Rashômon
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CrystalEagle
CrystalEagle

4 abonnés 89 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 mai 2026
Où se situe la vérité quand chaque témoin d'un même crime en livre une version différente ? Kurosawa ne cherche pas le coupable, il descend dans les tréfonds de l'âme humaine pour montrer que l'homme, obsédé par la vérité, ne cesse de mentir. Par ego, par honneur, par lâcheté. L'honneur nippon est chahuté : un code où la femme est inférieure, la victime souillée, et où chacun s'accuse pour sauver la face. Replacé dans le Japon de 1950, encore traumatisé par Hiroshima, le temple en ruine sous la pluie battante devient la métaphore directe d'une âme nationale dévastée. Les flashbacks emboîtés, la narration éclatée font de ce Rashomon un totem du cinéma mondial. Un dispositif d'une audace telle en 1950 qu'il a irradié tout le cinéma moderne avec l'« effet Rashōmon ». Le vrai tour de force selon moi du film est la capacité de Kurosawa à batir une architecture narrative d'une complexité vertigineuse sans jamais nous perdre. Les témoins parlent face caméra, directement à nous : on devient juge, dans une sorte expérience participative. La caméra ne se contente pas d'enregistrer, elle traque et court avec les personnages. La grande limite du film selon moi tient au fait qu'il agite davantage les neurones que le cœur. On cherche à comprendre plus qu'à ressentir. Mais cette mécanique intellectuelle est portée par une symbiose si totale entre forme et fond qu'on en sort secoué, convaincu d'avoir vu naître le cinéma moderne sous Maitre Kurosawa.
CloakBack
CloakBack

6 abonnés 347 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 10 mai 2026
Rashōmon met en scène un même événement raconté à travers plusieurs versions contradictoires, dans un Japon ancien où la vérité semble constamment se dérober. Un film majeur, que j’ai vraiment apprécié pour sa réflexion sur le mensonge, la subjectivité et la fragilité du regard humain.

Avant de le voir, il faut avoir en tête que Rashōmon sort en 1950, dans le Japon de l’après-guerre, même s’il prend place dans un cadre médiéval. Kurosawa adapte deux nouvelles de Ryūnosuke Akutagawa pour construire une œuvre sur les récits contradictoires et l’impossibilité d’atteindre une vérité stable. Avec des moyens modestes mais une grande inventivité visuelle, le film a joué un rôle majeur dans la reconnaissance internationale du cinéma japonais.

Le film explore la vérité comme une construction fragile. Chaque récit paraît crédible, puis se trouble dès qu’un autre point de vue apparaît. Kurosawa montre comment les faits peuvent être reconstruits selon l’orgueil, la honte, l’intérêt ou le besoin de se donner le meilleur rôle. Cette instabilité atteint aussi le spectateur, qui ne peut plus se fier à la parole, à la mémoire, ni même à l’image de cinéma.

Cette crise de la vérité révèle aussi une crise morale. Le regard masculin pèse lourdement sur le personnage féminin, enfermée dans des récits où le désir, l’honneur et la honte prennent le dessus sur son existence propre. Les personnages cherchent moins à établir les faits qu’à préserver une image supportable d’eux-mêmes. Pourtant, Kurosawa ne sombre jamais complètement dans le cynisme : derrière la crise du témoignage, il laisse subsister la possibilité d’un geste humain.

Il est difficile aujourd’hui de noter Rashōmon avec un regard entièrement contemporain, tant sa structure narrative a marqué l’histoire du cinéma. J’ai vraiment apprécié sa réflexion sur la vérité, sa mise en scène inventive et son intensité dramatique, notamment lors du passage avec la médium. Même situé dans un Japon ancien, le film touche à des questions universelles, ce qui explique sa portée durable.

Le film peut paraître ancien aujourd’hui, avec sa théâtralité marquée et son côté parfois démonstratif. Mais cette expressivité fait partie de son style, de son époque et de sa logique, puisque chaque récit reconstruit les personnages de manière subjective. Son statut peut intimider : je m’attendais peut-être à être plus touché émotionnellement, mais plus on creuse l’œuvre, plus sa profondeur devient évidente.

