Loveable – Et si s’aimer était plus difficile qu’aimer l’autre ?
Lilja Ingolfsdottir signe un premier long-métrage d’une justesse renversante, où l’intime devient politique, et où chaque silence résonne comme un cri qu’on n’a jamais osé pousser.
Pas besoin de scènes spectaculaires pour bouleverser. Loveable raconte ce qu’on vit tous un jour ou l’autre : l’érosion douce et cruelle d’un lien, ce moment où l’on se regarde à peine et où le quotidien devient un champ de ruines émotionnelles.
Maria et Sigmund, couple en apparence solide, voient leur relation s’effondrer. Lui part, elle reste. Mais c’est justement ce vide qui déclenche une tempête intérieure. Ici, pas de héros, pas de coupable : juste deux âmes fatiguées de se porter, de s’inventer encore une raison d’y croire.
Car parfois, aimer ne suffit pas. Et ce n’est pas un manque d’amour, mais un excès d’ombres.
Helga Guren (Maria) offre une performance bouleversante, tout en retenue et en creux. Son regard dit plus que mille lignes de dialogue. Elle est cette femme qu’on croise tous les jours sans voir sa détresse, cette mère qui assure, cette compagne qui plie sans rompre… jusqu’au jour où ça casse.
Oddgeir Thune (Sigmund) campe un homme désarmé face à la complexité de ses propres émotions. Il ne fuit pas par lâcheté, mais par saturation. Leur couple est crédible parce qu’il est ordinaire — et c’est là que ça fait mal.
Lilja Ingolfsdottir filme au scalpel. Chaque plan respire l’authenticité. Les décors sont réels, habités, sans filtre ni mise en scène clinquante. Elle capte les gestes minuscules, les tensions invisibles, les silences coupants. On pense à Bergman, forcément. Mais aussi à la tendresse d’un Joachim Trier ou au réalisme cru de Marriage Story.
Le motif du miroir revient souvent : reflet de soi, double piégé, image figée. Maria se regarde, se confronte, se cherche. Et dans un moment fort, brise le quatrième mur.
Elle ne regarde plus la caméra. Elle nous regarde, nous. Et nous demande, en creux : “Et vous, vous vous aimez ?”
Le film parle aussi de charge mentale, de ce « troisième shift » que les femmes connaissent bien : celui d’organiser la maison, les émotions, la mémoire familiale. Loveable dépeint ce fardeau sans discours, juste par les faits. Et c’est encore plus puissant.
Le choix des prénoms n’est pas anodin non plus : Maria, archétype maternel par excellence ; Sigmund, écho limpide à Freud.
Deux figures symboliques, deux inconscients qui se percutent après s’être trop enlacés.
Mais ce qui fait la force de Loveable, c’est que la rupture n’est pas une fin. C’est une mue. Maria plonge dans ses blessures pour en ressortir entière. Pas plus forte. Juste plus vraie.