“Point limite zéro” demeure encore aujourd’hui le film phare de l’œuvre plutôt ramassée de Richard C. Sarafian même si « Le convoi sauvage » peut paraître avec le recul plus abouti. Quoiqu’il en soit ce statut presque culte est largement justifié par le positionnement du film très précis au sein de l’histoire américaine contemporaine. Quand le film est mis en chantier, le rêve hippie est déjà mort sans le savoir depuis que dans la nuit du 8 au 9 août 1969, les séides du funeste Charles Manson sont venus au 10050 Cielo Drive (Los Angeles) ensanglanter la demeure de Roman Polanski alors parti tourner en Europe (son épouse Sharon Stone enceinte et quatre de ses amis ont été cruellement abattus). Le désenchantement qui couvait prend alors progressivement le dessus sur fond d’un conflit vietnamien n’en finissant pas de s’enliser, laissant toute une partie de la jeunesse mobilisée meurtrie avec en sus en sourdine un scandale du Watergate déjà présent dans les colonnes du New York Times et du Washington Post. En clair l’Amérique va mal. La jeunesse utopique de l’année 1967 a compris qu’elle va échouer à relever le défi d’un autre « American Dream » rattrapée qu’elle est déjà par un capitalisme qui a très vite compris qu’il lui fallait sans tarder ramener les brebis égarées dans le troupeau. Les réalisateurs du Nouvel Hollywood vont inonder leur cinéma de toute cette désillusion. Plus en amont, le film culte de Dennis Hopper « Easy Rider » (1969) par sa fin tragique laissait déjà augurer que l’utopie allait en rester une. Deux ans plus tard, Kowalski le chauffeur solitaire traversant le désert des Etats de l’Ouest à fond de train pour rejoindre San Francisco depuis Denver en moins de quinze heures suite à un pari passé avec son dealer local, spoiler: semble le dernier survivant d’un bataillon de hippies que Sarafian nous montre déjà reconquis par le système et sa société de spectacle, agglutinés qu’ils sont à attendre parmi la foule autour du piège de métal tendu par les autorités bien décidées à stopper Kowalski dans sa course folle dont lui-même semble avoir accepté l’issue. C’est la grande force du film qui métaphoriquement résume tristement cette courte parenthèse enchantée des années 1960 où une jeunesse sans doute un peu trop naïve et embrumée par les vapeurs lysergiques s’étaient mise à croire qu’un nouveau monde dénué de violence allait naître. Un film écrit par Guillermo Cabrera Infantile sous le pseudonyme Guillermo Cain, écrivain cubain un temps conquis par la révolution castriste avant de la rejeter dès 1960 et réalisé par un Richard C Sarafian particulièrement inspiré, faisant des miracles à la tête d’un budget restreint pour filmer ce road movie qui au départ devait avoir Gene Hackman, George C. Scott ou Jack Nicholson dans le rôle de Kowalski mais qui allait avoir la « divine chance » de se voir imposer par Richard Zanuck avec Barry Newman un parfait inconnu qui par son jeu quasiment atone voire désincarné concourt utilement à la dimension métaphysique du film. La Dodge Challenger R/T 440 Magnum blanche trace donc sa route semant au passage les fragments de la vie passée de Kowalski ancien combattant au Vietnam, policier puis pilote de moto et de Nascar. Road movie typique où l’intrigue n’est pas l’élément central, laissant la place aux magnifiques paysages désertiques parsemés des décombres de la société de consommation filmés par le chef opérateur John A. Alonzo (« Harold et Maud », « Chinatown », « Scarface », « Norma Rae ») et spoiler: au bruit du bolide allant se fracasser à pleine vitesse sur le mur de la raison . Richard C. Sarafian parti pour une grande carrière semble avoir calqué celle-ci sur le destin de Kowalski et de sa Dodge rencontrant son propre mur juste l’échec deux ans plus tard du « Fantôme de Cat Dancing ». Pour lui aussi, la parenthèse enchantée aura été de courte durée.
Titre le plus connu de Richard Sarafian (1971) cinéaste sous estimé du courant du nouvel Hollywood, doté d'une originalité indéniable " point limite zero " est souvent présenté comme une course entre un chauffard et la police à travers plusieurs Etats américains (Colorado, Nevada, Californie).
Cette présentation n'est certes pas erronée, mais elle est trompeuse quant au véritable sujet traité par le scénario.
