Un film multiforme et fascinant, un sommet d’ambiguïté, tant des personnages que de leurs relations.
Il fonctionne, au-delà de l’intrigue de base, par une succession de phrases à double sens, d’arrières pensées, de non-dits et de malentendus (dont le plus grand est celui d’Alicia qui accepte une mission, entre autres motivations, pour se faire valoir auprès de Devlin alors que Devlin souhaite qu’elle la refuse pour prioriser leur possible futur amoureux).
On est presque constamment dans le double jeu, de séduction et d’emprise, dans les relations entre les personnages, à commencer entre Alicia et Devlin, mais aussi entre Alicia et Alexandre, entre Alexandre et sa mère, entre les complices d’Alexandre, voire entre Devlin et sa hiérarchie….
Le scénario est excellent et les dialogues ciselés, et les personnages secondaires sont inquiétants, patibulaires d’un côté, sans scrupules ou états d’âme de l’autre.
La mise en scène est virtuose, tant dans la construction du film que dans la façon de saisir l’essentiel (comme le plan descendant aboutissant à la main d’Alicia refermée sur la clé de la cave). Le tout constitue un patchwork d’une remarquable homogénéité, un pur bijou noir, « la quintessence de Hitchcock » comme le déclarait Truffaut.
Le maître a en effet réussi le prodige de raconter, hors des procédés habituels, avec finesse et cruauté, une histoire d’amour sous l’enveloppe formelle d’un thriller d’espionnage, une histoire intime et personnelle sous celle d’une aventure palpitante.