Alors qu'elle effectue ses premiers pas dans le lycée de la petite ville où elle vient tout juste d'emménager avec son cousin, Chris découvre un mystérieux objet dans le casier qu'on lui a attribué : une espèce de sifflet aztèque ayant provoqué de méchantes envies de devenir un barbecue humain à son ancien propriétaire. Évidemment, quand une membre de sa nouvelle bande d'amis décide d'essayer le mystérieux objet, les choses tournent rapidement au vinaigre...
Les objets antiques maudits jalonnent depuis des décennies le cinéma d'épouvante et, quand ils tombent entre les mains d'adolescents, cela devient encore plus vecteur d'effroi face à la qualité du film qui peut en résulter. Par exemple, pour atteindre récemment quelques très bons films comme "La Main", il nous aura fallu déambuler au sein d'une brocante d'infernales teen-épouvanteries dans lesquelles on aurait bien participé nous-mêmes à la malédiction en jeu pour éradiquer définitivement les héros ados qui les peuplent -et de "I Wish" à "Les Cartes du Mal", il y a vraiment de quoi faire, croyez-nous !
Alors, forcément, quand débarque un film sur un sifflet aztèque que l'on nous dit capable d'invoquer les morts (dans un premier temps) et tombé entre les mains d'un groupe de lycéens, nos yeux ont tendance à entamer un processus de révulsion à la seule pensée des pics affligeants qu'un tel bidule a la capacité d'atteindre. Mais, heureusement, ce petit "Whistle" ne nous a pas coupé le sifflet par sa nullité comme tant d'autres passés avant lui !
Remarqué pour son sympathique "Le Sanctuaire" en 2013, le britannique Corin Hardy s'était ensuite pris les pieds dans la soutane de l'épouvantable "Nonne" (première du nom) en s'essayant à l'épouvante mainstream US au sein du Conjuring-verse et avait sans doute à cœur de démontrer que sa patte pouvait apporter un peu plus de singularité dans ces productions trop souvent copiées-collées l'une de l'autre.
En ce sens, la mission est partiellement réussie car, mine de rien, "Le Sifflet" se démarque du lot assez vite par son cadre de petite ville américaine abordée de façon beaucoup plus sombre qu'à l'accoutumée.
Les couleurs ternes d'une petite cité industrielle en faillite sous un ciel gris figé, dominée par les rouages broyeurs de l'aciérie locale, semblent en effet vouées à étouffer la moindre once d'espoir, d'avenir de la population jeune des lieux. Les quelques représentants de l'âge adulte sur lesquels ils devraient compter (la figure religieuse locale, celle de l'autorité scolaire) nous sont avant tout présentés par les vices qui semblent les avoir emportés au point de non-retour, quand ils ne sont tout simplement pas absents (on ne verra pour ainsi dire qu'un, et très rapidement, couple de parents pendant tout le film). Tous ces ténèbres adultes paraissent également avoir commencé leurs œuvres de contagion sur cette nouvelle génération qui connaît déjà -et bien trop tôt- l'enfer du deuil, de la drogue, du désarroi sentimental, de la pression sociale ou encore de la maladie...
Sans compter le prénom complet mortifère de l'héroïne (Chrysanthème, ça ne s'invente pas), cette noirceur ambiante palpable va bien entendu trouver sa plus vive exaltation dans la malédiction dont la petite bande se retrouve être la cible: la confrontation littérale à sa propre mort.
Franchement bien pensée, le film imagine une espèce de dualité façon yin et yang où notre mort personnelle, en tant qu'entité propre, serait en perpétuelle recherche de notre être vivant jusqu'à le rejoindre au fatidique moment qu'elle n'a cessé d'incarner par ses traits. Ici, par la faute du bruit strident issu du sifflet séculaire, le processus de rencontre entre le vivant et le mort jugulant nos existences s'en retrouve ainsi bouleversé et accéléré, mettant sur la route de ces adolescents l'image de leurs décès (souvent violents) prêts à aspirer des étincelles de vie qui n'ont même pas encore eu le temps de se consumer.
Pas mal d'ingrédients étaient donc là pour, sous couvert de frissons, nous faire un long-métrage plutôt original, pertinent et efficace sur le mal-être adolescent mais, malheureusement, ces qualités sont contrebalancées par la frilosité de ce "Sifflet" à s'émanciper du carcan scénaristique habituel de la teen-épouvanterie, qui suit un cheminement "apparitions du phénomène/enquête sur les origines/solution miracle pour en briser la chaîne meurtrière" que l'on a vu de trop nombreuses fois dans des films terriblement plus mauvais. Et, emporté par cette boussole archi-convenue de la progression de son récit, "Le Sifflet" manque cruellement d'impact dans les méandres de son amourette fil rouge pas des plus transcendantes (dommage car Dafne Keen s'y montre touchante) ou de la révélation de la clé de la survie de ses principaux protagonistes, hélas beaucoup trop proche de celle d'un opus de "Destination Finale".
Dommage car ce que cherche à faire Corin Hardy avec sa malédiction pour en faire le porte-voix des cris d'une génération engluée dans l'obscurité des précédentes n'est vraiment pas idiot et son film, notamment dans sa deuxième partie, réserve de belles surprises du côté de ses exécutions inventives mais, à trop vouloir rester dans des standards calibrés pour le plus grand nombre, son "Sifflet" n'aura sûrement pas une portée aussi forte qu'il l'aurait voulue pour nous rendre sourds au-delà de son visionnage.