qu'il ouvre des possibles de résistance (même si c'est avec une demonstrativité légèrement pataude). Il l'est tout autant dans sa façon d'ouvrir son espace critique à ses propres biais et limites, l'époque révolue dont Clara est nostalgique étant tout autant caractérisée par l'exploitation des pauvres que le présent, ce que l'omniprésence de Ladjane, et le souvenir de son films mort, rappelle.
Voilà un nouveau témoignage de l'extraordinaire talent de Mendonca Filho pour trousser en deux heures et quelques un film aux multiples ramifications ; il est pour moi l'un des réalisateurs majeurs des vingt dernières années.
Kouto
Kouto

29 abonnés 4 749 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 13 septembre 2025
Portrait d’une septuagénaire au fort caractère luttant contre des promoteurs voulants racheter son appartement doublé d’une vision acerbe de la société brésilienne « Aquarius » est un long-métrage à part, où le temps n’est pas un organe linéaire mais un objet avec lequel le réalisateur joue à sa guise au gré d’une mise en scène misant sur l’espace.
Cadreum
Cadreum

60 abonnés 778 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 avril 2025
À travers le portrait d’une femme Mendonça Filho donne à voir une œuvre dense, épousant les lignes de faille d’un Brésil contemporain en proie à une mutation. Loin des figures héroïques attendues, Aquarius puise sa force dans l’obstination tranquille, dans la friction des corps et des espaces, dans la durée reconquise comme acte politique.

Clara ne se contente pas de résister, elle incarne cette résistance : survivante d’un cancer, veuve, mère, amante. Son appartement, dernier îlot d’humanité dans un immeuble déserté par la pression immobilière, devient le dernier théâtre de sa résistance.

Habiter, chez Mendonça Filho, n’est jamais neutre. C’est une inscription, un engagement, un ancrage. Clara ne protège pas un simple bien immobilier : elle protège un mode de présence au monde. Elle est archive, mais une archive vivante, traversée par les affects, les souvenirs, la musique, les silences.

La guerre immobilière qui structure le récit ne constitue pas seulement un ressort dramatique : elle est le prisme à travers lequel le cinéaste ausculte les violences invisibles du Brésil néolibéral. Le promoteur ne crie pas, ne frappe pas : il propose, il achète, il manipule. Le capitalisme, ici, est une machine sourde, patiente, enveloppée de sourires polis et de promesses.

Mendonça Filho filme la ville comme un corps malade, rongé par des métastases de luxe et des cicatrices d’exclusion. Chaque rue, chaque immeuble devient un symptôme. La modernité ne se construit pas : elle remplace. Elle efface, elle nettoie, elle blanchit. Clara, dans ce contexte, devient une anomalie.

Clara désire, elle danse, elle jouit, elle souffre. Le vieillissement n’est pas ici une déchéance, mais une continuité : celle d’une vie qui persiste, s’affirme, se redéfinit. Le film ne fétichise pas ce corps, il le laisse simplement être. Et c’est peut-être là son geste le plus subversif : rappeler que le corps féminin, de tout âge, demeure un lieu de subjectivation, d’autonomie, de lutte.

La sensualité du film se prolonge dans sa mise en scène : lente, patiente, enveloppante. Les plans s’attardent, les silences durent, les objets vibrent d’une mémoire affective. C’est un cinéma de la durée, non de l’action ; de la présence, non de la démonstration.

