S'approcher de la vérité comme Icare du soleil : s'y brûler les ailes pour mieux nous éclairer. Se sacrifier pour guider.
Henri Verneuil part de l'assassinat de Kennedy, rejoué dans un pays imaginaire dont il convoque toute l'imagerie (Daslow pour Oswald, la fameuse balle magique), mais il ne s'arrête jamais à « il y a eu un complot ». Sa vraie question est plus vertigineuse : comment des gens ordinaires, par petites obéissances, finissent par rendre le pire possible. D'où cette scène qu'on n'oublie pas, la reconstitution de l'expérience de Milgram, où des volontaires lambda acceptent d'envoyer des décharges qu'ils croient mortelles parce qu'une autorité le leur ordonne et s'en dit responsable, glaçant, et terriblement parlant sur la fragilité de nos démocraties. Le film reste par ailleurs un thriller d'enquête assez orthodoxe dans sa mécanique ; c'est justement ce bloc Milgram, presque en digression, qui le fait basculer vers tout autre chose.
Yves Montand porte tout cela sur ses épaules. Présent dans presque chaque plan, procureur droit qui refuse de signer et pose les questions que personne ne veut entendre, il est sobre, mais habité par un entêtement moral qui déborde les dialogues. Le reste accroche moins. La ville inventée (tournée à La Défense et Cergy), dollars et berlines américaines au milieu de personnages qui parlent français, désoriente, mais sonne parfois faux. Et la mise en scène s'alourdit par endroits d'un classicisme un peu daté. Sorti en 1979, douze ans avant le JFK de Stone, Icare a pourtant eu le cran de prendre au sérieux un public populaire avec un sujet aussi exigeant. Le rythme est lent, presque clinique, mais c'est une montée, et la détonation finale rebat toutes les cartes d'un coup. On ne comprend vraiment le titre qu'au tout dernier plan, et cette lucidité qui arrive trop tard fait partie du choc. Il nous laisse, comme son procureur, avec une idée tenace : tout le monde ment, et on avance dans un monde de faux-semblants. Reste, longtemps après, trois images plantées dans la tête : la voiture présidentielle figée dans la foule, la salle de Milgram, et cette fenêtre du dernier plan.