Dans un monde comme celui du cinéma, il existe des moments où, même si on croit profondément en un auteur, celui-ci nous déçoit. Et en 2020, avec son "Brutus Vs César", ce fut au tour de Kheiron de considérablement baisser dans mon estime. Ayant pourtant réalisé les très bons "Nous trois ou rien" et "Mauvaises herbes", ce dernier nous a offert l'un des pires films de l'année de sa sortie, nous faisant presque nous demander si ce projet est bel et bien de son ressort. Et pour le coup, avant même de se lancer dans le visionnage, on remarquait déjà un souci. Se voulant être une sorte de parodie de film historique, le long-métrage semblait à l'opposé total de l'univers de son auteur. Là où Kheiron avait toujours développé des ambiances très proches du réel, il propose ici un tout plus humoristique et cartoonesque sur le papier. Pourtant, si je fus donc surpris par la proposition, j'ai quand même choisi de lui laisser le bénéfice du doute. Après tout, un auteur peut aussi développer de nouvelles envies au fil du temps, notamment dans l'optique de se réinventer. Seulement, une fois que cela a été dit, il est assez malheureux de nous rendre compte que le gros problème de cette œuvre vient précisément de là. En effet, cette impression de la réinvention ratée s'est vite confirmée, le réalisateur ne maîtrisant pas du tout le style souhaité. Quand on entre dans le film, on remarque tout de suite qu'il y a un immense problème de ton. Celui-ci essaye bel et bien de jouer sur le décalage d'époque en apparence, mais il est finalement plus tourné vers le ridicule qu'autre chose. Ainsi, il y a un grand écart entre ce que l'on attendait de voir et la réalité, le résultat étant plus proche de la comédie française basique dans ses interactions. La plupart des gags tournent donc toujours autour des mêmes sujets, à savoir la cruauté de César, l'amour, etc. Dans les faits, on sent que Kheiron s'est probablement inspiré de ce qu'a pu faire un Alain Chabat sur "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre", avec le fait de proposer une approche totalement en commun avec notre époque, mais au sein d'une temporalité plus ancienne. Malheureusement, là où ce dernier avait compris la chose en proposant un ensemble référencé et fun, en restant quand même proche du cartoon, l'aspect trop commun de cette production ne nous fait jamais croire en son univers, mais également jamais rire. Si les décors et les costumes sont donc travaillés dans l'optique de correctement nous faire plonger dans tout cela, il faut bien avouer que nous aurions simplement eu affaire à une comédie française classique s'ils avaient été absents. Cela se ressent également dans le jeu des acteurs, ces derniers étant loin de fournir le décalage et jouant simplement comme à leur habitude. Que ce soit Ramzy Bedia, Gérard Darmon ou Thierry Lhermitte, ils se contentent de fournir la prestation que l'on entend d'eux à chaque fois, ce qui renforce cette impression de normalité malgré l'idée initiale. Alors, au sein d'un univers qui ne tient pas la route, il est difficile de se sentir concerné par les enjeux. D'autant qu'en plus de cela, on a vraiment l'impression d'être pris par la main à ce niveau, le récit enchaînant les séquences de manière trop rapide dès l'introduction (histoire de ne pas s'embêter à poser un contexte compliqué). Et si cette sensation a beau paraître anodine, elle a pour effet de ne jamais nous faire attacher aux personnages ou à l'histoire. Il se dégage donc l'impression d'un lâcher au milieu de nulle part, et c'est franchement déstabilisant en matière de dramaturgie ou même de montage si on parle de technique. Par conséquent, à tous les niveaux, ce film est une catastrophe. Je tiens même à vous avouer que je ne comprends toujours pas comment Kheiron ne s'est pas rendu compte de ce qu'il faisait. En s'embourbant dans un style qui n'a jamais été fait pour lui, ce metteur en scène si prometteur m'a profondément déçu. Cela dit, j'espère qu'il saura se reprendre le jour où il reviendra sur le devant de la scène, car, s'il s'est fourvoyé ici, je reste persuadé qu'il peut encore nous fournir de belles choses à l'avenir. Pour conclure, un très mauvais film.