Au final, Rashōmon reste une œuvre essentielle sur la vérité, le mensonge et la manière dont chacun arrange le réel pour se supporter lui-même. Un film forcément marqué par son époque, mais encore puissant par son dispositif, sa mise en scène et son vertige moral.
rlanzeler
rlanzeler

7 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 11 avril 2026
Film d’une cinématographie exceptionnelle et incontestable. Plusieurs fois loués pour la justesse de ses choix visuels et pour sa profondeur de narration. Le réalisateur Akira Kurosawa apparaît (encore) comme un porte-parole de la tragédie humaine, dénonçant la malhonnêteté, dont les gens font preuve vis-à-vis des autres, et d’eux même lorsqu’ils doivent statuer sur un évènement vécu. Dès lors, tout un, chacun expose une version altérée des faits afin de préserver son image propre. Il en va de même également, pour celle et ceux qui porte un jugement sur les responsables. En bref, l’altération systématique de la vérité par les acteurs de la société (au profit de l’intérêt individuel) et donc par conséquent aussi l’impossibilité de l’existence de cette dernière sont le thème majeur, communiqué par cette œuvre qui, malgré tout, se conclut par une touche d’espoir. Cette conclusion met en lumière toute la beauté qui réside dans la décision de rester positif et d’accorder sa confiance aux autres, même dans un monde égocentrique, car au final nous participons tous à la même tragédie.
ProjecteurTemporel
ProjecteurTemporel

1 abonné 58 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 4 mars 2026
Vertigineux puzzle moral, Rashōmon de Akira Kurosawa dynamite les fondements mêmes du récit en faisant de la subjectivité son principal moteur dramaturgique. À travers la multiplicité des témoignages contradictoires, le cinéaste ne cherche pas la vérité factuelle mais ausculte la faillibilité humaine, révélant combien l’ego, la honte et le désir reconfigurent le réel. La mise en scène, d’une audace formelle stupéfiante, sublime la forêt en labyrinthe mental grâce à un usage révolutionnaire de la lumière naturelle et des mouvements de caméra. Porté par l’intensité fiévreuse de Toshirō Mifune, le film conjugue dépouillement théâtral et puissance cinématographique dans une tension presque métaphysique. Œuvre fondatrice qui a donné son nom à un effet narratif désormais canonique.
 Stallworth
Stallworth

6 abonnés 142 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 17 juillet 2025
Je suis mitigé à la sortie du cinéma, et mon sentiment est que comme le dit un personnage durant le film "Je ne comprends pas".
Si l'idée est bonne d'un crime raconté par des personnages qui ne sont que témoins, et via des flashbacks, je trouve que l'histoire n'est pas très claire par moment. Je me suis un peu embrouillé en essayant de bien comprendre qui disait quoi.
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

91 abonnés 4 228 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 3 mars 2025
Kurozawa évoque le mensonge et la faiblesse du témoignage dans un traité de la noirceur humaine. Où est la vérité dans les différentes versions que font les les trois protagonistes et le témoin d'un drame étrange au coeur d'une forêt?
Devant un juge invisible (le spectateur en somme), et par flashback distincts, chacun exprime son point de vue que dément les autres, et semble passer sous silence ce qui, dans l'affaire, pourrait indiquer sa responsabilité ou l'exposer à la honte.
Dans une forêt, à laquelle le cinéaste confère une dimension fantastique, surhumaine et hostile, un bandit rencontre un couple de fiancés...
Intemporel, le support de cette fable philosophique semble une légende. "Rashomon" ("la porte du diable") parle de la dualité humaine et peut-être de l'incapacité des hommes à conjurer, dans leur appréhension du Bien et du mal, leur part d'abjection.
"Rashomon" n'est pas forcément un film ardu. En revanche, Kurozawa ne m'a pas complètement convaincu de l'intérêt du sujet. Sans doute parce que les façons brutales des personnages et, plus généralement, l'étrange expressivité japonaise m'ont dérouté.
Noise&sound
Noise&sound

