Il y aurait actuellement autour de 5 millions de réfugiés afghans en Iran. Même s'ils parlent la même langue que les habitants de leur pays d'adoption, ils n'en sont pas moins, la plupart du temps, que des citoyens de seconde zone, susceptibles d'être expulsés, pour des raisons plus ou moins sérieuses. Ce sont eux qui sont au premier plan dans Au pays de nos frères, premier long métrage de Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi. Les réalisateurs ont habilement choisi de raconter trois histoires situées chacune au début d'une des décennies de ce siècle. Si les films à "sketches" se caractérisent assez souvent par leur intérêt inégal, ce n'est pas le cas ici, dans un triptyque qui varie les situations et les personnages pour, au final, dégager une impression homogène de mépris, voire de racisme, de la part de la population née en Iran vis-à-vis de ces "frères" néanmoins étrangers. Aucun excès, pas plus mélodramatique que outrancier, n'est à déplorer dans un film qui montre une grande tendresse pour ses personnages aux abois, soumis à un certain arbitraire, et obligés de composer en fonction, y compris par le mensonge, quand cela est vital. Le cinéma de Amirfazli et de Ghasemi n'a certes pas la puissance de celui d'un Mohammad Rasoulof, par exemple, mais leur maîtrise narrative et la douceur trompeuse de leur mise en scène se révèlent parfaitement adaptées au type d'histoires, édifiantes, pour lesquelles ils ont opté.
En Iran, les réfugiés afghans vivent dans une précarité extrême, souvent exploités et sous la menace constante d’expulsion. Au pays de nos frères met en lumière cette réalité en dressant un parallèle saisissant entre leur sort et celui des chiens errants, deux existences marquées par la marginalisation et l’incertitude. Le film retrace plusieurs décennies d’exil, montrant à quel point l’accès à la nationalité iranienne ou l’espoir d’une vie meilleure en Europe sont semés d’embûches. Malgré une fraternité religieuse affichée, la réalité est bien différente : discriminations, abus de pouvoir et rejet sont le quotidien de ces hommes et femmes.
Dans cet environnement hostile, le mensonge devient un réflexe de survie. Il permet d’éviter l’expulsion, de rassurer ses proches, de garder une lueur d’espoir. Certains, à bout de solutions, choisissent de s’engager dans l’armée iranienne, malgré les risques et les sacrifices que cela implique. Le film met aussi en avant des traditions comme le jour des morts, un moment chargé de sens pour les réfugiés, qui leur rappelle douloureusement tout ce qu’ils ont perdu. Derrière cette fresque humaine, Au pays de nos frères raconte avant tout une lutte : celle de rester debout face à un système qui broie les plus vulnérables.
Avec sa narration fragmentée, le film tisse trois récits à travers le temps, offrant une plongée intime et bouleversante dans le parcours des exilés afghans. Il met en perspective l’évolution des politiques migratoires et les choix impossibles auxquels ces réfugiés sont confrontés. Son titre, à première vue fraternel, prend alors un tout autre sens : il souligne avec amertume le décalage entre les discours et la réalité. Entre espoir et désillusion, Au pays de nos frères interpelle sur la condition des exilés et la fragilité d’un avenir que beaucoup rêvent, mais que peu atteignent.
On est certes loin des grands films iraniens qui arrivent régulièrement sur nos écrans, mais il me semble, et c'est suffisamment rare pour être souligné, que le sujet n'a encore jamais été traité au cinéma. Et le procédé scénaristique, trois destins sur trois décennies différentes, est efficace.
Au pays de nos frères est assurément un beau film, bien construit, bien interprété, très bien mis en scène, et traitant d'un sujet fort. Tout le film repose sur le lien entre clandestinité et secret ou dissimulation. Être un réfugié sans papier, même au pays de nos frères, soumet à des diktats autoritaires, à des menaces, à des sacrifices. L'ensemble se présente sous la forme de trois récits, dont les liens restent assez ténus, et qui présentent des situations complémentaires. Difficile de critiquer un tel film, tant c'est réalisé avec une juste sincérité et traite de sujets légitimes. Le récit est essentiellement fondé sur l'indignation, ce qu'il vaut mieux savoir avant de s'y rendre car cela place le spectateur dans une situation particulière, telle qu'on l'a connue chez Ken Loach, et d'autres. Disons enfin que l'ensemble est assez classique (même si très bien exécuté) ; Abbas Kiarostami ou Asgar Farhadi avaient produit des films plus sophistiqués sur des sujets similaires. On pense au Goût de la cerise, par exemple, ou plus explicitement à À propos d'Elly, lors d'une scène de plage semblable.
