Même si le générique indique que la ressemblance avec des faits réels est fortuite, le film est bien inspiré de l’affaire Elf-Aquitaine, scandale politico-financier (détournement de plusieurs centaines de millions €) qui éclata en 1994 et dont l’instruction fut conduite par le juge Eva Joly (procès en 2003 puis en appel en 2004). Malheureusement, le film reste mou façon téléfilm, loin d’être à charge contre les multinationales (aucune explication détaillée sur les mécanismes de détournement de fonds et de l’implication d’hommes politiques français et africains) et même contre le risque d’abus de pouvoir des juges qui ont l’illusion d’être les personnes les plus puissantes de France. On est loin des films politiques d’Yves Boisset [« Le juge Fayard dit le Shérif » (1977), d’Henri Verneuil [« Mille milliards de dollars » (1982) ou de Costa-Gavras [« Le capital » (2012)] et même de Cédric Jimenez [« La French » (2014)]. Chabrol se contente d’effleurer les sujets, de s’en tenir à l’écume, sans aller en profondeur, y compris dans la vie privée du juge Jeanne Charmant-Killman (Isabelle Huppert, 53 ans, 7e collaboration avec le réalisateur), surnommée le piranha (
d’où, peut-être, le port de gants rouges ?)
, dont le mari (Robin Renucci, 50 ans) vit mal l’emploi du temps surchargé de sa femme. Quel est l’intérêt narratif du neveu de son mari, Félix Charmant (Thomas Chabrol, 37 ans, fils du réalisateur et de sa deuxième épouse, Stéphane Audran) ? Faute de point de vue bien tranché, Chabrol se contente d’un regard lointain et désabusé, avec une musique (celle de son fils Matthieu, 50 ans, de sa première épouse, Agnès Goute) trop présente et envahissante. Les personnages manquent de crédibilité, surtout les hommes politiques, plus pathétiques que maléfiques. Est-ce suffisant pour réussir un film ?