LE DIABLE TOUT LE TEMPS est un film choral comme le célèbre COLLISION de Paul Haggis, à cette différence près que ce dernier se déroule dans un milieu urbain contemporain, alors que celui qui nous intéresse est ancré dans un cadre rural des années 50. Ces deux films ont en commun le fait qu'ils décrivent, sans concession, la société des USA à une période donnée. Ce qui les différencie fondamentalement est, à l'évidence l'angle de vision des deux réalisateurs. Si "Collision" était relativement optimiste, "Le diable tout le temps" est délicieusement pessimiste. En effet "Collision" décrit les travers des différentes couches sociales, mais sans forcer le trait, un peu à la manière d'un Fellini qui exprimait une certaine empathie pour ses concitoyens. "Le diable tout le temps" par contre, développe une vision particulièrement caustique -non exempte d'humour noir- d'une certaine tranche de cette même société. Notre oxymore "délicieusement pessimiste", employé plus haut, s'explique par le fait que le réalisateur d'origine brésilienne copie à la perfection l'ambiance des films des frères Coen avec cette façon outrancière et voyeuriste de croquer les personnages et les situations dans lesquelles ils sont englués. L'accumulation de tous ces faits sordides qui "émaillent" (nouvel oxymore) cette narration, nous force à développer, par réflexe de survie, un sourire sardonique à la vue insoutenable de toute cette fange au sens large du terme.
Il nous prend également l'envie irrésistible de piétiner à mort toute cette misérable faune humaine pétrie d'imbécillité et de suffisance, comme écrivait Voltaire dans son Micromégas. On nous objectera que les tarés qu'on nous montre ne sont sans doute pas tous responsables de leurs turpitudes : La consanguinité, l'isolement, la déscolarisation, l'obscurantisme des sectes, les superstitions, l'inflexibilité des traditions sont certes des excuses mais on a tout de même du mal à admettre une telle soumission, une telle absence de réactions positives.
Comme nous le faisons parfois remarquer, le cinéma américain, en pratiquant l'auto-critique, a au moins le mérite et l'honnêteté de ne rien dissimuler du côté obscur et des excès de cette société. On peut seulement regretter que ce genre de films, en traversant l'Atlantique, contamine très négativement la nôtre ne serait-ce qu'en banalisant la violence...