"Le voir surfer représente tout pour moi."
Présenté en ouverture à la Semaine de la Critique à Cannes, puis au Festival d'Annecy, ce film d'animation franco-belge, adaptant le roman (autobio)graphique d'AJ Dungo et réalisé par la cinéaste franco-vietnamienne Phuong Mai Nguyen (la série animée «Culottés», adaptée des BD éponymes de Pénélope Bagieu), qui signe ici son premier long-métrage, faisait partie de mes grosses attentes de ce début d'été, me promettant, au vu de sa bande-annonce et des premiers retours très élogieux, un raz-de-marée émotionnel et un nouveau coup de cœur animé après «Jim Queen» en juin.
Et malheureusement, je n'ai pas été emporté par ce «In Waves».
D'un point de vue formel, pas grand-chose à redire :
l'animation s'avère d'une grande maîtrise (même si le côté un peu saccadé dans les mouvements des personnages pouvait me faire tiquer dans les premières minutes), voguant entre pastel épurée et animation plus moderne (collant bien à l'esthétique colorée californienne), et parvenant à capter une certaine émotion et poésie, en particulier dans ses séquences aquatiques, semblant loin de tout, et surtout du réel.
Quant à la musique signée par le duo français Oklou-Rob, celle-ci s'accorde bien avec l'animation et participe à l'ambiance parfois plus onirico-planante du film.
Là où le film ne m'a pas autant convaincu que je l'espérais, c'est au niveau narratif.
Cette histoire d'amour, de maladie et de deuil, j'ai eu l'impression de l'avoir vu bien trop de fois (malgré un décorum un peu différent). Et cette impression n'a pas quitté mon esprit durant tout le film.
Un film cochant les cases habituelles (avec ses hauts et ses bas) de ce type de dramaturgie à l'émotion trop souvent surlignée et par conséquent trop peu palpable pour que je puisse vraiment entrer en empathie avec ses protagonistes, avec ce couple qui tente de se soutenir mutuellement et de croire à un avenir possible, malgré le dénouement inévitable (et un peu prévisible aussi).
Il s'agit du cœur du film, mais un cœur dont j'ai trop souvent perçu les ficelles pour m'y attacher vraiment.
Une œuvre qui m'a un peu rappelée l'excellent «Le Sommet des Dieux», où la glace et la neige remplaçaient l'eau, et devenaient, comme ici, une sorte de métaphore au courage et au dépassement de soi, malgré les épreuves qui nous font face. Et ce jusqu'à disparaître et accepter de ne plus faire qu'un avec son environnement.
À la différence que j'ai été plus immergé dans ce film sorti en 2021 que ce «In Waves», à l'image de ces séquences en noir et blanc revenant aux origines de la culture hawaïenne, là sans être là, et finalement pas totalement abouties au cœur du récit.
Sans oublier certaines petites ellipses un peu trop rushées. J'aurai presque préféré que le film dure un peu plus longtemps, pour faire exister davantage ces moments de vie.
C'est dans ses moments plus suspendus (et donc un peu plus imprévisibles), dans ses moments de silence, que le film m'a plus accroché, quand il sort un peu de son narratif plus programmatique et se permet quelques virages plus contemplatifs.
Ce type d'histoire intimiste, et flirtant ici souvent avec un certain mélodramatisme, peut soit nous submerger d'émotions, soit nous laisser à distance.
Et personnellement (et je le regrette un peu), c'est ce second ressenti qui me reste en tête dans les jours qui suivent la projection, l'impression d'avoir été simple spectateur d'un film qui aurait pu bien plus me toucher.
Mais comme on le dit, une émotion ne se commande pas. C'est ce qui fait l'imprévisibilité et par extension la beauté du cinéma.
Je vous invite évidemment à vous faire votre propre avis sur cette histoire de surf et de résilience.
Peut-être parviendrez-vous plus facilement à lâcher prise et à vous laisser porté par cette œuvre semblant malgré tout sincère dans sa démarche et formellement très aboutie. 6,5/10.