Palme d'Or à Cannes, cette histoire, qui n'est pas un documentaire, a un intérêt documentaire. Elle montre à quoi peut bien ressembler une classe de collège à certains coins de France, et dans le film, à Paris. En l'occurrence, un groupe très hétérogène d'ados dont certains allophones (si je me souviens bien), beaucoup enfants d'immigrés de divers pays, au mauvais niveau oral et écrit de français. La classe est un lieu ouvert de vannes, de réactions à chaud et de commentaires plus ou moins inspirés, et les professeurs tentent de contenir ce bouhaha et ces discutailles dans les limites du "vivre-ensemble". Pour le réalisateur, ces moments sont l'école de la démocratie. La patience des professeurs est remarquable. Il est vrai qu'ils ne sont pas responsables de l'état et de la situation des élèves de leurs classes. Ils héritent d'une situation difficile.
Ce qui se passe dans cette classe m'a désolée.
1 - Le ratio instruction / discussions est très défavorable à l'instruction.
2 - Les professeurs ne sont pas honnêtes. Une mère ou un père informe un professeur de son ambition pour son enfant, l'orienter vers les prestigieux lycée Henri IV ou Louis-le-Grand. C'est le rêve légitime de l'école républicaine comme ascenseur social. Le professeur, mal à l'aise et faux-cul, n'ose pas lui dire en face que le jeune en question n'a aucune chance d'y entrer. J'y ai vu une parabole du mensonge global de l'Education Nationale envers les jeunes et leurs parents. "Mais oui, tu ne sais pas lire, pas de problème, on te donne le bac."
3 - Les professeurs pensent détenir le vrai et le juste. Un ado d'origine africaine fait une bêtise (je ne sais plus laquelle) et avertit les professeurs que si son père l'apprend, il le renverra au village d'origine. Ce jeune vit dans une famille déstructurée, précaire, qui ne peut pas l'aider sur le plan scolaire. Les professeurs sont très inquiets pour lui "on ne peut quand même pas être responsables de son retour en Afrique ! " J'y ai vu une arrogance sinistre de la part de ces profs, tordant leur propre règlement pour faire le bien à leur manière, comme ils le comprennent. Or, je pense moi que retourner au village, apprendre quelques bonnes manières et le goût du travail bien fait, dans une famille élargie solide, serait certainement une meilleure école qu'un mauvais collège parisien.