Dans un univers futuriste, cloisonnés dans un grand gratte-ciel isolé dans l'océan, des centaines de travailleurs en combinaisons identiques voient leur vie dirigée par un monitoring bienveillant mais oppresseur. Ils sont tous arrivés en provenance du monde extérieur devenu inhabitable, après leur décontamination qui a occulté tout souvenir précis de la planète Terre. Leur quotidien a comme seule ligne de mire la possibilité de gagner à la loterie : un ticket pour un allez simple vers l'Île (The Island), dernier endroit viable sur Terre, qui doit être repeuplé progressivement.
Des souvenirs étranges refont surfaces, les règles du jeu imposées par l'encadrement intriguent, les coulisses de tout ça attisent de plus en plus la curiosité de Lincoln Six-Echo.
Les prémices de ce film ainsi que le dévoilement du secret de l'Île auraient pu donner lieu à de passionnants développements. Mais imaginez à la place un épisode de Black Mirror prolongé pendant 2h30 en film d'action de manière indigente, donnant l'impression d'une mauvaise divagation. L'univers initialement proposé est visuellement réussi, au croisement de THX 1138 et de Bienvenue à Gattaca. Les possibilités morales, éthiques, sociales de ce scénario de SF sont nombreuses. Rapidement, le côté SF se résume aux révélations du début du film. A la place, pour meubler et rythmer ce qui suit, les scénaristes et le réalisateur enchaînent les invraisemblances et les incohérences franchement impardonnables. Pour s’empêcher de rire de la flemme monstrueuse de Michael Bay et consorts, ce n'est pas seulement son incrédulité que le spectateur devra suspendre face à l'improbabilité d'une histoire, mais toute sa raison. Les personnages ont l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette, leurs décisions tiennent régulièrement de la stupidité d'un PNJ, leurs actions et les compétences oscillent entre la toute puissance et la débilité selon les besoins du scénario. Entre 100 autres incohérences :
la possibilité pour les Produits d’avoir des contacts avec des mécaniciens venant de l'extérieur, une échelle de salle des machines qui donne pile sous les dalles d'un couloir en dépit de toute vraisemblance architecturale, les souvenirs et compétences qui resurgissent de manière télépathique et très opportunément pour justifier tout et n'importe quoi, le bracelet de Lincoln Six-Echo détecté quasi par magie par le grand méchant sur un replay alors que le scénario avaient 10 autres opportunités de justifier l'identification et la traque du héros, Jordan qui suit Lincoln alors qu'elle a aucune bonne raison de le faire, les billets de trains utilisés par les deux héros alors que Steve Buscemi est tué avant de les leur remettre, les méchants à leur poursuite qui ont des moyens énormes mais ne pensent pas à simplement les surprendre à leur descente du train à LA, des chutes vertigineuses qui laissent les protagonistes indemnes (y'a des limites quand même), l'absence de tatouage sur le cadavre de Tom Lincoln qui met 24h à être découvert, le grand méchant qui ordonne de tuer des dizaines de Produits alors que quand il s'agissait de poursuivre Six-Echo il fallait pendant longtemps le garder vivant, des clous qui ressortent du mauvais côté de la porte, les deux héros qui décident de s'embrasser en pleine scène de tension puis découvrent le sexe alors qu'ils sont sensés ne pas savoir ce que c'est au-delà d'un spot publicitaire entrevu plus tôt, ...
Film superficiel pour lequel la déception est à la hauteur du potentiel que le concept aurait pu avoir entre des mains plus expertes.