Le temps passe et LA PISCINE de Jacques Deray est pour moi toujours aussi inexplicablement considéré comme un grand "classique fascinant" du cinéma français. Incompréhensible, tant il me semble à chaque nouvelle vision dépourvu de tout intérêt. A aucun moment je ne peux être pris par l'histoire de ces (relativement) jeunes bourgeois bellâtres pétés de fric et tous aussi déplaisants ou stupides les uns que les autres. La mise en scène de Deray est inexistante et farcie de clichés (ah, cette arrivée des fêtards de Saint-Trop'! On se demande où sont Bardot et Manitas de la Plata...)
Tout ça est peu étonnant venant d'un besogneux comme Deray. Il suffit de jeter un œil à ses 34 films pour vite s'en rendre compte.
Le film démontre aussi – une fois de plus – qu'une bonne distribution ne suffit pas à assurer une grande œuvre. D'ailleurs, ses trois stars (Jane Birkin n'en était pas encore une) ne se montrent pas toutes au même niveau.
Romy Schneider est très bien, malgré un personnage à incarner plus irritant que sympathique, en femme amoureuse et soumise, tout en s'affichant flirteuse avec son ex qu'elle adore, mais pas suffisamment pour
ne pas couvrir son meurtre...
Maurice Ronet assure assez bien dans le rôle peu flatteur d'un gros prétentieux, un hâbleur donneur de leçons.
Mais Alain Delon est assez insupportable, se caricaturant lui-même, comme d'ailleurs trop souvent : le beau ténébreux bougon et macho, jouant sur une seule note tout le long du film. Ce qui passe et devient même emblématique dans Le Samouraï de Jean-Pierre Melville ne dégage pas ici la moindre saveur.
Jane B., elle, pâtit d'un rôle totalement creux, vide et sans le moindre intérêt. Elle fait ce qu'elle peut avec ça.
Il me faut ajouter que les dialogues sont d'une inanité rare, d'une platitude permanente.
Après le meurtre, Delon s'étonne que Romy lui tire la tronche, "c'est pour ce qui s'est passé ?". Mais non, voyons, juste un détail...
Jean-Claude Carrière, co-scénariste avec Alain Page et Deray, nous a habitués à mieux.
Le film se traîne, et même
la scène de la noyade est totalement ratée, dénuée de réelle tension. Et je ne parle même pas de sa crédibilité. La piscine est à quatre mètres de la villa, on dort les fenêtres ouvertes (chaleur estivale oblige), ça dure trois plombes et ni Romy ni Jane n'entendent rien...
Le film pourrait enfin rebondir avec l'arrivée de l'inspecteur qui a compris le déroulé des événements et
deviné l'identité du coupable
... mais qui se dispense d'approfondir l'enquête,
de mettre celui qu'il soupçonne d'être le meurtrier en garde à vue, de faire procéder à une perquisition pour retrouver les habits disparus, de transmettre son dossier à un juge d'instruction pouvant mener à une mise en examen, etc... Non, rien, puisque la belle Romy lui assure qu'il n'y a rien à voir, il laisse tout ce beau monde partir, même en étant convaincu du contraire... Ben voyons...
En résumé, deux heures d'ennui qui ne semblent avoir été tournées que pour des retrouvailles cinématographiques Delon-Schneider...