Il s'agit finalement de brosser le portrait d'un personnage victime d'une suite de traumas ( vétéran de la guerre du Vietnam, perte de l'être aimé, démission de la police, choc dû à un accident...) qui constitue une sorte d'allégorie d'une société nord américaine traversée par la pathologie mentale.
Les rencontres effectuées par Kowalski lors de son périple et les flashbacks en disent long sur le regard désenchanté que porte Sarafian sur la société américaine de l'époque, toujours en guerre au Vietnam et traversé par les discriminations raciales.
La première demi-heure, superficielle, est sans doute la moins intéressante ( sauf pour les amateurs de cascades automobiles ) mais la suite comporte des moments intenses qui finissent même par émouvoir.
Réduire " Point limite zero" à une course automobile est ( selon moi ) passer totalement à côté d'un road movie bien plus intéressant que l'image réductrice, trompeuse qu'il a pourtant gardé.
Un road-movie culte au souffle libertaire des 70´s qui nous embarque à pleine bourre à bord d’une Dodge Challenger, dans une course-poursuite folle et sans retour à travers l'Ouest américain, avec comme pilote Kowalski, le dernier chevalier des temps moderne.
Etonnamment satisfaisant à suivre ! Et pourtant le scénario est très basique, les personnages développés de manière minimale, les échanges plutôt rares... Ce film dégage pourtant un charme humoristique et libertaire assez jouissif !
Un road movie particulier compte-tenu de tous les évènements et tout ce qu'il y a à en tirer je ne parle pas de la fin. PLV : le pétrole coutait moins cher que les scénaristes
Tout comme Easy rider de la mème période, un film épris de liberté mais assez "politique", Kowalsky y représente le héro que l'américain moyen devrait chercher a être ou au moins en partager les valeurs. Mais globalement un film moyen. Sans plus.
J'vais vu ce film ado, et j'avais été bouleversée par la fuite en avant énigmatique de cet homme. Par la façon dont on voulait à tout prix l'arrêter, comme si le simple fait de rouler sans limites était, plus qu'un délit, un manifeste en soi, un énorme bras d'honneur aux convenances, un acte dangereux car totalement hors cadre. Je n'ai pas été déçue en le revoyant. L'image est superbe, les plans maîtrisés, le rythme du récit impeccable, les personnages attachants. C'est une peinture incroyablement forte de l'amérique des années 70, prise sur le vif, et on sent la tendresse du réalisateur pour ses personnages. Un très beau film.
Voilà un film qui ne peut pas plaire à tout le monde. Pour la simple et bonne raison; ce film est essentiellement composée d'une seule course poursuite, de bout en bout. Pas de quoi divertir tout le public. En plus, la raison de cette course poursuite est distillée lentement au cours du film, par petit bout , façon puzzle. Cela finit par lasser un peu! Et en plus cette fin! Quelle fin! Je l'ai trouvée complètement stupide, une queue de poisson. Et pourtant, on aurait pu imaginer bien d'autre chose! Tant pis, dommage. A voir par les inconditionnels du genre et les fans de Dodge clagenger SRT, l'héroïne du film!
alcool +coke+ speed ...un excellent film pour mourir jeune et ne pas vivre comme un esclave le reste de sa vie ! ... mon 1er film ado !...il fait un pari de 1000 $ de relier la cote est à la Californie soit 5000 km en un weekend avec une Dodge sur vitaminée comme lui car il s'envoie des amphètes tout le trajet ... un truc de dingues comme souvent dans les bonnes années 70 ou la liberté existait encore bLM ne nous avait pas encore envahi !...
Totalement culte ! Belle galerie de personnages, sublimes paysages arides sur les routes de l'Ouest Américain, excellente bande originale, tout est vraiment top dans ce film. Véritable ode aux grands espaces, Vanishing Point est une épopée captivante et légère, sur fond de culture rock, où l'on retrouve les thématiques de cette époque c'est-à-dire la fascination pour la liberté, la vie à l'écart de la société, la contre culture des années 60-70, les relations humaines, etc.