Clara n’est pas une résistante héroïque. Elle est une femme qui reste. Une femme qui dit non. Et ce non, dans le contexte d’un monde qui exige l’adhésion rapide, devient une insurrection.
No Quarter
No Quarter

9 abonnés 539 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 septembre 2024
Entre fresque sociale et combat personnel, un beau film brésilien (même si le financement est franco-brésilien) qui prouve que l'intelligence ne nuit pas à une œuvre cinématographique (contrairement à ce que pensent les auteurs de camping). Le film dure un peu plus de 2h20, ce qui laisse le temps au réalisateur de développer son personnage principal. Que ce dernier soit une ancienne critique musicale nous offre le plaisir d'écouter de la bonne musique dans une ambiance presque tropicale. Sonia Braga est magnifique à tous points de vue. Quelle humanité, quelle intensité et quel charme ! Ce film est une vraie réussite.
Carolasticot
Carolasticot

34 abonnés 195 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 14 novembre 2023
Un des plus beaux films qui m’aient été donnés de visionner.
Le cancer du sein est traité de la plus belle des manières, notamment à travers les sujets douloureux que sont la prise de l’âge et féminité.
cet organe manquant trop souvent négligé prend tout son sens durant ces 2hr de poésie, de nostalgie et mélancolie brésilienne.
Et qui d’autre que la magnifique Sônia Braga pour interpréter ces combats aux sons de bossa nova ?
Jean-pierre C.
Jean-pierre C.

7 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 mars 2021
un témoignage émouvant d'une brésilienne confrontée à l'urbanisation de son environnement du bord de mer. Un peu longuet par moment.
LAvisDuNeophyte
LAvisDuNeophyte

4 abonnés 656 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 31 décembre 2020
Original, bien filmé et bien joué. Les aspects sociologiques sont présents. On regrette que la fin soit un peu écourtée.
Eowyn Cwper
Eowyn Cwper

163 abonnés 2 040 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 28 octobre 2020
La présence de Sônia Braga, alias Clara, était la condition sine qua non à ce que le film fût réalisé. Ça se comprend. Loin de faire ses 65 ans, l'actrice incarne parfaitement la femme de caractère que tous admirent des deux côtés de la caméra. Son jeu de fer allié au talent de Kleber Mendonça Filho pour faire parler les non expressions de ses acteurs donne une réalité aiguë à ses images.

Traitant le réel, le rêve et le souvenir en égaux, le film est conçu en un seul bloc inébranlable pourtant non linéaire, presqu'autant, en fait, que l'immeuble où vit Clara et qui va se trouver transformé par une génération nouvelle ; un régime politique contre lequel le film proteste en douceur, ce qu'il devra payer, dans le monde réel, du prix de la controverse.

Cependant c'est justement dans cet accueil injuste qu'Aquarius devient le plus vertueux et le plus éloquent. Sanctionné par la censure pour la forme de son œuvre, Mendonça Filho remporte une grande victoire de fond.

Sônia a vaincu le cancer trente ans auparavant. Maintenant c'est son appartement qui est malade. Le jeune entrepreneur qui veut détruire l'immeuble pour la mise en œuvre du projet Aquarius y voit une demeure simple peuplée surtout de souvenirs et de vieux vinyles ; il n'y voit pas la vie qui y a été menée.

Mais Clara, détentrice de cette vie, va découvrir malgré sa propre détermination que l'ouverture d'esprit acquise au travers d'une vie difficile, même maniée avec sagesse, ne suffit pas à faire remettre en cause les nouvelles valeurs du monde. Qui dit nouvelles valeurs dit nouvelles limites, et l'on peut compter sur le personnage et le réalisateur ensemble pour les déceler.

Le fond d'Aquarius a été en partie invisibilisé par des esprits trop fermés. Même si on l'ignore au moment du visionnage, le film en porte la marque avec dignité, car c'est son âme qui en est la cause ; la même que l'écran nous apporte encore maintenant.

→ https://septiemeartetdemi.com/
fabrice d.
fabrice d.

