Maigret et le mort amoureux est une adaptation du livre Maigret et les vieillards, écrit par Simenon en 1960. Le titre que Pascal Bonitzer a choisi contient un paradoxe mêlant la mort à la vie. Il confie : "Simenon a écrit ce texte en sortant d’une crise personnelle, au milieu de sa vie. Il a mentionné cette crise dans des carnets. Il semble que l’écriture du livre l’a aidé à exorciser cette question de l’âge, question qui se pose à moi aussi par la force des choses. Les personnages de cette histoire sont âgés, et cependant pleins d’énergie. Le thème est aussi celui d’une vitalité paradoxale."
Pascal Bonitzer a choisi de situer l’action du film au début des années 2000, dans un milieu très conservateur en plein cœur du 7e arrondissement parisien. Le cinéaste précise : "Des aristocrates catholiques qui ignorent ou méprisent l’époque dans laquelle ils vivent. Simenon est un homme du XXe siècle ; son héros l’est aussi, avec les préjugés de son temps. Cela m’intéressait de le confronter au XXIe siècle."
"Maigret est un policier qui n’aime pas les figures d’autorité à l’ancienne, mais qui est aussi assez réfractaire à la modernité. Avec sa pipe, son alcoolisme discret, son épouse au foyer, il est un survivant face à la robotisation accélérée de notre monde."
Maigret et le mort amoureux est dédié au scénariste et écrivain Jérôme Beaujour, comme l'explique Pascal Bonitzer : "Nous avions adapté Agatha Christie ensemble avec Le Grand Alibi. C’était mon ami. J’étais et je reste très attristé par sa disparition. De même que j’avais dédié Le Tableau volé à Sophie Fillières, cela m’a paru naturel de lui rendre hommage ici. C’était quelqu’un d’absolument délicieux."
Le film intègre un tableau mystérieux qui, en réalité, est chargé d'une histoire personnelle pour le réalisateur Pascal Bonitzer. Ce tableau a été peint par sa mère et représente sa petite amie de ses 20 ans. Il l'a intégré à l'intrigue en expliquant : "Cela m’amusait de lui faire jouer un rôle." Un choix qui ajoute une dimension intime et personnelle à cet aspect surnaturel du film.
Dans la création des décors, un soin particulier a été apporté aux contrastes entre différents espaces de Maigret et le mort amoureux. Les intérieurs bourgeois "respirent l'ancien, le feutré" avec des "tentures bleues" pour l'hôtel particulier de la princesse, tandis que la police judiciaire est plongée dans un "décor vert pâle". Ce jeu de couleurs et de styles reflète l'intrusion de Maigret dans un monde qui lui est étranger, marquant une opposition nette entre le familier et l'inconnu.
Le montage de Maigret et le mort amoureux a été pensé avec une approche distinctive grâce à Monica Coleman. Le chef monteuse a ainsi "privilégié les coupes franches, les changements soudains", créant un récit nerveux et dynamique. Cette méthode influence notamment la manière dont les personnages, tels que Poteneaux, réagissent face à Maigret, en amplifiant leur état d'insécurité. Cette technique innovante avait aussi pour objectif éviter l'ennui par la tension continue instaurée au cours du film.
Pour la musique, Pascal Bonitzer a renoué avec le compositeur Alexei Aigui, avec qui il travaille depuis seize ans : "C’est un compositeur remarquable, avec lequel je travaille depuis Je pense à vous. J’aime le laisser faire. Je trouve qu’il y a une élégance discrète dans ses compositions, une qualité particulière de présence qui accompagne finement l’histoire qu’on raconte."
Denis Podalydès a déjà tourné pour Pascal Bonitzer. Les deux hommes avaient ainsi collaboré sur Rien sur Robert (1999). L'acteur confie au sujet de l'univers de Simenon : "Je connais mal son œuvre et j’en ai honte. En revanche, j’ai lu plusieurs Maigret avec un grand bonheur. Je me rends compte que ce que je dis du cinéma de Pascal pourrait se dire de Simenon, qui semble s’éloigner du réel et sans cesse y revenir, par mouvements concentriques et excentriques."
"Un meurtre a lieu dans un monde bien réel, un milieu social savamment exploré (il y a du sociologue chez Simenon), mais peu à peu, à la faveur de longues scènes d’interrogatoire - un bonheur pour les interprètes - la fable fait surgir un monde interlope, entre le rêve et l’abstraction, chargé d’affects étranges, de passions immenses et silencieuses, de violence rétrospective. On atteint une sorte de poésie, de grand lamento de la faiblesse humaine."