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Un père. Une fille disparue. Ça devrait être simple. Ça ne l’est pas. Parce que la disparition, ici, c’est pas une absence nette — c’est un trou qui s’agrandit, qui avale tout. Le visage de Bonnard, usé, regard sans repos : Albert. Il ne cherche pas, il s’enfonce.
Et puis elle arrive. Sayoko. Psychiatre, silhouette froide. Pas alliée, pas ennemie. Présence. Elle marche à côté, sans qu’on sache pourquoi. Comme un écho. Comme une ombre qui prend la parole.
Ils interrogent. Non — ils arrachent. Les suspects, un par un. Et chaque fois, la vérité se dérobe. Une autre version. Un autre coupable. Une autre piste. Ça tourne. Encore. Encore. Comme un serpent. Le film porte bien son nom : jamais droit, toujours sinueux.
Kurosawa filme le vide. Des couloirs, des parkings, des pièces fermées où les voix résonnent trop. Pas de musique pour consoler. Juste le bruit de la respiration, trop lourde. Le temps qui traîne. Une lumière qui ne réchauffe pas.
On voudrait comprendre, mais comprendre quoi ? La vérité n’arrive jamais. Elle fuit. Elle se retourne. Chaque visage dit et se contredit. Albert veut justice, mais ce qu’on voit c’est autre chose : la vengeance qui le creuse, qui le dévore. À force, il ne reste plus que ça : un corps en marche, vidé de tout, qui s’accroche à un mot comme à une arme.
Et Sayoko… miroir, piège, guide ? On ne sait pas. Elle regarde. Elle écoute. Elle laisse Albert brûler dans son obsession, comme si c’était écrit d’avance.
À la fin, rien ne se ferme. Le cercle reste cercle. Le serpent continue de mordre. Et nous, on sort avec cette impression bizarre : il n’y a pas de vérité. Seulement des versions. Des fantômes. Et un homme qui court derrière l’ombre de sa fille — mais qui ne rattrape que son propre gouffre.