44 abonnés 1 882 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 8 juillet 2020
C'est un film étrange, spécial et pour le moins original que cet Aquarius.
C'est un film qui interpelle et qu'on ne peut regarder sans se poser quelques questions.
Ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir un film Brésilien sur le Brésil.
L'actrice principale incarne avec force ce personnage de femme forte et de caractère.
Elle est prête à ne pas se laisser faire contre des promoteurs immobiliers prêts à tout.
Certains passages sont un peu plus difficiles à déchiffrer et le film reste long, ce qui dilue un peu son intensité.
Un film à voir néanmoins pour sa liberté de ton, ses images du Brésil et de Rio.
Ykarpathakis157

6 190 abonnés 18 103 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 23 juin 2020
Aquarius a des scènes trop longues et fastidieuses qui traînent sans signification et qui n'ajoutent rien au film et à l'intrigue. Des scènes de famille, des scènes de fêtes pleines de gens qui n'ont aucun rôle dans l'histoire. Un film prétentieux notamment les intermèdes musicaux. J'ai trouvé le film fastidieux, mal tourné et lamentablement monté. Le montage et le mixage sonore sur le film étaient très médiocres. Et pour un amateur de musique comme le réalisateur et son personnage dans le film, c'est navrant. Une femme serpente sans fin dans une longue promenade sur la plage. Ne se souciant pas des autres personnages et n'ayant aucun lien émotionnel avec eux. Aquarius est l'histoire d'une femme qui refuse d'être expulsée de son appartement qui est étiré à l'infini (plus de 2 heures)...
Gustave Aurèle
Gustave Aurèle

184 abonnés 2 626 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 13 juin 2020
C'est l'interprétation de Sonia Braga qui constitue l'intérêt principal de ce film, chronique d'un monde lucratif.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 13 avril 2020
A mi-chemin entre le thriller et le drame familial, un long-métrage très intéressant, hypnotisant, par Kleber Mendonça Filho, talentueux réalisateur dont le film suivant (Bacurau) a gagné le prix du Jury de Cannes : Aquarius, ici commenté, présente quelques similarités évidentes. Un rythme intrigant, qui étire parfois des séquences en apparence anodine, en expédie d'autres, pour aboutir à un ensemble atypique mais homogène, et qui, c'est le plus important, parvient toujours à générer de véritables émotions. Il s'agit d'une bataille rangée entre un promoteur immobilier et une femme, seule habitante restante d'un immeuble destiné à être détruit pour construire une résidence de luxe. La capacité du réalisateur à créer de la tension, sous différente forme (dialogue / pression sociale, suspense situationnel, mystère, etc...) est remarquable. En y ajoutant des éléments connexes, sociaux, familiaux, parfois iconoclastes et réellement sans tabou, on aboutit à une oeuvre dense et prenante.
Mathieu B.
Mathieu B.

43 abonnés 832 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 14 février 2020
Que c'est mou, mais que c'est mou. Je me suis accroché tout le film pour arriver jusqu'à la fin, en espérant qu'elle allait relever le niveau d'intérêt de cette purge. Hé bien même pas. Même la fin est décevante...
Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

142 abonnés 2 053 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 29 août 2019
Ce très beau portrait d’une femme forte et inflexible refusant de quitter son immeuble voué à la destruction – magnifique Sônia Braga – est aussi le portrait du Brésil contemporain, pays traversé par des inégalités criantes et des paradoxes évidents. Déroulant un rythme lent (parfois vraiment trop lent pour un film de 2h25), Aquarius est une œuvre sur la nostalgie, le temps qui passe, la famille et ses petites contrariétés, autant que la chronique d’une lutte individuelle contre toutes les formes de cancers, au sens propre – Madame Clara a échappé à un cancer du sein – comme au figuré – ici, les promoteurs immobiliers rongent sournoisement et inexorablement l’espace vital de la sexagénaire.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 18 août 2019
Filho confirme son talent pour installer une atmosphère d’inquiétante étrangeté qui rend le spectateur captif. La mise en scène est à nouveau parfaite, pour un scénario un peu plus classique et moins mystérieux que celui des Bruits de Recife, avec un résultat plus accessible et prenant, mais peut-être un peu moins fort à l’arrivée. A noter: une belle performance d’actrice pour Sonia Braga, dont le charisme participe à la tenue et à l’élégance du film.
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