Il faut un sacré culot pour faire reprendre le rôle de Louis Jouvet par Omar Sy. Knock est donc le film Á NE PAS ÉVITER en ce moment, car c’est un beau culot. Quelle idée cette opération casse-gueule d’avoir mis Omar Sy dans ce rôle ancien, un gentil dans un rôle de cynique, et qu’on n’imaginait que joué par un caucasien blanc de blanc ! On voit bien Omar Sy dans « la case de l’oncle Tom » ou dans un biopic sur Martin Luther King, mais pourrait-il incarner Tarzan, Henri VIII ou Jésus ? Imagine-t-on Brad Pitt jouer Amin Dada ou l’empereur Hiro-Hito ? On a beau dire, on a beau rêver, un acteur n’est pas fait pour tout jouer. Michel Simon ne pouvait pas jouer les rôles de Gérard Philippe, et réciproquement. Donc c’est un sacré pari de faire enfiler le costume du Dr Knock par Omar Sy, et ça vaut le déplacement –d’autant que l’action se passe toujours loin dans le siècle dernier, et que la première chose qu’on attend de voir, c’est comment le campagnard de cette époque reculée et plutôt intolérante accueille un grand gaillard coloré qui prend le poste de médecin de campagne. Donc il faut voir ça ; chacun appréciera. En revanche, Omar Sy peut-il jouer un méchant ? C’est une autre question. On le pense ; il le pense ; mais les auteurs du film le pensent-ils ? Knock l’original (de Jules Romains) confine plutôt à l’horreur ; ce Knock-là devient finalement bienveillant et généreux (par amour). On s’interroge d’ailleurs : pourquoi dénaturer une idée originale, l’encombrer d’histoires collatérales, et garder son titre ? Ça trahit l’histoire et ça dessert Omar Sy, s’il veut faire le méchant. C’est vrai qu’il y a dans l’originale des perles alléchantes comme « ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? ». Mais on aurait pu s’en passer : on a bien inventé pour le film (sauf erreur) le rôle extraordinaire et extraordinairement joué du facteur (Christian Hecq), « le facteur qui crée le lien social » ; on a bien inventé le vilain curé ; on a bien inventé les « dartres furfuracées ». On n’en était pas à une invention près. On a donc un film un peu bancal, mais qui atteint son but, cahin-caha. Il y a de l’émotion et du divertissement. Knock s’efforce d’être méchant comme c’est dans la pièce, mais il retombe finalement dans la gentillesse comme ce n’est pas dans la pièce (et Omar Sy rejoue de l’Omar Sy). C’est une autre histoire, qui vaut l’originale, bien dirigée et bien jouée (belle brochette d’acteurs avec Omar Sy d’ailleurs). C’est une comédie (on y rit de ce qui est triste comme dans Molière), avec une tragédie vers la fin, ou plutôt deux tragédies (une vraie et une un peu grosse), et avec un final sur un grand message d’espoir, le docteur ayant promis d’essayer d’être heureux. Mais il ne fallait pas intituler le film « Knock ».