157 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 janvier 2025
2 éléments me frappent dans « Rashomon » :
D’abord les plans à l’espace extrêmement bien équilibré. Chaque plan est un tableau où les éléments sont positionnés de façon réfléchie. L’utilisation de la ligne d’horizon est aussi très intéressante, parfois à l’extrême bas de l’image, parfois même en milieu. De manière générale la photo est structurée géométriquement. Kurosawa a suivi une formation aux beaux-arts et souhaitait faire de la peinture, il a aussi été initié à la calligraphie. Cela est très prégnant dans son cinéma, notamment dans les cycles de violence.
Le second élément réside dans l’utilisation des focales - alternance de gros plans rapprochés et de plans larges - ainsi que dans le positionnement de la caméra - plongées, contre plongées, premier ou second (et même troisième) plan du sujet.
De la peinture on passe parfois à la sculpture, le sujet prenant des postures dignes des statues de la renaissance (plan sur le dos de Tajomaru)
Plus difficile à comprendre pour nous est l’utilisation des rires et des pleurs culturellement différente. Le rire semble souvent s’associer à une absence de contrôle, il n’est pas tourné vers les autres mais vers soi. C’est sa nature profonde qui s’exprime dans une explosion libératrice. Il s’assimile plus, à nos yeux, au rire de démence. A l’inverse le pleur semble communiquer aux autres et est souvent lié à une expression d’une honte profonde. Un moyen de réparer l’irréparable : la perte de son honorabilité, perdre la face. Un procédé interdit aux samouraïs dont les pleurs sont contrôlés et signes la plus grande valeur morale.
Je pourrai m’éterniser sur ce film tellement il est riche mais je conclurai par « l’effet Rashomon » défini par Robert Anderson comme la subjectivité de la perception et de la mémoire humaine, volontaire ou involontaire, consciente ou inconsciente. Ce qui ouvre à mes yeux, les 2 plus belles scènes du film par leur dialectique : le premier duel décrit par Tajoramu et le second décrit par le bûcheron. La subtilité de « l’effet Rashomon » y réside. Au passage, le duel perçu par le bûcheron est magnifique dans son humanité.
Notons aussi la réinterprétation surprenante du Boléro de Ravel pour ponctuer les scènes. Une preuve supplémentaire de l’immense background culturelle de Kurosawa.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 12 décembre 2024
La question du point de vue et par corollaire celle de la vérité comme épiphanie absolue dans un jeu de renvois à ses consciences. Brillant.
BabsyDriver
BabsyDriver

98 abonnés 993 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 6 octobre 2024
Rashomon signifie "porte du sud" soit celle par laquelle Akira Kurosawa a fait entrer le cinéma dans la modernité. Il entraîne le spectateur dans une délicate quête de vérité à travers plusieurs témoignages d'un même fait, et expose l'art de la narration, révélant les arrangements et la manipulation qui le constituent, et en laissant comme seul juge le spectateur se substituant aux magistrats hors-champ auxquels les témoins font leur récit.
White Fingers
White Fingers

29 abonnés 1 237 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 19 août 2024
« Rashomon » d'Akira Kurosawa est un chef-d'œuvre en noir et blanc qui explore de manière fascinante la complexité de la nature humaine et la relativité de la vérité. Le film raconte une histoire simple en apparence : l'agression d'un couple dans une forêt et la mort du samouraï, mais ce qui le rend extraordinaire, c'est la manière dont cette histoire est narrée à travers quatre perspectives différentes, chacune des personnages principaux. Chaque version des événements est contradictoire, révélant ainsi que la vérité est une notion subjective, influencée par les expériences, les émotions et les motivations de chacun. La réalisation de Kurosawa est d'une finesse exceptionnelle, utilisant des techniques cinématographiques innovantes pour l'époque, comme des mouvements de caméra complexes et des jeux de lumière qui ajoutent une dimension presque onirique à certaines scènes. Le contraste entre l'esthétique du film, avec ses magnifiques prises de vue en noir et blanc, et la noirceur de son thème central, accentue encore plus le dilemme moral que le film pose au spectateur. On se retrouve à questionner non seulement la véracité des récits des personnages, mais aussi la nature même de la perception humaine. « Rashomon » n'est pas simplement un film à regarder, mais une véritable expérience introspective qui pousse à réfléchir sur nos propres biais et la manière dont nous interprétons le monde qui nous entoure. C'est une œuvre qui, bien que réalisée en 1950, demeure d'une modernité et d'une pertinence stupéfiantes, et qui mérite d'être revisitée pour apprécier la profondeur de ses questions philosophiques et sa maîtrise cinématographique. WHITE FINGERS : LA PISTE SYSKIYOU (TOME 1) et LE CIMETIERE DES SQUAWS (TOME 2) (Amazon Kindle).
Patjob
Patjob

