Abusé par le titre et le début du film, on peut être déçu que "Le Nouveau Monde" de Terence Malick ne soit pas l'épopée historique que l'on attendait, réaliste si possible, évoquant la conquête de l'Amérique.
Le cinéaste joue sur les mots : on comprend à mi-film que le Nouveau Monde n'est pas tant celui qu'investit, en 1607, une colonie d'Anglais débarquant en Amérique que celui que découvre la jeune indigène Pocahontas que sa destinée conduira à faire...
la traversée Atlantique dans l'autre sens.
Des Indiens organisés autour de leurs valeurs tribales et, en face, dans le fortin qu'ils ont construit, des colons affamés et réduits à l'état de gueux : tel est le contexte, le paysage, proprement historiques. Le film, en fait, devient vite une histoire d'amour très stylisée entre la troublante Pocahontas et l'officier britannique Smith. Leurs sentiments mutuels invoquent-ils ce qu'aurait pu, ou aurait dû, être la rencontre entre deux mondes qui s'ignoraient jusque-là? Peut-être.
Pour romanesque qu'elle soit, l'histoire d'amour échappe aux clichés passionnels. Aux confins de l'irréalité et de l'onirisme, suivant une mise en scène elliptique et élégiaque, où l'incantation remplace le dialogue faute d'un langage commun, Malick filme un amour sans étreinte, une communion par le regard et le silence.
L'élégance du style, l'expression simultanément romantique et poétique ne subviennent pas cependant aux lacunes d'un scénario ni très riches ni très surprenant et, surtout, ne garantissent pas à tout coup une véritable émotion, un vrai attachement à l'histoire exotique et singulière entre Pocahontas et Smith.