Je vais être honnête : ce n’est pas une critique que j’ai écrite facilement.
D’habitude, j’aborde les films avec un certain recul, parfois du cynisme, souvent de l’humour noir. Mais TKT m’a obligé à poser cette carapace. Parce que ce film m’a touché là où le cinéma touche rarement : dans l’intime.
Je regarde ce film à la fois comme amateur de cinéma, mais aussi comme ancien harcelé scolaire, et aujourd’hui comme père d’une adolescente de 14 ans, entrée dans cet âge fragile où une petite contrariété, anodine à nos yeux d’adultes, peut devenir pour eux la fin du monde. Autant dire que mon regard critique, habituellement le plus objectif possible, était forcément impacté. Et je l’assume.
Rien que le titre, TKT, m’a percuté.
Ces trois lettres, je les ai moi-même envoyées des dizaines de fois adolescent, pour rassurer ma famille alors que, justement, ça n’allait pas. Ce faux apaisement, ce mensonge protecteur, le film en fait un symbole glaçant. Parce que derrière un “t’inquiète”, il peut y avoir une détresse immense.
La grande force du film est de montrer que le harcèlement n’est pas toujours frontal, ni spectaculaire. Il est insidieux, collectif, parfois banal. Il se glisse dans des regards, des silences, des rires gênés, des vidéos partagées trop vite. Aujourd’hui, les adolescents ont entre les mains des armes émotionnelles redoutables : leurs téléphones (comme cité dans le film :
une arme mortelle entre leurs mains
). On a beau se préparer, prévenir, dialoguer, accompagner au mieux nos enfants, on se rend compte, souvent trop tard, qu’on reste parfois à côté de la plaque.
Le parti pris de mise en scène de Solange Cicurel, avec ce point de vue décalé, presque fantomatique, m’a profondément marqué. Il permet de reconstruire les événements comme une enquête intime et douloureuse, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Oui, le film est pédagogique. Oui, il est démonstratif. Mais ici, ce n’est pas un défaut : c’est une nécessité.
Et puis il y a Lanna de Palmaert, que je découvre avec ce film. Elle m’a littéralement bouleversé. Son jeu est d’une justesse remarquable, sans surjeu, sans effets. Elle incarne Emma avec une fragilité et une vérité rares. On ne la regarde pas jouer : on la ressent. Elle porte le film avec une maturité impressionnante.
Le duo parental interprété par Émilie Dequenne et Stéphane De Groodt est tout aussi marquant. Leur impuissance, leur amour, leur incompréhension face à ce qui leur échappe résonnent douloureusement quand on est parent. Savoir qu’il s’agit du dernier film d’Émilie Dequenne ajoute une émotion supplémentaire, presque insoutenable par moments.
Enfin, un mot sur la musique, que j’ai trouvée remarquable : jamais envahissante, toujours juste, elle accompagne la descente aux enfers sans la forcer, laissant respirer les silences et les regards.
TKT n’est peut-être pas un film “parfait” au sens cinéphile strict. Mais c’est un film nécessaire, honnête, profondément humain. Un film qui doit être vu, discuté, débattu en famille, à l’école, partout où la parole doit encore se libérer.
Je suis sorti de la salle ému, inquiet, mais reconnaissant. Reconnaissant qu’un film ose rappeler que derrière un “t'inquiète”, il peut y avoir un cri que personne n’entend.