43 abonnés 755 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 juillet 2024
Un film qui paraît incroyablement novateur par rapport à l’époque à laquelle il a été tourné (1950). Construit avec quatre flash-backs successifs dans un flash-back général, il fait voir quatre témoignages différents d’une même réalité. Cette idée génère bien sur un intérêt constant, mais au-delà d’une forme de « suspense » lié à la recherche de la vérité, ces quatre témoignages donnent surtout à voir et à réfléchir sur la nature humaine, les préoccupations d’image personnelle de chaque intervenant les conduisant à donner une version des faits qui leur convienne. La porosité entre l’inconscient et le conscient dans la perception de la réalité donne une dimension de plus à la réflexion. Une grande œuvre, originale, lucide et puissante, très belle formellement et profondément désespérée. D’un désespoir tempéré par une superbe dernière scène réunissant émotion, beauté et simplicité. Un chef d’œuvre, pour toutes ces raisons et pour sa place dans l’histoire du cinéma.
Spero
Spero

10 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 5 juillet 2024
J’ai arrêté le visionnage à la scène du viol et de la soumission de la femme à son violeur. Étant occidental je m’excuse de ne pas avoir la sensibilité pour ce genre de film. Les japonais ont leur conception de l’honneur et c’est leur culture.
Film sans doute monumental pour les cinéphiles amoureux de la technique et de l’histoire du cinéma. Pour les spectateurs lambdas le film est désuet.
Je préfère rattacher Kurosawa aux 7 samouraïs, j’oublierai celui ci…
Fryzer
Fryzer

18 abonnés 388 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 juin 2024
Premier film que j’attaque de la filmographie de monsieur Kurosawa, suis-je complètement choqué que l’œuvre n’a prit aucune ride 74 ans après ? Oui. La manipulation sur le spectateur à travers les personnages, les points de vues avec une réalisation phénoménale, avec les décors qui m’ont encore plus rentré dans le récit, j’ai adoré. Il manquait quelque chose de plus intéressant pour l’intrigue et son dénouement je trouve mais c’est car je suis un chipoteur.
Topaze87
Topaze87

10 abonnés 646 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 1 mai 2024
Akira Kurosawa nous offre grâce à sa façon de filmer un beau film poétique malgré un scénario pour le moins banal.
JoeyTai
JoeyTai

25 abonnés 485 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 29 avril 2024
Je n'ai vu nul chef d’œuvre, même si je reconnais bien des qualités à ce film. Le thème est passionnant, la narration intelligente et la mise en scène excellente. La découverte du cadavre d'un samouraï, mort par arme blanche, donne lieu à une enquête où plusieurs versions se contredisent frontalement : celle de la femme du défunt, celle du meurtrier, celle du défunt lui-même par l'intermédiaire d'une médium, enfin la version d'un témoin. Qui dit la vérité ? Y en a t-il un seul qui soit capable de s'en tenir aux faits sans se mettre en avant ou modifier les événements selon ses croyances ou préférences ? Le traitement de ce thème passionnant est hélas terni par un rythme très lent et des acteurs pas toujours crédibles : Toshiro Mifune surjoue, Masayuki Mori est peu expressif, presque absent, et Machiko Kyô crie et pleure pendant une bonne partie du film, rendant certaines scènes pénibles voire insupportables.
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