Un film plein de finesse dans l'expression des sentiments, des images et des rapports de classes. On peut regretter une sorte d'appel du pied à la bienséance politique atlantiste (invasion russe plutôt qu'entraide entre états souverains dans la lutte contre les bandes fanatisées armés par les États-Unis). Comme le lien entre les 3 histoires composant le film est le mensonge, en voilà un qui passera inaperçu et qui pourtant est la cause de toutes les guerres menées par les États-Unis par proxys fanatisés depuis plus d'un siècle. Un deuxième appel du pied semble être le traitement de l'homosexualité comme exercice obligé. Ici traité comme provocation artistique et sociale d'une réalité tabou, entre maître et esclave. Bonne critique de la société bourgeoise iranienne dans la deuxième histoire plus que du mensonge obligé de la servante qui passe pour une réalité anthropologique : est-il possible de survivre sans mentir ? De très bons acteurs non professionnels, filmés avec finesse.
Le « pays de nos frères », c’est pour l’Afghanistan l’Iran limitrophe où plus de cinq millions d’Afghans se sont réfugiés pour fuir les combats qui ensanglantaient leur nation. Les deux peuples partagent la même religion et la même langue (le dari est cousin du farsi).
Mais l’accueil réservé par l’Iran aux immigrés afghans n’est pas toujours bienveillant. C’est ce que raconte ce film avec trois histoires censées se dérouler à trois époques différentes (2001 après l’invasion de l’Afghanistan par les Etats-Unis, 2011 avec le début du retrait américain et 2021 après le retour des Talibans à Kaboul). Ces trois histoires mettent en scène des personnages d’une même famille élargie. Mais chacune se focalise sur l’un d’entre eux.
Dans la première, Mohammad, un jeune lycéen prometteur, est embarqué par la police à l’occasion d’un contrôle d’identité. Dans la deuxième, à mon sens la plus réussie, Leila, l’employée de maison d’un riche couple d’Iraniens, se voit contrainte d’étouffer la mort de son mari pour éviter d’être expulsée. Dans la troisième, Qasem cache à sa femme sourde-muette la terrible nouvelle qu’il vient de recevoir et qui, paradoxalement, leur confèrera la nationalité iranienne à laquelle ils aspiraient depuis de si nombreuses années.
Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi, aujourd’hui installés à New York et à Paris, ont réussi à tourner leur film en Iran, avec un financement français et néerlandais. La mise en scène est particulièrement soignée, l’image élégante, les acteurs bien dirigés, le propos poignant. L’organisation du film en trois parties le dessert, qui conduit à relâcher la tension chaque fois qu’une histoire se termine et qu’une autre commence. C’est la seule faiblesse de ce film par ailleurs très réussi.
A vu « Au pays de nos frères » de Raha Amirfazli et Alireza Ghazemi réalisateurs iraniens dont c’est le premier film. J’ai une passion pour le cinéma iranien et celui-là est tout à fait à l’image de ce que j’y aime. Une mise en scène délicate et épurée à la disposition de l’histoire, des psychologies affinées, la délicatesse de la suggestion, un message politique universel, intense mais jamais ostentatoire. Le film est construit en 3 chapitres, chacun étant espacé par 10 années (2001, 2011, 2021) se concentrant sur un personnage différent, Mohammad, l’étudiant (Mohammad Hosseini), Leïla, la bonne à tout faire (Hamideh Jafari), Quasem, le père de famille (Bashir Nikzad). Le point commun qui les relie est que les 3 personnages sont des réfugiés afghans en Iran sous la menace constante d’être expulsés et que le mensonge est leur arme de protection. Leur condition de précarité fait que Mohammed, Leïla et Quasem doivent taire l’inacceptable et survivre en silence. Les drames que les personnages vivent sont totalement hors champs et sur l’écran nous n’en voyons que les dramatiques .conséquences. Nous entrons à chaque fois de plein fouet dans ces 3 histoires d’une grande pudeur. Les chapitres vont crescendo dans leur force émotionnelle. Le film repose également sur l’interprétation extrêmement juste et puissante des trois acteurs non professionnels excellents. Très bon film.
