Alors qu'il écrivait Astérix et Obélix, l’Empire du milieu avec Julien Hervé, avec qui il a co-réalisé Le Doudou, Philippe Mechelen avait de nombreux rendez-vous dans les bureaux d'Hachette. Dans les couloirs étaient exposés les plus grands succès de la maison d'édition, dont Le Guide du Routard : "Je me suis dit que ce guide connu de tous serait un super prétexte au voyage, avec en plus un très bel état d’esprit, des valeurs. J’ai commencé à imaginer une comédie d’aventure en racontant les coulisses du Routard..."
Le Guide du Routard a été fondé par Philippe Gloaguen, inventeur du concept et unique propriétaire de la marque. L'idée est née après un séjour en Inde en 1972 où il avait noté dans des carnets toutes les adresses et les bons plans à retenir. Il a d'abord été publié dans le magazine Actuel, puis a essuyé une trentaine de refus de maisons d’édition avant d’être édité sous le format qu’on lui connaît par Hachette.
Gloaguen a donné son accord à Philippe Mechelen pour le film après quelques rendez-vous. Le réalisateur se souvient : "Durant toute l’écriture, la préparation, le tournage et même jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas cessé d’échanger. Je me sens chanceux d’avoir eu à transmettre, (à mon tour et à ma façon), cet héritage précieux..."
Le réalisateur et scénariste a choisi le Maroc comme cadre du film car il s'agit, pour Le Guide du Routard, de la plus grosse vente sur les destinations à l’étranger. Philippe Gloaguen a lui-même visité Marrakech de fond en comble pour rédiger le guide.
Passionné de B.D., Philippe Mechelen a voulu retranscrire cette inspiration dans Le Routard : "Tout ce que j’ai pu écrire depuis 25 ans se réfère à ma passion pour la bande-dessinée. Les Tuche pour moi sont des personnages de B.D projeté dans le monde réel... Là, avec Le Routard, j’ai fait l’inverse : je suis parti de la réalité du guide, le travail quotidien de la rédaction, les missions à remplir, (8 adresses par jour à visiter et raconter), mais en effet je transforme tout cela en comédie d’aventure".
Le film ne pouvait pas se concentrer uniquement sur les visites de Yann Tatin à travers la ville. Le personnage de méchant de Michel Blanc, le commissaire de police marocain surréaliste incarné par Youssef Hajdi, ou encore le couple d'expatriés français joués par Alice Taglioni et Philippe Lefebvre, injectent un esprit B.D. à la comédie. Dans cette volonté de rappeler la B.D., le réalisateur a fait appel à une graphiste, Agathe Sayegh, pour imaginer des cartes animées où l’on suivrait le périple du héros. Il ajoute : "En fait et en toute humilité, j’ai beaucoup pensé à Tintin dans Le crabe aux pinces d’or d’Hergé ou aux albums d’Astérix de Goscinny-Uderzo. C’est ce qui me faisait voyager étant jeune..."
Si le film montre les locaux du Guide du routard, situés dans un immeuble de trois étages à Paris, il s'agit en fait d'un pur décor de cinéma. L'équipe ne pouvait pas tourner dans les vrais locaux pour des raisons techniques, et pour ne pas déranger la rédaction. La reconstitution a eu lieu dans des studios à Stains, en dupliquant ou en empruntant de véritables éléments comme les colonnes de livres qui vont du sol au plafond par exemple.
La partie du film se déroulant à Marrakech a vraiment été tournée au Maroc. Le réalisateur a travaillé avec l'équipe de Lions Productions & Service, "des gens formidablement expérimentés avec une nouvelle génération de techniciens marocains désormais très recherchés [...]". L'équipe était en repérage dans la Médina lors du tremblement de terre de septembre 2023, et a quitté le pays le lendemain du séisme, "car ce n’était plus vraiment le lieu pour préparer une comédie", justifie Philippe Mechelen.
La production s'est demandée si elle allait bien tourner au Maroc après cette tragédie, d'autant plus que les décors qui avaient été repérés étaient détruits. Mechelen explique : "nos amis là-bas nous ont dit « si vous voulez vraiment aider ce pays, revenez »... Beaucoup de gens avaient été engagés pour le film et les priver de travail n’aurait fait qu’aggraver la catastrophe... En arrivant quelques semaines plus tard, nous avons constaté que tout était en reconstruction. D’ailleurs, le jour d’après le tremblement de terre, les marchands étaient déjà de retour sur la Place Jemaa el-Fna car ils n’ont pas le choix. Oui il y a eu des dégâts, des victimes mais la vie doit reprendre. On ne choisit pas..."
Le réalisateur a découvert Hakim Jemili dans Docteur, comédie de Tristan Séguéla avec déjà Michel Blanc. Les deux hommes se sont d'abord rencontrés pour un autre projet qui ne s’est pas concrétisé, avant de se retrouver et de collaborer pour de bon sur Le Routard. Philippe Mechelen déclare au sujet de son acteur principal : "J’aime la bonhomie de ce personnage, ce côté grugeur pas méchant, un peu roublard. Hakim est un excellent comédien qui a su lui donner vie dans toutes ses nuances car il sait jouer plein de choses..."
Si La Cache est le dernier film dans lequel Michel Blanc a tourné, Le Routard marque sa dernière apparition à l'écran, la comédie de Philippe Mechelen sortant deux semaines après le film de Lionel Baier. Le réalisateur a rencontré Michel Blanc grâce à Jean-Paul Rouve, qui lui donnait la réplique dans Les Tuche 4 et dont Mechelen est le scénariste. Il se souvient : "Il a accepté de venir au Maroc pour interpréter le Docteur Charoux, ce personnage de méchant. Je dois dire que me retrouver avec le tandem Clavier-Blanc devant ma caméra est un vrai cadeau. Ils ont énormément de points communs, à commencer par une immense rigueur lors des lectures du scénario sur le choix des mots, ce qu’ils doivent incarner, la comédie..."
Philippe Gloaguen, fondateur du Guide du Routard, apparaît dans le film dans son propre rôle : "Philippe Mechelen m’a proposé cette apparition en forme de gag et j’ai accepté avec plaisir. Je crois que le métier d’acteur ne me convient guère, alors que je suis très à l’aise sur un plateau de télévision où l’on me demande de parler du Guide du Routard..."