Autant « In the mood for love » (2000) est un film brillant, alliant grande sensualité et retenue, une véritable leçon de cinéma, en 1h38, autant « 2046 », tourné en même temps et présentant de nombreux points communs (2046 était aussi le numéro de la chambre où se réunissaient M. Chow et Mme Chan), est une pâle copie, beaucoup trop longue (2h09), dissertant sur l’amour ("Tout souvenir est baigné de larmes", "On passe à côté de l’amour, la rencontre étant trop tôt ou trop tard"). Cela tourne en rond avec la succession des femmes qu’a aimées M. Chow (toujours joué par Tony Leung Chiu-way, 42 ans à l’époque), qui écrit un livre de science-fiction (intitulé « 2047 » et se déroulant en 2046, où un Japonais s’éprend d’une androïde), après des romans pornographiques, séjournant à Hong-Kong, à Singapour et à Macao. Wong Kar-wai réalise un film faussement intellectuel, et semble se parodier, avec la même façon de filmer, en gros plans, avec un mur ou une porte qui occupe une partie du champ, en ayant recours à de la musique d’opéra [« Casta Diva » de « Norma » (1831) de Vincenzo Bellini (1801-1835)] ou du crooner Nat King Cole (1919-1965), et dans des décors souvent intérieurs, aux mêmes couleurs (rouge, vert), la plupart des scènes se déroulant un 24 décembre (de 1966 à 1969), avec quelques références aux événements politiques à Hong Kong (émeutes, couvre-feu). Il en résulte un film labyrinthique qui égare le spectateur qui s’en détache.