Au pays de nos frère : film iranien vu en AP avec le co-réalisateur. Un film iranien n'est jamais inintéressant. Ici, ce sont des réfugiés afghans (ils sont des millions parait-il) qui se débattent dans un pays déjà passablement questionnable. Le film se présente sous forme de triptyque, les gens peu physionomistes dans mon genre peuvent se fourvoyer. A voir à plusieurs et prévoir un after.
Pour les afghans, les frères dont il s'agit, ce sont les iraniens : ils sont proches géographiquement, ils sont proches par leur langue et leurs cultures. Depuis des dizaines d'années, la situation de conflit et de de guerre qui règne dans leur pays a donc poussé de nombreux afghans à s'exiler en Iran. On parle de 5 millions d'afghans vivant en Iran, dans des conditions de plus en plus difficiles. Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi qui étaient presque certains à l'avance que leur film allait les contraindre à devenir eux-mêmes des exilés, ont réalisé un film qui, sous la forme de 3 court-métrages, raconte sur une vingtaine d'années les histoire d'un certain nombre de membres d'une famille afghane. Le réalisateur et la réalisatrice ont réussi à déjouer la censure iranienne dans la phase du scénario : bravo ! Le sujet est très fort : bravo ! Malheureusement, tout est beaucoup trop appuyé et réalisation fait beaucoup trop appel à des plans fixes beaucoup trop longs. Film vu aux Rencontres cinématographiques de Cannes 2024..
Le trypique, se déroule en Iran, le pays voisin où les frères et soeurs Afghan.e.s. s'exilent, fuient la guerre et l'invasion américaine dans les années 2000. Moyennement convaincue par la forme, j'ai trouvé le film long : pendant trois chapitres, nous suivons trois membres d'une même famille et de trois générations différentes. Le film permet de connaître l'envers du décor des réfugiés.
Vu en avant- première à l'Arras Festival Film en présence du réalisateur iranien, Alireza Ghasemi, "In the land of brothers" est un film complexe qui suit trois membres d'une même famille, le tout étalé sur trois décennies. L'Iran des années 2000 est plutôt accueillante en apparence pour ces réfugiés afghans et le jeune Mohammad qui y étudie. Seulement, quand la police s'en mêle, cette tentative d'intégration va tourner au cauchemar. A travers ces tranches de vie, le film dépeint ce que l'on pourrait appeler l'envers du décor tout en y mettant une bonne touche d'humanisme. Primé à Sundance, ces deux cinéastes iraniens livrent un récit en 3 chapitres assez intéressant mais ardu à suivre.
Vu au festival international du film politique de Carcassonne. Excellent film iranien qui nous plonge dans l’univers des migrants afghans en Iran. Très subtil.
film vu en avant première lors d'un festival de cinéma. Film poignant. l'espace temps ( 3 décennies) et le fait de suivre 3 personnes différentes apportent un vrai plus. c'est un film qui amène émotions et réflexions. j'ai vraiment adoré.
Le film est en fait construit en trois parties distinctes mais qui créent une fresque sur deux décennies où deux familles proches sont racontées en trois époques et drames différents. Le duo de réalisateurs-scénaristes dirige du début à la fin gardant ainsi une cohérence visuelle, puis le fil directeur reste les mêmes 4-5 personnages principaux. La première partie se situe en 2001, cette partie est touchante et triste, et démontre la fragilité sociétale dans laquelle se trouve les migrants afghans, et cela même s'ils sont des "frères". La seconde partie se situe en 2010, sur cette partie on ne comprend pas toujours les décisions de Leïla, car A ou B le choix ne changent pas les éventuelles conséquences et donc mensonge devient inutiles ou incompréhensibles. Puis arrivent la troisième partie, on est en 2021. Un film qui se lit sur deux niveaux, la plus évidentes est évidemment la situation litigieuses des migrants afghans, mais finalement, en filigrane, celle qui s'avère la plus pregnante et la plus intéressante car la moins galvaudée reste la question du mensonge et ses nuances. Site : Selenie.fr
Très intéressant film raconté avec beaucoup de tact sur trois Décennies , 2001, 2011 et 2021 , à travers trois récits distincts qui s'efforce de rendre compte de l’indifférence des Iraniens, et de la Communauté Internationale pour les réfugiés Afghans et en ça cette réalisation est réussie !