Le principal motif d’étonnement dans ce film qui parle d’une chute et d’une rédemption autour de l’alcool, c’est que le personnage principal est une jeune femme très ordinaire, alors que des règles invisibles édictaient que tout scénario traitant de l’alcoolisme, qu’il y ait rédemption ou pas, devaient avoir pour personnage central un homme, ou alors une femme dotée de “caractéristiques spéciales” telles que prostitution, toxicomanie ou maltraitance. Le principal motif de satisfaction est que cette jeune femme est jouée par Saoirse Ronan, toujours aussi juste. C’est vrai, ‘Leaving Las Vegas’ était un film mémorable mais trop romanesque, trop scripté, trop affecté pour être honnête. Ici, c’est un schéma tristement ordinaire, celui d’une addiction qui finit par phagocyter la totalité d’une existence et des promesses qu’elle recelait, et l’actrice trouve toujours le juste ton, sans jamais en faire trop. La narration éclatée, qui désoriente un peu, était peut-être superflue, encore qu’elle permette de découvrir la tragédie de Nora par petites touches, tout comme cette tendance à appuyer sur l’hédonisme du monde d’avant ou à styliser à l’excès certains passages. Ce sont peut-être simplement mes goûts personnels, qui me font préférer d’autres facettes du vagabondange mental de la jeune femme, qui se remémore des détails et des anecdotes qui peuvent sembler a priori totalement hors-sujet, s’éblouit de petites choses découvertes ou redécouvertes…et pour cette rêverie du promeneur solitaire, la solitude insulaire battue par les vents de Papa Westray, l’îlot le plus isolé des Orcades, est un formidable écrin.