UNE TRÈS DOUCE SURPRISE
J'ai pris énormément de plaisir devant ce "petit" film social qui, caché derrière l'apparence d'un improbable feel good banlieusard, a beaucoup à dire. Tout d'abord, ladite banlieue est crédible, avec ses points de deal, ses petites frappes, ses nourrices, mais aussi quelques lumières qui ne demandent qu'à briller. Najaa est une de ces lumières. Tant dans son rôle de tagueuse talentueuse que dans son jeu d'une palette ahurissante. Dès les premières secondes, son magnétisme vous attrape et ne vous lâchera plus.
L'idée majeure du scénario consiste à laisser entendre que la rigueur, l'ordre, le respect, voire les rituels (ici représentés par le Compagnonnage), seraient de vrais remèdes pour soigner une société qui a perdu ses repères. Le script a le bon goût de ne pas enfoncer des portes relativement fermées, en suggérant que les Compagnons réfutent ce rôle "d'éducateurs", même si on comprend bien aux parcours présentés que la réalité est tout autre. Sans un chantier d'insertion encadré par une compagnonne, l'héroïne serait probablement restée dans sa galère. Mais pour éviter la sociologie de comptoir, la finesse imposait de confronter les fragilités et c'est parfaitement fait : le risque de renoncement touche ici tous les protagonistes, dans une lecture précise de la réalité sociale de notre monde dit moderne. En fait, derrière les façades, il n'y a pas de héros. Juste des gens qui ont besoin les uns des autres pour avancer.
Cette histoire pas si simpliste démontre également que la force du collectif n'est pas l'apanage des seuls "intégrés". Face à la rigueur et aux valeurs traditionnelles, l'humanité de la débrouille défend sa nécessité, la question restant de savoir s'il peut exister un point de rencontre entre les deux. Le pari du film est de répondre oui, et quiconque a un peu baroudé sait que ces miracles existent parfois. La question n'est donc plus de savoir si on présente là un modèle, mais bien de se réjouir que nous soit proposée une vision, une perspective. Même s'il ne devait y en avoir qu'un-e, ces combats méritent d'être menés.
Bien-sûr, on pourrait toujours perdre son temps à détailler certaines facilités, certains raccourcis. N'attendez pas une présentation détaillée du Compagnonnage, ce n'est pas le sujet. C'est simplement une référence, un cadre original, juste ce qu'il faut informatif. Et grâce à des comédiens de premier plan, l'ensemble reste solide, la fin un peu facile pouvant même provoquer chez les moins blasés un sentiment de bien-être. Simple, efficace, positif : vu la morosité ambiante et toutes les tentations de sacrifier le vivre ensemble, c'est au final une très douce surprise.