Chargé aux amphétamines, Kowalski fonce en bolide à travers les USA, déterminé à rejoindre San Francisco avant un ultimatum, et à ne pas s'arrêter devant les injonctions des forces de l'ordre. Au même titre qu'un "Easy Rider", "Vanishing Point" fait partie des films de la contre-culture de la période fin 60's/début 70's. En effet, il ne s'agit pas ici d'une intrigue classique de chantage, menace, ou braquage. L'intérêt du scénario est justement qu'il ne donnera jamais d'explication sur les motivations réelles de Kowalski à se lancer dans cette fuite en avant. Des bribes de flashback dévoileront quelques éléments sur ce protagoniste mutique, laissant entrevoir un désir de liberté, un dégoût du système, un nihilisme, voire un côté suicidaire. Mais aucune piste ne sera privilégiée, laissant au spectateur le loisir de l'interprétation. A ce niveau, la scène finale a largement fait débat ! Au-delà de ce fond étonnant, "Vanishing Point" bénéficie de courses poursuites haletantes et sans temps mort. Elles s'inscrivent dans la mode de l'époque d'intégrer des poursuites en voiture dynamiques, très loin des projections statiques sur écran. Tournées dans de très jolis décors naturels, souvent désertiques, elles sont toutefois accompagnées d'une BO soul/rock sympathique. "Vanishing Point" est donc une sorte de road movie frénétique et atypique, qui n'a pas volé son statut de film culte.
Kowalski est chargé de conduire une Dodge Challenger R/T de Denver à San Francisco. Il parie de faire le trajet (soit 1250 miles / 2000 km) en 15h. Il s’engage alors dans un périple le faisant travers le Colorado, l’Utah, le Nevada jusqu’en Californie, avec la police à ses trousses, bien décidé à ne jamais décélérer et passer en dessous des 200km/h afin d’arriver dans les temps pour honorer son pari.
On pourrait facilement comparer le film de Richard C. Sarafian à Easy Rider (1969) de Dennis Hopper. Tous les deux ont été réalisés en pleine période dite du Nouvel Hollywood et tous les deux aspiraient à dépeindre la fin d’une époque, avec ces héros en quête de liberté et ce refus de la loi. Cependant, Point limite zéro (1971) dépeint aussi l’envers du décor de la contre-culture, avec ces hippies en marge du système, qui ne représentent plus rien mais continuent toujours et encore de se shooter aux benzédrines (amphétamines, speed), tout comme le héros du film.
Kowalski est un personnage haut en couleurs mais qui parlent peu. Si bien que l’on doit attendre que le film veuille bien égrainer quelques informations le concernant pour que l’on comprenne qui il est et ce qui peut bien l’animer. Vétéran de la guerre du Vietnam, ancien pilote de course et surtout, ex-policier, Kowalski devient un antihéros qui, au volant de son bolide, se rappelle les grands moments de sa vie.
Richard C. Sarafian nous restitue un somptueux road-movie contestataire, magnifié par des paysages à perte de vue (la montagne, les plaines, le désert, …). Le film enchaîne les km et semble ne jamais vouloir s’arrêter. Le réalisateur nous entraîne au cœur d’un voyage pessimiste, filmé quasi de façon documentaire (il n’y a qu’à voir comment il filme la population locale, les figurants en arrière-plan). On se laisse prendre au jeu avec une réelle aisance, comme pris en tenaille au cœur de la crise existentielle du héros.
Une fuite désespérée, un mal-être & une quête identitaire qui vont se solder par une fin nihiliste avec laquelle le héros trouvera enfin la liberté tant rechercher (du moins, à sa façon). Une œuvre remarquablement mise en scène et force est de constater que 50 ans après, ce film n’a rien perdu de sa superbe, toujours aussi puissant tant dans le fond que dans la forme.
A noter enfin, qu’il existe un remake éponyme (1997), un téléfilm avec Viggo Mortensen dans le rôle-titre.
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2,0
Publiée le 8 février 2021
Point limite zéro est un film de poursuite du début des années 1970 et il peut être facilement relié à d'autres films du même genre (ou de genres similaires). De son prédécesseur Easy Rider il emprunte la morne beauté de l'Amérique occidentale, une structure où la vie sur la route est ponctué de rencontres emblématiques mais vagues. Comme Duel de Spielberg il est minimaliste dans sa forme. Cela pourrait rendre le film plus philosophique si ce n'est la totale invisibilité de son concept central. La liberté ne peut être définie comme le droit de brûler d'énormes quantités de pétrole à des vitesses dangereuses pour la vie. Il semble que l'une des façons dont notre héro est persécuté et de tenter de l'empêcher de conduire en état d'ivresse. On pourrait dire que ce film se déroule sous le faux manteau du contre-culturalisme tout en nous vendant les mêmes rêves que n'importe quel produit hollywoodien pour grand public. Pourtant sans justification philosophique il s'agit d'un film sans point ni but dont le personnage central agit sans aucune motivation rationnelle...