Hero est un très sympathique film d'arts martiaux dans la tradition des légendes de héros capables de virevolter, d'éviter les lances et les flèches, et de jouer du sabre (de la lance, aussi) mieux que quiconque. A cela, vous pouvez ajouter au casting trois grands noms du cinéma chinois : Jet Li, Tony Leung et Donnie Yen (qu'est-ce que vous attendez encore pour aller voir le film ?). Un bon conseil tout de même avant de l'entamer : ne soyez pas trop fatigué, car il faut suivre, on revoit différentes scènes qui sont les illustrations des mêmes récits de batailles des personnages, mais qui se contredisent, ou se changent légèrement, en fonction de la vérité qui grandit peu à peu dans le mensonge... Hero, c'est donc l'histoire d'un assassin parvenu jusqu'auprès d'un (autoproclamé) Roi Qin, lui apportant sur un plateau d'argent des preuves de sa victoire sur les trois assassins principaux qui menaçaient le Roi, ce dernier ayant maintenant champ libre pour envahir le Pays et imposer sa Loi et sa langue. Or, très vite, un détail des racontars de l'assassin va faire douter le Roi sur l'honnêteté de son hôte... On n'ira pas plus loin dans l'intrigue, afin que vous puissiez découvrir toute la subtilité des retournements de scénario, qui amène à un final chargé de philosophie et d'humilité. Dans les histoires, l'amour, le respect et l'espoir ravagent toute forme de haine ou de pouvoir : une simple proposition d'arrêter un combat juste pour remettre quelques pièces dans le chapeau d'un musicien (version qui sera revue et corrigée en plus poignant : l'adversaire,
sachant que son sacrifice allait mener l'Assassin jusqu'au Roi pour qu'il lui tienne son discours, s'est laissé tuer volontiers...
Pauvre aveugle, pauvre Donnie Yen, la scène qui brise le cœur en mille morceaux), un groupe d'artistes qui reste à leur pupitre pour continuer à faire vivre l'Art et les traditions quand une nuée de flèches de l'envahisseur (qui veut imposer une seule langue) leur tombe inlassablement dessus (une scène très touchante), un couple de mercenaires
s'aime trop pour que la rumeur d'une tromperie ne parvienne pas à duper un Roi plus d'une seconde
(le fameux détail qui a tout fait capoter dans la version serinée par notre héros), le mercenaire (du couple) qui
renonce à sa vengeance sur le Roi en mettant en avant sa quête de paix, de réunification,
d'espoir placé dans un homme qu'il n'aime pas forcément, mais qu'il sait pouvoir "unir sur Terre" (trois calligrammes creusés dans le sable, mais dont la portée ne sera jamais effacée par le vent). Ces trois mots, à la portée décuplée par les sacrifices dont
prend conscience le Roi, lui enseigneront l'humilité et la sagesse dont il avait besoin pour être un bon chef. Alors, il ne lui reste plus qu'à ordonner que l'on tue l'assassin qui s'est lui aussi sacrifié pour délivrer son message de paix, à essayer de ne pas faire remarquer les larmes qui trahissent sa réelle pensée sur la mort "du félon" (la scène des flèches qui découpent sa silhouette dans la porte du Palais est magnifique), et la post-face nous affirme que la légende finit bien, le Roi ayant revu et corrigé sa façon d'aborder le reste du Pays (comme un protecteur, et pas un dictateur), et ayant reclassé le rang de son invité décédé :
d'assassin... à héros.