Nicolas Keitel emballe un premier film sensible et très assuré. Partant d’une prémisse que l’on pourra peut-être juger comme flirtant avec les frontières de la crédibilité, il déroule le programme d’une œuvre à la frontière entre le mélodrame, le suspense et le drame familial. Le prologue, profondément tragique et qui cristallisera les enjeux dramatiques qui vont suivre, est d’une intensité indéniable. Il émeut et pose les bases d’une histoire familiale qui va hanter ses membres durant près de deux décennies. « Louise » va alors alterner la quête de vérité du personnage principal éponyme et des flashbacks revenant sur son parcours personnel. Ces retours en arrière sont, il est vrai, parfois un peu maladroits mais on passe outre.
La mise en scène de Keitel est raffinée, il soigne ses images dans un bel emballage feutré et soigné qui met en avant les prestations de ses actrices. Celles-ci ont de la matière en or pour faire exister leurs rôles respectifs. Le cinéaste leur a écrit de très beaux personnages, meurtris, avec un passif fort. Diane Rouxel, Salomé Dewaels et Cécile De France, respectivement filles et mère, apportent leur talent et leur sensibilité à ces partitions doloristes et immensément poignantes. En revanche, si elles jouent toutes les trois particulièrement bien, le personnage de Diane Rouxel est sur un registre qui rend les réactions des deux autres parfois un peu incompréhensibles. On se dit qu’il est étrange qu’elles n’aient pas de doute sur cette jeune femme sortie de nulle part qui s’immisce dans leurs vies ou qu’elles ne la considèrent pas comme intrusive en étant plus méfiantes. C’est cet aspect quelque peu rocambolesque, appuyé par des situations et des réactions pas toujours réalistes, qui cassent un peu notre adhésion à ce qui se joue devant nos yeux.
Si, au début, le film prend son temps pour poser ses pions et qu’il peut souffrir de quelques errements narratifs qui se ressentent sur le rythme, il ne fait que gagner en puissance au fur et à mesure qu’il progresse. « Louise » s’érige ensuite comme un drame fort et qui prend aux tripes. Les révélations sont distillées au compte-gouttes et le mystère s’éclaircit avec beaucoup de délicatesse et d’émotion. Alors, quand le final tant attendu arrive, Keitel ne rate pas ses effets. La fin est bouleversante et cathartique au possible. Difficile en effet de retenir ses larmes avec cette résolution évidente qui vient comme un soulagement. Voilà donc une première œuvre prometteuse et bien écrite qui, malgré ses défauts de cohérence, nous touche en plein cœur.
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