Je l’avais vu en salle, à sa sortie. Je viens de le revoir. Et je confirme. Une claque. Pas une gifle légère, pas un simple uppercut de cinéma indépendant. Une claque magistrale, frontale, inoubliable.
Rodeo, ce n’est pas un film. C’est une déflagration. Une matière brute et vivante, une fiction habitée, un poème en roue libre, écrit à même la peau. D’ailleurs, à ceux qui parlent de “rodéos urbains”, je me demande encore s’ils ont vu le film ou simplement lu son titre. Il n’y a aucun rodéo urbain dans Rodeo. Aucune apologie de quoi que ce soit.
Ce qui se joue ici, c’est autre chose. Quelque chose de l’ordre de la grâce. Le film de Lola Quivoron est un premier long-métrage et pourtant, on dirait le geste d’une cinéaste déjà au sommet de son art. La mise en scène est d’une précision folle, mais jamais froide. Tout y est fiévreux, tendu, viscéral. La caméra épouse les corps, caresse les moteurs, embrasse le bitume, et soudain, on est emporté. C’est éblouissant. Hallucinant, au sens propre. On sort de Rodeo comme d’un rêve lucide. Juste sous tension. Suspendu entre ciel et asphalte.
Et puis il y a Julie Ledru, absolument foudroyante. Elle ne joue pas. Elle est. Magnétique, électrique, indomptable. Elle porte le film avec une intensité rare, de celles qui transpercent l’écran. Autour d’elle, un casting juste, habité, bouleversant de vérité.
Je ne sais pas comment Lola Quivoron a réussi ce tour de force. Peut-être parce qu’elle aime ses personnages jusqu’au vertige. Parce qu’elle donne à voir sans expliquer. Parce qu’elle laisse la poésie naître là où on l’attend le moins : dans un garage, sur une route, dans un regard.
Il y a des films qu’on regarde. Et il y a ceux qui nous regardent. Rodeo est de ceux-là. Il nous fixe, nous emporte, nous percute. Et longtemps après, il reste. Comme une brûlure. Comme une promesse.
Un coup de cœur ? Non. Un coup de foudre.