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Ça commence dans un miroir, ou peut-être une flaque. Une image d’Abel Tesfaye, mais inversée. Déjà, il n’est plus lui-même. Le film non plus.
Shults ne raconte rien. Il expose une infection. Une nuit comme une plaie qui ne coagule pas. Pas de début, pas de résolution. Juste un glissement. Le luxe moite d’Hollywood comme cercueil climatisé. Des couloirs de verre, des regards qui transpirent. Jenna Ortega surgit, comme une ligne de coke incarnée, et Barry Keoghan murmure à l’oreille de la paranoïa. Ils ne jouent pas. Ils hantent.
On croit suivre une star poursuivie. Mais la seule chose qui le poursuit vraiment, c’est lui-même. Le thriller se dissout en trip auditif. Des flashs, des cris étouffés, un drone qui remplace la musique. Il n’y a pas de rythme, il y a une pression intracrânienne. C’est là que le film se place : entre deux battements.
La caméra ? Une prédatrice. Elle n’éclaire jamais ce qu’on veut voir. Elle guette les failles. Chaque plan semble volé à un rêve fiévreux. Pas d’exposition. Pas d’explication. Juste l’errance d’un homme qui a perdu son image en la regardant trop longtemps.
Le montage, fractal. Les ellipses font des trous dans le réel. On saute, on tombe, on recommence. Il faut accepter de ne rien comprendre pour commencer à ressentir. Comme quand on écoute une chanson en boucle sans savoir pourquoi.
Shults filme l’identité comme une maladie sexuellement transmissible. À force d’être regardé, on devient un fantôme consensuel. Ce n’est plus de la célébrité. C’est de l’érosion.
Abel Tesfaye n’“interprète” pas. Il dérive. Sa performance est un trou noir. Tout s’y engloutit. Ortega, magnétique, l’observe fondre avec une tendresse sadique. Keoghan, lui, est l’ombre portée du malaise. Chaque apparition est un symptôme.
Est-ce un bon film ? Mauvaise question. C’est une expérience, un poison lent, une hypnose inversée. Il faut le voir fatigué. Ou amoureux. Ou après trois nuits sans sommeil.
Shults signe un rêve toxique. Un film qui ne veut rien dire, mais qui dit tout. Il suffit de se laisser contaminer.
Note : Aucune .... aucune ne conviendrait.